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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302605

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302605

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302605
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantFABRE-SAVARY-FABBRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 février 2023, Mme F C épouse D et M. E D, agissant en qualité de représentants légaux de leur fils mineur B D, représentés par Me Benbrahim, demande au juge des référés de :

1°) prescrire une expertise médicale judiciaire de leur fils B en vue de déterminer les préjudices subis à la suite de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier de Saint-Nazaire (44600) à la suite de sa chute survenue à la patinoire le 11 décembre 2021 ;

2°) mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Nazaire les entiers dépens ;

3°) mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Nazaire la somme de 1 000 euros à verser à leur avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et, 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

-ils ont conduit leur fils après sa chute au centre hospitalier de Saint-Nazaire où il a été diagnostiqué, par radiographie, une fracture diaphysaire distale radio-ulnaire avec déformation à convexité antérieure ;

-une première réduction de la fracture a été pratiquée et après une seconde radiographie, il a été conclu à un léger diastasis de la fracture diaphysaire ulnaire et une diminution de la déformation, puis il a été décidé la pose d'un plâtre, qui a été retiré le 27 janvier 2022 ;

-au retrait du plâtre, le bras B était gonflé et déformé et il n'a pas été prescrit de séances de kinésithérapie ;

-en février 2022, leur fils a été orienté vers l'institut de la main à Saint-Herblain, et après avoir suivi des séances de kinésithérapie trois fois par semaine, il a subi une intervention chirurgicale consistant en une ostéotomie complexe du radius avec pose d'une plaque Synthes LCP et six vis ;

-suite à cette intervention, le bras s'est remis immédiatement droit et une seconde opération est prévue pour l'ablation de la plaque et des vis ;

-la mauvaise consolidation de l'os n'a pas été diagnostiquée.

-leur fils ne peut plus pratiquer le football ;

-l'expertise s'avère utile.

Par un mémoire, enregistré le 1er mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire-Atlantique ne s'oppose pas à la demande d'expertise judiciaire et demande au juge des référés de rendre le jugement commun et opposable à son égard.

Elle indique qu'elle s'en remet aux conclusions d'une éventuelle expertise médicale judiciaire afin de pouvoir déterminer les prestations servies à la victime.

Par un mémoire, enregistré le 13 mars 2023, le centre hospitalier de Saint-Nazaire, représenté par Me Meunier, demande au juge des référés de :

1°) désigner un expert spécialisé en chirurgie othopédique ;

2°) donner à l'expert la mission développée dans ses observations et d'adresser un pré-rapport aux parties ;

3°) mettre les frais d'expertise à la charge de l'Etat ;

4°) débouter les requérants de toute demande de condamnation dirigée à son encontre ;

5°) de réserver les dépens.

Par un mémoire, enregistré le 11 septembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM), représenté par Me Saidji, demande au juge des référés de :

1°) prendre acte de ce qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause ;

2°) compléter la mission d'expertise selon ses observations ;

3°) dire que l'expert désigné rédigera un pré-rapport qui sera adressé aux parties aux fins d'observations ;

4°) statuer ce que de droit sur les dépens.

Mme F C épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2022.

Vu les pièces jointes à la requête ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nantes a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente du tribunal administratif de Nantes, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1.M. B D, né le 26 novembre 2010, a été admis le 11 décembre 2021 au centre hospitalier de Saint-Nazaire à la suite d'une chute intervenue à la patinoire. Au centre hospitalier, il a été diagnostiqué une fracture diaphysaire distale radio-ulnaire avec déformation à convexité antérieure. Une première réduction de la fracture a alors été pratiquée et après une seconde radiographie, il a été conclu à un léger diastasis de la fracture diaphysaire ulnaire et une diminution de la déformation, puis il a été décidé de la pose d'un plâtre qui a été retiré ensuite le 27 janvier 2022. En raison de la déformation du bras B, il a été orienté en février 2022 vers l'institut de la main à Saint-Herblain, et après avoir suivi des séances de kinésithérapie trois fois par semaine, il a subi une intervention chirurgicale consistant en une ostéotomie complexe du radius avec pose d'une plaque Synthes LCP et six vis. A la suite de cette intervention, le bras s'est remis immédiatement droit. Mme F C épouse D et M. E D, agissant au nom de leur fils mineur, B D, demandent la désignation d'un expert aux fins de déterminer si la prise en charge médicale de l'enfant au centre hospitalier de Saint-Nazaire à compter du 11 décembre 2021, a été conforme aux règles et aux données acquises de la science médicale, ainsi que d'évaluer les préjudices qu'il a subis.

