Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 août 2023, M. B... C... demande au tribunal d’annuler le compte-rendu d’évaluation professionnelle dont il a fait l’objet au titre de l’année 2022-2023.
Il soutient que :
- son compte-rendu d’évaluation professionnelle est entaché de vices de procédure, dès lors qu’il a été convoqué moins de quinze jours avant la date de l’entretien, que son rapport d’activité n’a pas été transmis à l’autorité hiérarchique, que son évaluation n’a pas été accompagnée d’un entretien de formation, qu’il a signé son compte-rendu avant l’autorité hiérarchique et que celui-ci ne lui a pas été notifié ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation, dès lors qu’il n’a pas porté sur les objectifs de l’année passée, qu’il se fonde sur des affirmations non étayées, dénigrantes, et comporte des propos diffamatoires à son encontre.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, la rectrice de l’académie de Nantes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;
- l’arrêté du 18 mars 2013 relatif aux modalités d'application à certains fonctionnaires relevant des ministres chargés de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lehembre, conseiller ;
- les conclusions de M. Garnier, rapporteur public ;
- les observations de M. C....
Considérant ce qui suit :
M. C..., attaché d’administration de l’Etat, occupait depuis le 1er septembre 2020 la fonction de secrétaire général d’établissement au collège Guillaume Apollinaire de Bouloire. Le 26 mai 2023, il a participé à un entretien professionnel au titre de l’année 2022-2023, dont le compte-rendu lui a été transmis par sa cheffe d’établissement le 31 mai 2023. Par la présente requête, M. C... demande l’annulation de ce compte-rendu.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code général de la fonction publique : « L'appréciation de la valeur professionnelle d'un fonctionnaire se fonde sur une évaluation individuelle donnant lieu à un compte rendu qui lui est communiqué ». Aux termes de l’article 1er du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l’appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l’Etat : « Le présent décret s'applique à tous les corps de fonctionnaires de l'Etat dotés d'un statut particulier. Toutefois, les statuts particuliers peuvent prévoir, après avis du Conseil supérieur de la fonction publique de l'Etat, un système de notation pour apprécier la valeur professionnelle des fonctionnaires, dont ils fixent les modalités ». L’article 4 de ce décret dispose : « Le compte rendu de l'entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier. / Il est communiqué au fonctionnaire qui le complète, le cas échéant, de ses observations. / Il est visé par l'autorité hiérarchique qui peut formuler, si elle l'estime utile, ses propres observations. /Le compte rendu est notifié au fonctionnaire qui le signe pour attester qu'il en a pris connaissance puis le retourne à l'autorité hiérarchique qui le verse à son dossier ». Aux termes de l’article 5 de ce décret : « Des arrêtés des ministres intéressés ou des décisions des autorités investies du pouvoir de gestion des corps concernés, pris après avis des comités sociaux d'administration compétents, précisent les modalités d'organisation de l'entretien professionnel, le contenu du compte rendu qui se réfère aux thèmes mentionnés à l'article 3 et, le cas échéant, la liste des autorités hiérarchiques compétentes ». Aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 18 mars 2013 visé ci-dessus : « Les dispositions du décret du 28 juillet 2010 susvisé s'appliquent aux fonctionnaires appartenant à l'un des corps suivants ou détachés dans l'un d'eux : 2. Attachés d'administration de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, régis par le décret n° 2006-1732 du 23 décembre 2006 portant dispositions statutaires relatives au corps des attachés d'administration de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur ». Enfin, aux termes de l’article 6 de cet arrêté : « L'entretien professionnel porte sur les thèmes mentionnés à l'article 3 du décret du 28 juillet 2010 susvisé. (…) Au cours de cet entretien, l'agent peut, à son initiative, faire une présentation d'un rapport d'activité. Ce dernier est annexé au compte rendu de l'entretien si l'intéressé en fait la demande ».
Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d’une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n’est de nature à entacher d’illégalité la décision prise que s’il ressort des pièces du dossier qu’il a été susceptible d’exercer, en l’espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu’il a privé les intéressés d’une garantie.
Il ressort des pièces du dossier que M. C... a, au cours de l’entretien d’évaluation du 26 mai 2023, présenté le rapport d’activité prévu par les dispositions de l’article 6 de l’arrêté du 18 mars 2013 rappelées au point 2. Il soutient sans être contesté que sa supérieure hiérarchique n’a pas annexé ce rapport à son compte-rendu d’évaluation comme il en avait fait la demande au cours de l’entretien. Par suite, il est fondé à soutenir que son évaluation au titre de l’année 2022-2023 a été réalisée à l’issue d’une procédure irrégulière. Si la rectrice fait valoir en défense que M. C... a, de sa propre initiative, adressé le 8 juin 2023 une copie de ce rapport aux services du rectorat, il ressort des pièces du dossier que son compte rendu d’entretien professionnel a été transmis à l’autorité hiérarchique pour visa le 6 juin précédent. Dans ces conditions, et alors que l’autorité hiérarchique n’a pas indiqué la date à laquelle elle a visé le compte-rendu litigieux et qu’il ne peut donc être exclu qu’elle l’a fait avant d’avoir reçu le rapport d’activité préparé par le requérant, le vice de procédure dont est entachée l’évaluation professionnelle de M. C... au titre de l’année 2022-2023 est susceptible d’avoir exercé une influence sur celle-ci.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C... est fondé à demander l’annulation de son compte-rendu d’entretien professionnel au titre de l’année 2022-2023.
D E C I D E :
Article 1er : Le compte-rendu de l’entretien professionnel de M. C... du 26 mai 2023 est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au ministre de l’éducation nationale.
Copie en sera adressée à la rectrice de l’académie de Nantes.
Délibéré après l’audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Moreno, conseillère,
M. Lehembre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.
Le rapporteur,
P. Lehembre
Le président,
E. Berthon
L’assesseure la plus ancienne,
M. A...
Le président-rapporteur,
A. MARCHAND
L’assesseure la plus ancienne,
M. A...
La greffière,
S. Fournier
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,