jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2302753 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SCP DESBOIS-BOULIOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 23 février, 28 mars et 7 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Benard, demande au juge des référés de :
1°) prescrire une expertise médicale judiciaire en vue de déterminer les préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de sa prise en charge médicale au centre hospitalier de Laval à compter du 11 septembre 2021 ;
2°) réserver les dépens.
Mme B soutient que :
-elle s'est présentée le 11 septembre 2021 à J+1 du terme de sa grossesse pour un rendez-vous de contrôle ;
-en raison d'un diabète gestationnel, elle a été hospitalisée le soir même en vue de son accouchement ;
-elle a exprimé auprès du service médical des réticences à accoucher par voie basse au regard de la naissance de son premier enfant par césarienne ;
-le 12 septembre 2021, il a été décidé d'effectuer à un accouchement par voie basse ;
-le nouveau-né étant bloqué dans son bassin, il a été procédé à une césarienne en urgence ;
-l'intervention s'est compliquée par la suite en raison des adhérences et des incisions pratiquées dans la vessie qui ont nécessité l'appel à un urologue ;
-par la suite, elle a subi de longs mois de douleurs et de désagréments et a présenté une incontinence urinaire et des traumatismes physiques et psychiques liés à son accouchement ;
-lors d'une cystocopie réalisée le 24 février 2022, il a été constaté la présence d'une fistule vésico-vaginale consécutive à la réalisation de la césarienne ;
-le 14 avril 2022, il a également été constaté, lors d'une consultation médicale au centre hospitalier de Rennes, deux orifices fistuleux ;
-une expertise médicale s'avère utile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le centre hospitalier de Laval, représenté par Me Meunier, demande au juge des référés de :
1°) lui décerner acte qu'il formule protestations et réserves d'usage quant à la mesure expertale ;
2°) compléter la mission d'expertise selon ses observations, et notamment de dire que les opérations d'expertise soient effectuées après la diffusion contradictoire du relevé détaillé des débours de l'organisme social.
Par un mémoire, enregistré le 10 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire-Atlantique, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Mayenne, ne s'oppose pas à la demande d'expertise de Mme B et demande que l'expert lui transmette son pré-rapport pour formuler ses dires.
Par un mémoire, enregistré le 14 mars 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM), représenté par Me Birot, demande au juge des référés de :
1°) lui donner acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée ;
2°) compléter la mission d'expertise selon ses observations ;
3°) dire que l'expert transmettra un pré-rapport aux parties aux fins d'observations ;
4°) réserver les dépens.
Vu les pièces jointes à la requête.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nantes a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente du tribunal administratif de Nantes, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, née le 22 janvier 1991, s'est présentée le 11 septembre 2021 à J+1 du terme de sa grossesse pour un rendez-vous de contrôle auprès du service maternité du centre hospitalier de Laval (Mayenne). En raison d'un diabète gestationnel, elle a été hospitalisée le soir même en vue de son accouchement.. Le 12 septembre 2023, il a été décidé d'effectuer à un accouchement par voie basse. Toutefois, le nouveau-né étant bloqué dans son bassin, il a été procédé à une césarienne urgente. L'intervention s'est compliquée par la suite en raison des adhérences et d'incisions pratiquées dans la vessie, qui ont nécessité l'appel à un urologue. Par la suite, Mme B a présenté une incontinence urinaire et fait état de traumatismes physiques et psychiques liés à son accouchement. Lors d'une cystocopie réalisée le 24 février 2022, il a été constaté la présence d'une fistule vésico-vaginale consécutive à la réalisation de la césarienne. Le 14 avril 2022, il a également été constaté, lors d'une consultation médicale au centre hospitalier de Rennes, deux orifices fistuleux. Mme B demande la désignation d'un expert médical à l'effet de déterminer si sa prise en charge médicale au centre hospitalier de Laval lors de son accouchement et postérieurement à celui-ci a été conforme aux pratiques médicales, aux règles de l'art médical et aux données acquises de la science médicale, et d'évaluer les préjudices subis.
Sur la demande d'expertise médicale judiciaire :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ".