Sur la demande d'expertise médicale judiciaire :

2.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

3.Mme F C épouse D et M. E D, estiment que leur fils B a subi des séquelles résultant d'un retard de diagnostic sur la consolidation de la fracture de son bras au centre hospitalier de Saint-Nazaire. La mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par Mme F C épouse D et M. E D pour leur fils mineur, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4.La mission d'expertise médicale judiciaire ordonnée sur M. B D, mineur, sera effectuée au contradictoire de Mme F C épouse D et M. E D, du centre hospitalier de Saint-Nazaire, de l'ONIAM, et en tant que de besoin, de la CPAM de la Loire-Atlantique, chaque partie pouvant désigner un médecin conseil pour assister aux opérations d'expertise.

Sur les conclusions du centre hospitalier de Saint-Nazaire, de l'ONIAM tendant à l'établissement par l'expert d'un pré rapport :

5.Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions du centre hospitalier de Saint-Nazaire et de l'ONIAM tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

6.En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les allocations provisionnelles à valoir sur les honoraires qui seront dus à l'expert, ainsi que les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions présentées par Mme F C épouse D et M. E D tendant à la mise à charge des entiers dépens au centre hospitalier de Saint-Nazaire et celles de ce dernier à réserver les dépens, ne peuvent être accueillies.

Sur les frais d'instance :

7.En l'état actuel du litige, le centre hospitalier de Saint-Nazaire ne peut être regardé comme ayant qualité de partie perdante pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions présentées à cette fin par M. et Mme D doivent dès lors être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : Mme A G, médecienne spécialisée, inscrite au tableau 2023 des experts agréés auprès de la cour d'appel d'Angers à la rubrique F-03.05 - Chirurgie orthopédique et traumatologique, demeurant 55 rue Nicolas à Angers (49100), est désignée en qualité d'experte.

Elle aura pour mission :

1° Se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de l'enfant B D et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressé au cours de son admission au centre hospitalier de Saint-Nazaire le 11 décembre 2021, et prendre connaissance de son entier dossier médical;

2° Procéder à l'examen de l'enfant B D et rappeler son état de santé antérieur ;

3° Décrire les conditions dans lesquelles l'enfant B D a été admis et soigné, à compter du 11 décembre 2021, au centre hospitalier de Saint-Nazaire ;

4° Préciser les examens et soins prodigués et les complications survenues ;

5° Dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

6° Réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements, négligences ou retards ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

7° Se prononcer sur l'origine des complications présentées par l'enfant B D en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge hospitalière au centre hospitalier de Saint-Nazaire ;

8° Déterminer si la complication survenue présente un lien de causalité direct et certain avec la prise en charge médicale au sein de l'établissement hospitalier et dire si ce lien de causalité est exclusif ou si d'autres actes ont pu contribuer à la survenue de la complication et indiquer la part imputable à chacune des causes ;

9° Indiquer si l'état de santé du patient a pu favoriser ou contribuer à la survenue de la ou des complication(s) et/ou la gravité des conséquences dommageables ;

10° Dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;

11° Déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient ou à sa famille sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

12° Préciser si l'enfant a subi une infection, et dans l'affirmative, si celle-ci présente un caractère nosocomiale ;

13° Dire si l'état de santé de l'enfant B D est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ;

14° Dans l'hypothèse où l'état de santé de l'enfant B D ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;

15° Décrire la nature et l'étendue des éventuelles séquelles gardées par l'enfant B D et évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent en résultant en distinguant la part due à la pathologie initiale, de celle imputable, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier ;

16° Indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à l'enfant B D une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

17° Dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur et du préjudice esthétique (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;

18° Se prononcer sur l'existence d'un préjudice sexuel, d'un préjudice professionnel et d'agrément ; le cas échéant, évaluer leur importance ;

19° Se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, la qualification requise et la durée de l'intervention ;

20° Se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s'il s'agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ;

21° Dire si l'état de santé de l'enfant B D est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité.

Article 3 : L'experte, pour l'accomplissement de sa mission, pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à l'intéressé.

Article 4 : L'experte accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Elle pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.

Article 5 : L'experte avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'experte déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée avant le 30 avril 2024, accompagnés de l'état de ses vacations, frais et débours. Elle en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle elle joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 7 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F C épouse D et M. E D, au centre hospitalier de Saint-Nazaire, à l'ONIAM, à la CPAM de la Loire-Atlantique, et à Mme G, experte.

Fait à Nantes, le 29 septembre 2023.

La juge des référés,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2302605

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