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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2216633

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2216633

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2216633
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantDAHANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à M. B A de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe, géré par l'association CAES France Horizon, situé 29 rue de Malville à Nantes (Loire-Atlantique) ;

2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent en application des dispositions de l'article L. 552- 15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que l'intéressé a refusé de déférer à la convocation en vue de son transfert effectif vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile et que l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait et l'a informé de son obligation de quitter le lieu d'hébergement dont il disposait à ce titre par une décision du 15 février 2022 ; par une décision du 16 mai 2022, il l'a mis en demeure de quitter le logement dans un délai d'un mois ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de M. A dans un logement pour demandeurs d'asile compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 août 2022, 794 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Loire-Atlantique ;

- il n'existe pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure sollicitée, l'intéressé est majeur, célibataire et sans enfant à charge ; la mesure sollicitée n'a ni pour objet ni pour effet de mettre un terme à l'éventuel suivi médical et traitement médicamenteux dont il bénéficie ; rien n'indique une situation d'isolement et de détresse à laquelle il serait confronté, le seuil de vulnérabilité fixé par l'OFII lors du dépôt de sa demande d'asile ayant pu évoluer par la suite ;

- il est nécessaire de faire libérer les lieux sans délai ; l'octroi d'un délai supplémentaire serait contraire aux dispositions prévues par l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne serait pas utile, l'intéressé ayant pris il y a plusieurs mois connaissance de l'obligation de quitter le logement et ne disposant d'aucun titre lui permettant de se maintenir sur le territoire français ;

- l'intéressé n'a pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement de droit commun dès lors que l'examen de sa demande d'asile relève de la compétence des autorités italiennes, et alors que sa situation ne caractérise pas une situation de détresse qui justifierait qu'il bénéficie, à titre exceptionnel, d'un dispositif d'hébergement d'urgence sur le territoire français ; par voie de conséquence, il ne lui appartient pas de lui trouver une solution d'hébergement d'urgence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Dahani, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu' " il soit sursis à exécution de la mesure d'expulsion pendant un délai de 6 mois à compter de la notification de l'ordonnance " et, en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761- 1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : les prétendues conséquences sur l'accueil de nouvelles familles ne sont pas suffisantes pour considérer que seraient caractérisées des perturbations graves au fonctionnement normal du service public ; sa présence ne vient pas perturber ce dispositif qui démontre ses propres failles et il ne saurait être mis sur ce dernier la responsabilité de l'absence d'hébergement d'autres familles, lorsque les services publics de l'État organisent leur propre carence.

- si la sortie des lieux n'a pas pour objet de mettre fin à son suivi médical, il n'en demeure pas moins qu'il se retrouvera à la rue, ce qui entrainera une dégradation de sa santé, une augmentation de ses douleurs et des difficultés certaines concernant la continuité du suivi médical dont il fait l'objet.

- cette demande d'expulsion, en l'absence de proposition d'hébergement alternative,

porte une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits fondamentaux.

Par un mémoire en réplique enregistré le 11 janvier 2023 à 12h32, le préfet de la Loire-Atlantique conclut aux mêmes fins que précédemment.

Il fait valoir que :

- les documents produits par M. A ne démontrent pas que son état de santé serait de nature à faire obstacle à la mesure d'expulsion sollicitée ;

- si M. A affirme avoir cherché des solutions alternatives d'hébergement, il ne produit aucun commencement de preuve en ce sens.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 11 janvier 2023 à 14h30 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- et les observations de Me Dahani, représentant M. A, en sa présence, qui fait valoir que le préfet ne démontre pas la réalité des chiffres qu'il cite s'agissant du fonctionnement du service public. S'agissant de l'état de santé de M. A, elle insiste sur le fait qu'il souffre des séquelles d'une tuberculose contractée lorsqu'il était en Guinée et d'une grave pathologie lombaire. L'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a d'ailleurs positionné au degré 3 de vulnérabilité. Il n'est pas envisageable qu'il soit mis à la rue dans un tel état de fragilité.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 5 mai 1993, déclare être entré irrégulièrement en France le 23 avril 2021. En sa qualité de demandeur d'asile, il a été hébergé par le CAES France Horizon à compter du 4 octobre 2021. Par un courrier en date du 19 novembre 2021, M. A a été convoqué le lundi 24 janvier 2022 en vue d'un vol vers Rome, en vue de l'exécution de son transfert vers l'Italie. Il ne s'est toutefois pas présenté à l'aéroport. Par la présente requête, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. B A du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe situé 29 rue de Malville à Nantes.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. En premier lieu, M. B A, ressortissant guinéen né le 5 mai 1993, déclare être entré irrégulièrement le 23 avril 2021. Il a été hébergé dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association CAES France Horizon, situé 29 rue de Malville à Nantes. Il a été informé de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 15 février 2022. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois a été adressée à l'intéressé par le préfet de la Loire-Atlantique le 16 mai 2022. Alors que M. B A se maintient dans ces conditions dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

5. En second lieu, la libération des lieux par M. B A présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

6. Si M. A fait valoir que son état de santé serait incompatible avec la mesure sollicitée, les éléments médicaux versés au dossier, dont l'acuité concerne, non la pathologie pulmonaire contractée en Guinée, mais des douleurs lombaires par ailleurs actuellement médicalement traitées, sont insuffisants pour le démontrer.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. A de quitter sans délai le lieu d'hébergement qu'il occupe et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressé à compter de la notification de cette ordonnance, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à ses frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présence instance la partie perdante, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme que M. B A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. B A de libérer sans délai le logement qu'il occupe géré par l'association CAES France Horizon, situé 29 rue de Malville à Nantes.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. B A, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. B A sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. B A et à Me Dahani.

Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique

Fait à Nantes, le 17 janvier 2023.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La greffière,

M-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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