vendredi 6 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2216233 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 décembre 2022 et 4 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. F C et à Mme A D et à tous occupants de leur chef, de libérer sans délai l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé au 17 rue des Canaries à Savenay (Loire-Atlantique), et géré par l'HUDA " Les Trois Rivières " de l'association " Les Eaux Vives " ;
2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C et de Mme D, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent en application des dispositions des articles L. 552- 15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien des intéressés, déboutés de l'asile, dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 août 2022, 794 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. C et Mme D se maintiennent dans le logement alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 21 mars 2022, notifiées le 6 mai suivant, la circonstance qu'ils auraient formulé des demandes de réexamen étant sans incidence ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les a informés par courrier du 29 mars 2022 de la fin de leur prise en charge, la circonstance qu'ils auraient été avisés de la fin de leur prise en charge avant que les décisions de rejet de la CNDA leur soient notifiées étant sans incidence ; par un courrier du 23 juin 2022 réputé notifié, le préfet les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois ; l'accès à l'hébergement d'urgence de droit commun est sans lien avec le droit au maintien dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ; les dispositions de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne leur sont pas applicables ;
- il n'existe pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure demandée dès lors que la situation de M. C et de Mme D ne présente pas un caractère exceptionnel qui pourrait justifier leur maintien dans le lieu d'hébergement qu'ils occupent, puisqu'aucun membre de la famille ne souffre d'une grave maladie et alors que la sortie des lieux n'a pas pour effet de mettre un terme à leurs éventuels suivis médicaux et traitements médicamenteux ; rien n'indique qu'ils se trouvent dans une situation d'isolement et de détresse et la situation sanitaire liée à l'épidémie de covid-19 ne saurait en elle-même justifier le maintien dans leur logement ;
- il est nécessaire que M. C et Mme D quittent les lieux sans délai, leur présence dans ce logement faisant obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants bénéficiant du statut de demandeurs d'asile alors qu'ils sont informés depuis plusieurs mois de la nécessité de quitter les lieux, qu'ils ne détiennent aucun titre leur permettant de se maintenir régulièrement sur le territoire et font l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français et que, dans ces conditions, leur accorder un délai serait contraire à l'esprit des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la présence d'enfants mineurs au sein du foyer ne saurait conduire à leur accorder un délai supplémentaire puisque cela s'effectuerait au détriment d'une famille composée de manière similaire et disposant d'un titre lui donnant le droit d'accéder à un hébergement pour demandeurs d'asile ;
- il ne lui incombe pas de trouver une solution d'hébergement d'urgence de droit commun à M. C et à Mme D, lesquels font l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français et alors que leur situation ne justifie pas qu'ils bénéficient d'une solution d'hébergement d'urgence, dispositif par ailleurs considéré comme étant en situation de saturation chronique ;
- les intéressés n'établissent pas même avoir entamé des démarches en vue de leur relogement, par exemple auprès du SIAO ;
- la circonstance que M. C et Mme D ont été avisés de la décision de sortie portant fin de leur prise en charge avant que les décisions de rejet de la CNDA leur aient été notifiées est sans incidence dès lors qu'en application de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, leur droit au maintien sur le territoire français a pris fin dès le 21 mars 2022, date de la lecture en audience publique des décisions de la CNDA ;
- les dispositions de l'article L. 412-3 et suivants du code des procédures civiles d'exécution ne sont pas applicables à la présente procédure ;
- la mesure d'expulsion sollicitée ne porte pas atteinte, par principe, à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 3 janvier 2023, M. F C et Mme A D concluent, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai de six mois pour libérer le logement et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : leur refus de libérer les lieux et ses prétendues conséquences sur l'accueil de nouvelles familles ne sont pas suffisants pour considérer qu'il y a une urgence spéciale, qui ne peut être caractérisée que par des perturbations graves du fonctionnement normal du service public ; la circonstance tenant à la prétendue saturation des dispositifs d'hébergements ne suffit pas à démontrer une telle urgence, les chiffres avancés n'étant étayés par aucun document probant ; la seule urgence constituée à ce jour est d'éviter qu'eux-mêmes et leur trois jeunes enfants, de 8, 6 et 4 ans ne se retrouvent à la rue sans solution d'hébergement ;
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse au regard de l'atteinte disproportionnée portée à leur droit fondamental au respect de la vie privée et familiale et de l'absence de prise en compte des conséquences de cette expulsion sur leur situation personnelle des intéressés, caractérisée par une violation de leur droit à un hébergement d'urgence faute de proposition de solution alternative ;
- en leur notifiant la sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile avant que se soient vu notifier la décision de la CNDA, l'OFII les a privés de la garantie de pouvoir trouver une solution d'hébergement ;
- il est porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de la vie privée et familiale : ils sont encore traumatisés par les faits de violence dont ils ont été victimes en Azerbaïdjan et leurs enfants sont particulièrement jeunes et ont donc un besoin encore plus impérieux de vivre dans un logement décent et auprès de leurs parents, de sorte que leur vulnérabilité ne saurait être discutée, ce que les services de l'État ne peuvent ignorer ; une expulsion porterait également atteinte à leur droit fondamental à un hébergement d'urgence ;
- ils sont en droit de solliciter l'octroi d'un sursis d'un délai de six mois en raison des conséquences d'une exceptionnelles gravité que la mesure sollicitée pourrait avoir sur leur situation personnelle et familiale et de leur incapacité à se reloger dans des conditions normales puisqu'ils ne disposent d'aucun titre de séjour en cours de validité.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 décembre 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 4 janvier 2023 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,
- et les observations de Me Thullier, substituant Me Bourgeois, avocat de M. C et de Mme D, présents à l'audience, qui soulève à la barre le moyen nouveau tiré de la méconnaissance du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et insiste par ailleurs notamment sur la circonstance qu'après le rejet pour irrecevabilité de sa première demande de réexamen par l'OFPRA, M. C a présenté une seconde demande de réexamen actuellement en cours d'instruction.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. C et de Mme D de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé au 17 rue des Canaries à Savenay (Loire-Atlantique), et géré par l'HUDA " Les Trois Rivières " de l'association " Les Eaux Vives ".
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. C et Mme D, ressortissants azerbaidjanais nés respectivement le 3 mars 1984 et le 12 juin 1995, déclarent être entrés irrégulièrement sur le territoire français le 27 octobre 2019. Ils sont hébergés dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile situé au 17 rue des Canaries à Savenay (Loire-Atlantique), et géré par l'HUDA " Les Trois Rivières " de l'association " Les Eaux Vives ". Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 21 mars 2022, notifiées aux intéressés le 6 mai suivant. Ils ont été informés de la fin de leur prise en charge par un courrier de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 29 mars 2022 et une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, a été adressée aux intéressés par le préfet le 23 juin 2022. M. C et Mme D se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée ne se heurte par suite à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par M. C et Mme D, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. Toutefois, la circonstance que les intéressés sont parents de trois enfants, B, née le 18 mars 2014, Esma, née le 24 février 2016 et Ozan né le 4 mai 2018, justifie, eu égard au jeune âge de ces derniers, que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. C et Mme D, les biens meubles qui s'y trouveraient.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de M. C et de Mme D présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à M. C et à Mme D de libérer, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile situé au 17 rue des Canaries à Savenay (Loire-Atlantique), et géré par l'HUDA " Les Trois Rivières " de l'association " Les Eaux Vives ".
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. C et de Mme D dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. C et de Mme D présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. F C, à Mme A D et à Me Bourgeois.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 6 janvier 2023.
La juge des référés,
M. E
La greffière,
M-C. MinardLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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