jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2302272 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | CABINET EFFICIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 février 2023, Mme E F, représentée par Me Dupuy, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner une expertise médicale judiciaire en vue de déterminer les préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de l'intervention chirurgicale du 7 février 2002 au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) d'Angers ;
2°) de déclarer la décision à intervenir commune et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Sarthe.
Mme F soutient que :
-elle a été opérée le 7 février 2002 pour l'ablation d'une hernie discale en L5-S1 ;
-les suites opératoires ont été marquées par la disparition des douleurs sciatiques et la persistance des lombalgies ;
-elle a subi un IRM lombo-sacrée en juin 2002 et les conclusions médicales ont indiqué une spondylodiscite L5-S1 sans épidurite ni abcès ;
-cette spondylodiscite a détérioré les plateaux vertébraux adjacents ;
-elle a été de nouveau opérée à la clinique du Pré au Mans le 11 février 2016 pour une discopathie destructive en L4-L5.
-elle a subi un IRM lombaire le 19 octobre 2022, lequela révélé une petite hernie discale postérieure médiane sans signe battant de conflit disco-radiculaire en L3-L4 et un petit kyste radiculaire S1 droit ;
-le 31 décembre 2022, elle a dû quitter sa profession de toiletteuse canin ;
-l'expertise médicale judiciaire est utile pour obtenir la réparation du préjudice subi.
Par un mémoire, enregistré le 21 février 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire-Atlantique, agissant pour le compte de la CPAM de la Sarthe, ne s'oppose pas à la demande d'expertise.
Elle demande que l'expert lui transmette son pré-rapport afin qu'elle puisse formuler ses dires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM), représenté par Me Ravaut, demande au juge des référés de :
1°) lui donner acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise ;
2°) compléter la mission de l'expert selon ses observations ;
3°) dire que l'expert rédigera un pré-rapport qui sera transmis aux parties ;
4°) réserver les dépens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le CHU d'Angers, représenté par Me Chainay, demande au juge des référés :
1°) de lui allouer l'entier bénéfice de ses écritures aux termes desquelles il n'a pas de moyen opposant à la mesure d'instruction demandée avec les plus extrêmes réserves sur son éventuelle responsabilité ;
2°) de dire que l'organisme de sécurité sociale devra avoir pour mission de fournir un relevé détaillé de ses débours ;
3°) de juger que les frais et honoraires de l'expert seront mis à la charge de la requérante.
Vu les pièces jointes à la requête.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nantes a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente du tribunal administratif de Nantes, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1.Mme E F, née le 9 décembre 1974, a subi au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers (Maine-et-Loire) le 7 février 2002 une intervention chirurgicale pour l'ablation d'une hernie discale en L5-S1. Les suites opératoires ont été marquées par la disparition des douleurs sciatiques et la persistance des lombalgies. Elle a subi un IRM lombo-sacrée en juin 2002 et les conclusions médicales ont indiqué une spondylodiscite L5-S1 sans épidurite ni abcès. L'intéressée a de nouveau été opérée à la clinique du Pré au Mans (Sarthe) le 11 février 2016 pour une discopathie destructive en L4-L5. Elle a subi un IRM lombaire le 19 octobre 2022, lequel a révélé une petite hernie discale postérieure médiane sans signe battant de conflit disco-radiculaire en L3-L4 et un petit kyste radiculaire S1 droit. Le 31 décembre 2022, elle indique avoir dû quitter sa profession de toiletteuse canin. Mme F demande, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, la désignation d'un expert médical à l'effet de déterminer si la prise en charge médicale au CHU d'Angers ont été conformes aux pratiques médicales, aux règles de l'art médical et aux données acquises de la science médicale, d'évaluer les préjudices subis.
Sur la demande d'expertise médicale judiciaire :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ".
3. En l'état de l'instruction, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par Mme F revêt un caractère utile et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. La mission d'expertise médicale judiciaire sera effectuée au contradictoire de Mme F, du CHU d'Angers, de l'ONIAM, et de la CPAM de Loire-Atlantique, chaque partie pouvant désigner un médecin conseil pour assister aux opérations d'expertise.
Sur la demande du CHU d'Angers tendant à la communication à l'expert du relevé des débours de l'organisme social de Mme F :
5. La communication à l'expert du relevé des débours de la CPAM de Loire-Atlantique n'apparaît pas utile à la réalisation de l'expertise ordonnée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du CHU d'Angers tendant à ce que le juge des référés indique dans la mission d'expertise la communication de ce relevé à l'expert par la CPAM de Loire-Atlantique.
