jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2301266 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | GIROUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 janvier et 24 octobre 2023, M. A D, représenté par Me Giroud, demande au juge des référés sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prescrire une expertise judiciaire en vue de déterminer les causes et les conséquences des désordres constatés dans sa propriété, provoqués par les pollutions et les débordements du ruisseau du Pré-Poulain, d'évaluer les préjudices subis, ainsi que de proposer les solutions pouvant être envisagées pour y remédier et d'en évaluer les coûts ;
2°) de donner mission à l'expert d'établir un pré-rapport ;
3°) d'ordonner que l'expertise ait lieu en présence de la commune de Thouaré-sur-Loire, de Nantes Métropole et de l'Etat ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Thouaré-sur-Loire et de Nantes Métropole la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-il est propriétaire d'une maison située 3 rue de la Saulzaie à Thouaré-sur-Loire (44470) et sa propriété est traversée par le ruisseau du Pré-Poulain ;
-il subit depuis plusieurs années la pollution du ruisseau sur sa propriété en moyenne une fois par mois et le débordement des eaux en moyenne une fois par an ;
-il est confronté au silence et à l'inaction de la commune de Thouaré-sur-Loire et de Nantes Métropole quant à la détermination des causes des désordres et des solutions réparatoires à envisager ;
-il a subi depuis janvier 2023 pas moins de 17 pollutions à la date du 27 septembre 2023 ;
-une réunion a eu lieu avec Nantes Métropole le 20 octobre 2023 ;
-les services de l'Etat sont défaillants dans leur mission de préservation des milieux aquatiques des dégradations liées aux activités humaines et doivent en conséquence être mis en cause, notamment la direction départementale des territoires et de la mer.
- il est fondé à solliciter la désignation d'un expert pour déterminer les causes des désordres et envisager les solutions à mettre en œuvre.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 août et 9 novembre 2023, Nantes Métropole demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, de :
1°) lui donner acte des protestations et réserves d'usage ;
2°) rejeter les conclusions du requérant tendant à la mise à charge solidaire de la commune de Thouaré-sur-Loire, de l'Etat et de Nantes Métropole de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) réserver les dépens.
Elle soutient que les pollution et débordement du ruisseau Le Pré-Poulain invoqués par le requérant ne sont pas établis et, en tout état de cause, la responsabilité de la collectivité ne saurait être retenue.
La procédure a été transmise au préfet de la Loire-Atlantique qui n'a pas produit de mémoire dans le délai indiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Specht, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. M. D est propriétaire d'une maison située 3 rue de la Saulzaie à Thouaré-sur-Loire (44470) et sa propriété est traversée par le ruisseau du Pré-Poulain. M. D demande au juge des référés la désignation d'un expert aux fins de déterminer l'origine des désordres relevés sur sa propriété, causés par les pollutions et les débordements du ruisseau, d'évaluer les préjudices subis et de proposer les solutions permettant d'y remédier à l'avenir.
Sur la demande d'expertise :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ".
3. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce titre, lorsqu'il est saisi d'une demande d'expertise visant à évaluer un préjudice en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, le juge ne peut se fonder, pour rejeter cette demande, sur l'absence de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et la faute alléguée qu'en cas d'absence manifeste d'un tel lien de causalité.
4. Nantes Métropole soutient que les pollutions et les débordements du ruisseau Pré-Poulain invoqués par M. D en sont pas établis par ce dernier. Toutefois, en l'état de l'instruction, les pièces produites et en particulier les photographies permettent de tenir pour établis les débordements du ruisseau, qui n'ont d'ailleurs pas été sérieusement contestés par les services de Nantes métropole dans les réponses faites au requérant. Par ailleurs, si Nantes Métropole soutient que les photographies produites qui font apparaître une eau trouble et des poissons morts sont insuffisantes à établir la réalité d'une pollution, celle-ci ne peut être exclue. Enfin, une relation de cause à effet ne peut davantage être exclue entre les phénomènes de possible pollution invoqués par le requérant dans le ruisseau Pré-Poulain, les débordements constatés de ce ruisseau dans sa propriété et le fonctionnement des infrastructures d'écoulement du ruisseau.
5. Dans ces conditions, la mesure d'expertise judiciaire demandée par M. D revêt le caractère d'utilité requis par les dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Ainsi, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les conclusions tendant à l'établissement par l'expert d'un projet de rapport :
6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un projet de rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions de M. D tendant à ce que le juge des référés demande à l'expert de dresser un pré-rapport et de l'adresser à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de la commune de Thouaré-sur-Loire, de l'Etat et de Nantes Métropole la somme de 1 000 euros que demande M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Sur les dépens :
8. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions présentées par Nantes Métropole tendant à réserver les dépens, ne peuvent être accueillies.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C B, inscrit au tableau 2023 des experts agréés auprès de la cour administrative d'appel de Nantes à la rubrique " C-01.25 Sols (géologie, géotechnique, hydrologie) " et demeurant 102 La Bournaire à Monnières (44690), est désigné en qualité d'expert.
Il aura pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux, 3 rue de la Saulzaie à Thouaré-sur-Loire (44470), en présence de toutes les parties et rechercher et préciser les liens unissant les parties à l'expertise judiciaire ;
2°) entendre les parties ainsi que tout sachant et se faire communiquer tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission ;
3°) constater et décrire les désordres invoqués par M. D sur sa propriété à la suite des pollutions et des débordements du ruisseau Le Pré-Poulain et, le cas échéant, la répétition de ces désordres et leur évolution ;
4°) déterminer les causes des désordres constatés ; de dire en particulier s'ils sont dus à une capacité insuffisante, à un vice de conception, à un mauvais fonctionnement ou à un défaut d'entretien du réseau métropolitain d'assainissement d'évacuation des eaux pluviales et des eaux usées ou à toutes autres causes ;
5°) en cas de pluralité de causes, préciser dans quelles proportions les désordres sont imputables à chacune d'elles ;
6°) indiquer la nature et le coût des travaux propres à remédier à ces désordres ;
7°) donner son avis sur les aménagements envisagés dans l'urgence par Nantes Métropole pour remédier définitivement aux désordres ;
8°) fournir, de façon générale, tous les éléments techniques ou de fait, de nature à permettre à la juridiction du fond, éventuellement saisie, de se prononcer sur les éventuelles responsabilités encourues et les éventuels préjudices subis.
Article 2 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira sa mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, recourir à un sapiteur qui sera préalablement désigné par le président du tribunal administratif.
Article 3 : L'expert effectuera sa mission au contradictoire de :
- M. D,
- Nantes Métropole,
- l'Etat (préfet de Loire-Atlantique),
- la commune de Thouaré-sur-Loire.
Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport avant le 30 juin 2024. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours. L'expert devra informer les parties de toute demande de délai complémentaire qui sera effectuée par ses soins auprès du tribunal administratif pour le dépôt de son rapport d'expertise.
Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront taxés ultérieurement par le tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D, à Nantes Métropole, à l'Etat (préfet de Loire-Atlantique), à la commune de Thouaré-sur-Loire et à M. B, expert.
Fait à Nantes, le 7 décembre 2023.
La juge des référés,
F. SPECHT
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2301266
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026