3. En l'espèce, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par Mme B revêt un caractère utile et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. La mission d'expertise médicale judiciaire ordonnée sera effectuée au contradictoire de Mme B, du centre hospitalier de Laval, de l'ONIAM, et, en tant que de besoin, de la CPAM de la Loire-Atlantique, chaque partie pouvant désigner un médecin conseil pour assister aux opérations d'expertise.
Sur la demande du centre hospitalier de Laval tendant à la production du relevé des débours de la CPAM de la Loire-Atlantique :
5. La production du relevé des débours de la CPAM de la Loire-Atlantique, pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Mayenne, n'apparaît pas utile à la réalisation de l'expertise ordonnée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier de Laval tendant à ce que le juge des référés demande à la CPAM de la Loire-Atlantique de produire ce relevé.
Sur la demande de l'ONIAM et de la CPAM de la Loire-Atlantique tendant à l'établissement par l'expert d'un pré-rapport :
6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions de l'ONIAM et de la CPAM de la Loire-Atlantique tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
7. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les allocations provisionnelles à valoir sur les honoraires qui seront dus à l'expert, ainsi que les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions présentées par Mme B et l'ONIAM tendant à réserver les dépens, ne peuvent être accueillies.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C D, médecienne spécialisée, inscrite au tableau 2023 des experts agréés auprès de la cour d'appel de Rennes, exerçant au centre hospitalier universitaire de Rennes, Hôpital Sud, 16 boulevard de Bulgarie à Rennes (35203 cedex 2), est désignée en qualité d'experte.
Elle aura pour mission de :
1° Se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions, pratiqués sur l'intéressée au cours de sa grossesse puis au cours de son hospitalisation au centre hospitalier de Laval, et prendre connaissance de son entier dossier médical s'y rapportant ;
2° Procéder à l'examen de Mme B et rappeler son état de santé antérieur ;
3° Décrire les conditions dans lesquelles Mme B a été admise et soignée, à compter du 11 septembre 2021 au centre hospitalier de Laval, lors de l'accouchement et pendant son hospitalisation ultérieure au centre hospitalier de Laval ;
4° Préciser les examens et soins prodigués et les complications survenues ;
5° Prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant aux interventions médicales qu'elle a dû subir à compter du 11 septembre 2021 ;
6° Décrire la ou les complications survenues lors de l'accouchement et postérieurement à celui-ci et dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;
7° Réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service pour Mme B ;
8° Se prononcer sur l'origine des complications présentées par Mme B en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge hospitalière ;
9° Indiquer si l'état de santé de la patiente a pu favoriser ou contribuer à la survenue de la ou des complications(s) et/ou à la gravité des conséquences dommageables subies par l'intéressée ;
10° Dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; dans l'affirmative, indiquer la fréquence d'un tel accident en général et la fréquence attendue chez la patiente ; déterminer les conséquences probables de la pathologie ou de l'accouchement tel qu'il se produisait en l'absence de traitement ;
11° Déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à la patiente sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;
12° Indiquer si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) a / ont fait perdre à l'intéressée une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;
13° Dire si l'état de santé de Mme B est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ;
14° Dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme B ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;
15° Décrire la nature et l'étendue des éventuelles séquelles gardées par Mme B et évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent en résultant en distinguant la part due à la pathologie initiale, de celle imputable, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier ;
16° Dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur et du préjudice esthétique (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;
17° Se prononcer sur l'existence d'un préjudice sexuel, d'un préjudice professionnel et d'agrément ; le cas échéant, évaluer leur importance.
18° Se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, la qualification requise et la durée de l'intervention ;
19° Se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s'il s'agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ;
20° Dire si l'état de santé de Mme B est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité.
Article 2 : L'experte, pour l'accomplissement de sa mission, pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à Mme B.
Article 3 : Après avoir prêté serment, l'experte accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Elle pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.
Article 4 : L'experte avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-4 du code de justice administrative.
Article 5 : L'experte déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport d'expertise avant le 31 mai 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Elle en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle elle joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'experte seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au centre hospitalier de Laval, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique et à Mme D, experte.
Fait à Nantes, le 12 octobre 2023.
La juge des référés,
M. BERIA-GUILLAUMIE
La République mande et ordonne au ministre de la prévention et de la santé en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2302753
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026