vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2302111 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ROULLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 février 2023, M. F A D, Mme B A H, M. I F A, M. E F A et les enfants G, C et K F A, représentés pour ses derniers par M. F A D et Mme B A H, tous représentés par Me Roulleau, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 25 octobre 2022, contre la décision de l'autorité diplomatique française à Djibouti refusant de délivrer à Mme B A H, M. I F A, M. E F A et aux enfants G, C et K F A des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'ordonner la délivrance des visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les actes d'état civil communiqués ne sont pas frauduleux, que leurs liens familiaux sont établis, tant grâce à ces actes que par le mécanisme de la possession d'état ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la réunification familiale ne présente pas de caractère partiel, l'aîné des enfants étant inéligible à cette procédure du fait de son âge ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît les articles 3-1, 9 et 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision méconnaît la recommandation B de l'acte final de la conférence de plénipotentiaires des Nations unies sur le statut des réfugiés et apatrides, ainsi que la convention de Genève.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2023 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'une instruction de délivrance des visas sollicités a été donnée au poste consulaire, et qu'il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation. Le ministre s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant des frais liés au litige.
Par un mémoire enregistré le 15 novembre 2023, le conseil des requérants déclare maintenir l'ensemble de ses conclusions.
Par décision du 30 octobre 2023 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. F A D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F A D, ressortissant somalien né en 1964, bénéficiaire de la protection subsidiaire en France depuis le 29 mai 2018, soutient être marié à Mme B A H et être le père de cinq enfants, I F A, E F A, G F A, C F A et K F A, nés entre 2002 et 2010 en Somalie. Par la présente procédure, les requérants demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 25 octobre 2022, contre la décision de l'autorité diplomatique française à Djibouti refusant de délivrer à Mme B A H, à M. I F A, à M. E F A et aux enfants G, C et K F A des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les visas sollicités auraient été délivrés aux demandeurs en cours d'instance. Par suite, il y a lieu d'écarter l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Si le demandeur a été averti par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, dans le cas où l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet de son recours, celui-ci serait réputé rejetée pour les mêmes motifs que ceux de la décision de refus de visa contestée, la décision implicite de la commission doit être regardée comme s'étant effectivement approprié ces motifs. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre la décision de refus de visa litigieuse comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié le motif opposé par l'autorité diplomatique française à Djibouti, à savoir les motifs tirés, d'une part de ce que " les documents d'état civil présentés présentent les caractéristiques d'un document frauduleux ", et d'autre part de ce que la réunification familiale est partielle et porte atteinte à l'intérêt des enfants de la personne placée sous protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 du même code prévoit que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. "
5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Les requérants joignent à leurs écritures un certificat de mariage tenant lieu d'acte d'état civil délivré par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 6 août 2020 dont il ressort que cette autorité a tenu pour établie son union en 1997 en Somalie avec Mme B A H, née en 1975, fille de M. A H et Mme J. Les requérants produisent également un passeport somalien délivré en 2021 à Mme B A H, née le 1er janvier 1975, fille de Mme J, ainsi que la traduction d'un certificat de naissance délivré au mois de juillet 2019 par une autorité locale somalienne. L'identité et le lien familial de Mme A H avec M. F A doivent dès lors être tenus pour établis. Pour justifier de l'identité et de la filiation des autres demandeurs de visas, les requérants versent au dossier les traductions de certificats de naissance délivrés le 31 juillet 2019 par le maire de Mogadiscio, indiquant qu'après consultation du registre des familles, M. I F A est né le 31 décembre 2002 de l'union de M. F A et Mme B A H, M. E F A est né le 31 décembre 2004 de la même union, l'enfant G F A est née le 1er janvier 2006 de la même union, l'enfant C F A est né le 1er janvier 2008 de la même union et l'enfant K F A est née le 1er janvier 2010 de la même union. Il ressort des passeports des cinq demandeurs de visas, joints à la requête, que le nom des demandeurs, le nom de leur mère, leur date et leur lieu de naissance apparaissent identiques aux mentions figurant sur leurs certificats de naissance. Dans ces conditions, et alors que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'apporte en défense aucun élément de nature à justifier le bien-fondé du motif retenu par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, les requérants sont fondés à soutenir qu'en retenant le caractère frauduleux des documents d'état civil produits à l'appui des demandes de visas, cette commission a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
7. Aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. "
8. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rendues applicables à la procédure de réunification familiale par l'article L. 561-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la réunification familiale doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'une réunification familiale partielle ne peut être autorisée, à titre dérogatoire, que si l'intérêt des enfants le justifie.
