mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2301681 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | CHEMIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 février 2023 et 11 octobre 2023, M. A B et Mme E, représentés par Me Chemin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 18 octobre 2022 de l'autorité consulaire française à Kinshasa (république démocratique du Congo) refusant de délivrer à Mme E un visa de long séjour en qualité de membres de famille de réfugié ;
2°) de leur faire communiquer l'intégralité du dossier de demande de visa de Mme E détenu par l'autorité consulaire ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission de recours est entachée d'erreurs d'appréciation, tant au regard des actes de naissance de la demandeuse que du délai de dépôt de la demande de visa et du caractère stable et continue de leur relation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A B, ressortissant congolais, né le 18 juin 1989, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 février 2019. Mme D E, ressortissante congolaise née le 8 mars 1995, qu'il présente comme sa concubine, a déposé une demande de visa de long séjour auprès de l'autorité consulaire française à Kinshasa, en qualité de membre de famille d'un réfugié. Par une décision du 18 octobre 2022, cette autorité a refusé la délivrance du visa sollicité. Par une décision du 11 janvier 2023, dont M. A B et Mme E demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il résulte des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue () ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise par ailleurs que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".
3. En outre, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ", ce dernier disposant que " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
4. Il ressort des termes de la décision attaquée du 11 janvier 2023 que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par Mme E, la commission de recours s'est fondée sur un premier motif tiré de ce que les deux actes de naissance produits, établis vingt-six ans après la naissance de la demandeuse et deux ans et demi après la reconnaissance de la qualité de réfugié au requérant, sont inauthentiques, dès lors qu'ils comportent des mentions différentes et qu'ils relèvent ainsi d'une intention frauduleuse. Elle s'est également fondée sur un second motif tenant à l'absence de vie commune suffisamment stable et continue entre les requérants avant la date d'introduction de la demande d'asile de M. A B.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'a été produit, pour justifier de l'identité de Mme E, un acte de naissance n° 5758/2021, établi par un officier d'état civil du bureau principal d'état civil de Kalamu. Pour établir le caractère apocryphe de ce document, le ministre fait valoir, sans être utilement contredit par les requérants, que les deux copies de cet acte de naissance, jointes à la requête, ne mentionnent pas la même date de transcription par l'officier d'état civil, à savoir, pour l'exemplaire joint en soutien du recours devant la commission, la date du 17 novembre 2021 et pour celui produit à l'appui de la demande de visa, la date du 1er novembre 2021. Il oppose également l'intention frauduleuse de M. A B et Mme E, s'agissant des modalités d'obtention de cet acte de naissance, en produisant des extraits d'échanges par messagerie entre les requérants, dont le contenu permet d'établir la volonté de ces derniers d'obtenir et de faire usage d'un acte de naissance inauthentique à l'appui de la demande de visa de Mme E. Si les requérants produisent, en soutien de leurs écritures, un jugement supplétif n° RC 9459/G/XIV du 6 septembre 2021 rendu par le tribunal de paix de Kinshasa Pont Kasa-Vubu, un acte de signification du jugement du 6 septembre 2021 ainsi qu'un certificat de non appel n° 2321 du 28 octobre 2021 émanant du tribunal de grande instance de Kinshasa, de tels documents, dès lors qu'ils se réfèrent à un acte de naissance dont le caractère apocryphe est établi, ne permettent pas d'établir l'identité de Mme E. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours a rejeté le recours dirigé contre la décision consulaire sur ce motif.
6. D'autre part, pour rejeter le recours dirigé contre la décision consulaire, la commission de recours s'est également fondée sur le motif tiré de l'absence ce caractère suffisamment stable et continue de la vie commune entre les requérants, à la date d'introduction de la demande d'asile de M. A B. Si les requérants produisent en soutien de leurs écritures la copie d'échanges par messagerie et de " SMS ", ainsi que la copie de virements bancaires émanant de M. A B au profit de Mme E, les dates des documents sont postérieures au 25 octobre 2018, date d'introduction de la demande d'asile par le requérant, et ne permettent donc pas d'établir le caractère continu et stable de leur vie commune à cette date. La seule circonstance que M. A B ait déclaré Mme E en qualité de concubine alléguée lors de l'établissement de la fiche familiale de référence auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides est, dans ces conditions, sans incidence, alors qu'au demeurant il est également fait état, dans ce document, d'une précédente relation du requérant avec une autre concubine, Mme F, dont la durée et le terme ne sont pas établis et de laquelle serait né un enfant. Dès lors, et en l'absence d'éléments de possession d'état produits par les requérants au dossier, la commission de recours n'a pas commis d'erreur d'appréciation en rejetant le recours dirigé contre la décision consulaire au motif de l'absence de vie commune stable et continue des requérants à la date de la demande d'asile de M. A B.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de communication du dossier de demande de visa :
8. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondée l'autorité consulaire.
Sur le surplus des conclusions :
9. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation de la requête, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent également, par voie de conséquence, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B et Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, Mme D E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
Mme Dubus, première conseillère,
M. Revéreau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023 .
Le rapporteur,
P. REVEREAU
La présidente,
H. ROULAND-BOYER
La greffière,
S. BRIAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2408728
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête en annulation d'une décision implicite de rejet d'un visa de réunification familiale pour un enfant mineur. Le tribunal a jugé que la motivation de la décision contestée, qui reprenait les motifs du refus consulaire basés sur l'absence de preuve probante du lien de filiation, était suffisante au regard du code des relations entre le public et l'administration. Il a ainsi écarté le moyen d'insuffisance de motivation soulevé par la requérante.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2312412
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête d'un attaché d'administration demandant l'annulation de son compte-rendu d'évaluation professionnelle. Le juge a estimé que les vices de procédure allégués, notamment l'absence d'annexion de son rapport d'activité au compte-rendu, n'étaient pas de nature à entacher d'illégalité l'acte, car ils n'ont pas exercé d'influence sur la décision ni privé l'agent d'une garantie. La décision s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique, du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 et de l'arrêté du 18 mars 2013.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2300373
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête du syndicat SNUDI-FO 53 visant à faire reconnaître le droit des enseignants du premier degré de la Mayenne à un service effectif de médecine préventive. Le tribunal a jugé que le syndicat n'apportait pas la preuve d'une carence dans l'organisation de ce service au niveau départemental, ni que la situation des personnels justifiait une action en reconnaissance de droits collectifs. La décision s'appuie sur les dispositions du décret n°82-453 du 28 mai 1982 et de l'article L. 77-12-1 du code de justice administrative.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2406872
**Sujet principal** : Recours en annulation contre une suspension conservatoire d'une fonctionnaire publique pour faute grave. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Nantes (11ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal annule l'arrêté de suspension, considérant que les faits reprochés (propos injurieux lors d'un entretien) ne présentent pas, à eux seuls, le caractère de gravité suffisant requis pour justifier une telle mesure conservatoire. L'autorité administrative a commis une erreur d'appréciation. **Textes appliqués** : L'article L. 531-1 du code général de la fonction publique, qui encadre la suspension pour faute grave.
31/03/2026