Sur les conclusions tendant à l'établissement par l'expert d'un projet de rapport :
6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un projet de rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions de l'ONIAM et de la CPAM de la Loire-Atlantique tendant à ce que le juge des référés demande à l'expert de dresser un pré-rapport et de l'adresser à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
7. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions présentées par l'ONIAM tendant à réserver les dépens, ne peuvent être accueillies.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est désigné un collège d'experts composé de :
- M. le professeur D C, médecin spécialisé inscrit au tableau 2023 des experts agréés auprès de la cour d'appel de Paris à la rubrique " F-03.10 - Neurochirurgie ", exerçant dans le service de neurochirurgie du centre hospitalier universitaire Bicêtre au Kremlin-Bicêtre (94270) ;
- M. le docteur A B, médecin spécialisé inscrit au tableau 2023 des experts agréés auprès de la cour administrative d'appel de Paris à la rubrique " F-01.03 - Anesthésiologie - Réanimation ", exerçant au centre hospitalier universitaire Cochin, 27 rue Faubourg Saint Jacques à Paris (75014).
Il aura pour mission de :
1° Se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme F et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressée à compter de l'intervention chirurgicale du 7 février 2002 ;
2° Procéder à l'examen de Mme F et rappeler son état de santé antérieur ;
3° Décrire les conditions dans lesquelles Mme F a été admise et soignée dans l'établissement hospitalier mis en cause, à compter du 7 février 2002 ;
4° Préciser les examens et soins prodigués et les complications survenues ;
5° Prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant notamment aux interventions chirurgicales qu'elle a dû subir ;
6° Décrire la ou les complications survenues lors de ces opérations chirurgicales et postérieurement à celles-ci et dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;
7° Réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service pour Mme F dans l'établissement hospitalier fréquenté à partir du 7 février 2002 ;
8° Se prononcer sur l'origine des complications présentées par Mme F en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge hospitalière par l'établissement hospitalier ;
9° Déterminer la ou les causes d'uneinfection qui serait survenue ; préciser si cette infection a été contractée lors de la prise en charge médicale de Mme F, en précisant s'il s'agit d'une infection nosocomiale ou si la cause est extérieure et étrangère à l'hospitalisation ; préciser si possible le délai d'incubation de cette infection compte tenu de la nature de la bactérie, si elle a été identifiée ;
10° Dire si, compte-tenu de l'état antérieur de la patiente et en l'état des données acquises de la science médicale, l'établissement hospitalier concerné a pris toutes les dispositions nécessaires pour éviter le risque d'infection, ou si celui-ci se serait réalisé quelles que soient les précautions prises ;
11° Dire si les protocoles d'aseptisation en vigueur étaient conformes aux normes et aux données actuelles de la science et s'ils ont été respectés ;
12° Dire si Mme F présentait des facteurs favorisant la survenue ou le développement de cette infection ;
13° Préciser si une enquête médicale, paramédicale et bactériologique a été effectuée et démontre de façon certaine et exclusive que l'infection que Mme F a présentée était d'origine nosocomiale ;
14° Indiquer si l'état de santé de la patiente a pu favoriser ou contribuer à la survenue de la ou des complications(s) et/ou à la gravité des conséquences dommageables subies par l'intéressée ;
15° Dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; dans l'affirmative, indiquer la fréquence d'un tel accident en général et la fréquence attendue chez la patiente ; déterminer les conséquences probables de la pathologie présentée en l'absence de traitement ;
16° Déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à la patiente sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers ou sur son médecin traitant au moment des faits litigieux ;
17° Indiquer si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) commis par l'établissement hospitalier mis en cause a fait perdre à l'intéressé une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;
18° Dire si l'état de santé de Mme F est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ;
19° Dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme F ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;
20° Décrire la nature et l'étendue des éventuelles séquelles gardées par Mme F et évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent en résultant en distinguant la part due à la pathologie initiale, de celle imputable, le cas échéant, à un manquement de l'établissement hospitalier mis en cause ou à une éventuelle infection nosocomiale ;
21° Dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur et du préjudice esthétique (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;
22° Se prononcer sur l'existence d'un préjudice sexuel, d'un préjudice professionnel et d'agrément ; le cas échéant, évaluer leur importance ;
23° Se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, en précisant la qualification requise et la durée de l'intervention ;
24° Se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s'il s'agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ;
25° Dire si l'état de santé de Mme F est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité.
Article 2 : Le collège d'experts, pour l'accomplissement de sa mission, pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à Mme F.
Article 3 : Après avoir prêté serment, le collège d'experts accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.
Article 4 : Le collège d'experts avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-4 du code de justice administrative.
Article 5 : Le collège d'experts déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport d'expertise avant le 30 juin 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours pour chaque expert. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties.
Article 6 : Les frais et honoraires dus à chaque expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F, au CHU d'Angers, à l'ONIAM, à la CPAM de Loire-Atlantique, et à MM. C et B, experts.
Fait à Nantes, le 9 novembre 2023.
La juge des référés,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°230227
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026