9. M. A D soutient avoir également eu avec Mme A H un enfant né en 2000, nommé L F A, mais explique qu'aucune demande de visa n'a été présentée pour son fils aîné en raison de son âge, l'excluant du bénéfice de la réunification familiale. Il ressort des pièces du dossier que M. A D a déclaré être le père de M. L F A, né en 2000, au stade de sa demande d'asile en France en 2017, dans sa fiche familiale de référence en 2018 et dans le formulaire de renseignements complété ultérieurement, à destination du bureau des familles de réfugiés. Dans ces conditions, et en l'absence de défense de ce motif dans les écritures du ministre, les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en s'appropriant également ce motif la commission a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les six décisions de refus de visas opposées aux membres de la famille de M. A D.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B A H, à M. I F A, à M. E F A et aux enfants G, C et K F A les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. M. A D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans la présente affaire. Par suite, Me Roulleau peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Roulleau de la somme de 1 200 euros. Les requérants ne justifiant pas avoir exposé des dépens dans le cadre de la présente instance, leurs conclusions tendant au remboursement de ces dépens doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant implicitement le recours formé contre les décisions de refus de visas opposées à Mme B A H, à M. I F A, à M. E F A et aux enfants G, C et K F A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B A H, à M. I F A, à M. E F A et aux enfants G, C et K F A les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Roulleau une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F A D, à Mme B A H, à M. I F A, à M. E F A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. ROULAND-BOYERLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2300356
**Sujet principal** : Demande d'indemnisation d'un agent public pour absence de réintégration après une période de disponibilité. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Marseille (8ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la fin de non-recevoir opposée par la commune, estimant que le requérant a bien produit l'ensemble des pièces requises selon l'article R. 414-5 du code de justice administrative. **Textes appliqués** : Article R. 414-5 du code de justice administrative (règles de procédure concernant la production des pièces).
08/04/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2302852
Le Tribunal Administratif de Marseille rejette la requête de M. A... B... visant à annuler la décision de l'ONACVG limitant à 3 000 euros l'aide financière qui lui a été attribuée au titre du dispositif pour les enfants d'anciens harkis. Le tribunal estime que la décision d'attribution, qui n'est pas une décision défavorable, n'était pas soumise à une obligation de motivation spécifique et que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en déterminant le montant, en application du décret n° 2018-1320 du 28 décembre 2018.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2400683
Le Tribunal Administratif de Marseille a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus d'autorisation d'exercice de la médecine générale notifié à une docteure titulaire d'un diplôme non communautaire. La juridiction a annulé la décision du Centre National de Gestion (CNG) du 6 juillet 2023, considérant que le refus était entaché d'un défaut de motivation suffisante. Elle a enjoint au CNG de réexaminer la demande de la requérante dans un délai de deux mois, en application des articles L. 4111-2 du code de la santé publique et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2507446
Le Tribunal Administratif de Marseille a annulé la décision du préfet des Bouches-du-Rhône refusant le renouvellement d'une habilitation aéroportuaire à un employé de DHL. Le juge a retenu un vice de procédure, estimant que ce refus, constitutif d'une décision individuelle défavorable, devait être motivé en application des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, ce qui n'était pas le cas. La décision a été annulée sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par le requérant.
08/04/2026