lundi 27 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2302823 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | TOUCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 février 2023, suivie de la production de pièces complémentaires le 27 février suivant, M. A et Mme B, représentés par Me Touchard, demandent au juge des référés :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de leur indiquer un lieu susceptible de les héberger, dans un délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au profit de leur conseil qui a déposé un dossier d'admission à l'aide juridictionnelle et qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite : alors qu'ils vivent légalement sur le territoire Français, étant en possession de titres de séjour provisoires et se trouvant sous la protection de l'OFPRA, ils sont actuellement à la rue malgré des températures extérieures basses. Ils ont en outre tous les deux des problèmes de santé. Ils sont atteints de troubles psychiques qui induisent un état d'insécurité. Monsieur est également atteint d'un diabète de type 2 " déséquilibré " ;
- il est porté une atteinte de manière grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale constituée par le droit à un hébergement d'urgence protégé par l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles. Malgré de nombreuses sollicitations auprès du 115, ils sont à la rue jours et nuits. Le préfet de la Loire - Atlantique ne justifie pas avoir accompli l'ensemble des diligences qui incombent à l'administration pour assurer leur hébergement. La privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de leur garantir un hébergement d'urgence et des conditions de vie décentes le temps qu'une solution plus pérenne soit trouvée est constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à cette liberté.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite. Les requérants ont décidé de ne pas chercher de solutions dans le département du Cher où ils résidaient depuis leur prise en charge au CADA de Vierzon ; aucune tentative de sollicitations auprès du 115 du Cher n'a été faite après leur sortie du CADA, pour venir à Nantes sans aucune certitude de ce qu'ils y trouveraient et sans tenir compte de la saturation avérée et constante de l'hébergement d'urgence en Loire-Atlantique. Aussi, la famille s'est mise elle-même dans la situation d'urgence qu'elle invoque. Concernant les soins, au vu des pièces fournis par le requérant, Monsieur bénéficiait d'une prise en charge adaptée dans le département du Cher ;
- en raison du nombre limité de places en hébergement d'urgence mobilisées par le 115, ces dispositifs sont réservés aux personnes les plus vulnérables. Les intéressés disposent en tant que résidents d'aides et d'allocations sociales, et sont autorisés à travailler. Ils sont prioritaires dans l'obtention d'un hébergement social. En l'espèce, les requérants ne se trouvent pas dans une situation de détresse car ils ont quitté Vierzon sans certitude de trouver un logement à Nantes, et ne peuvent donc se prévaloir d'une situation d'urgence sociale. Ils disposent perçoivent en outre le RSA, et sont autorisés à travailler. Elle a déposé une demande HLM le 11 mai 2022 qui précise des revenus à hauteur de 863€. Le choix de venir sur Nantes sans logement laisse supposer l'existence d'un réseau de relations. Les requérants ne se trouvent pas dans une situation de détresse, le 115 n'ayant évalué aucun critère de vulnérabilité. Enfin, la famille est actuellement hébergée depuis le 25 février 2023 par le 115. Il ne saurait donc être retenu une carence de l'administration constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 février 2023 à 11h30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés ;
- et les observations de Me Touchard, avocate des requérants, en leur présence, qui insiste sur la particulière vulnérabilité de ces derniers au regard de leur état de santé. Les intéressés ont quitté le département du Cher pour venir à Nantes où habitent d'autres ressortissants azéris. S'ils sont actuellement hébergés dans un gymnase pour quelques jours dans le cadre du " plan grand froid ", cette situation ne peut être pérenne au regard de leur état de santé, notamment celui de Monsieur, dès lors que le traitement de son diabète requiert qu'il soit hébergé dans des conditions minimales de confort.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme B, ressortissants azéris nés respectivement en 1967 et 1972, ont obtenu le statut de réfugiés en France. Après avoir été hébergés en centre d'accueil pour demandeur d'asile (CADA) à Vierzon (Cher), ils ont souhaité déménager à Nantes, commune dans laquelle ils séjournent depuis le 31 octobre 2022. Par cette requête, présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ils demandent au juge des référés d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de leur indiquer un lieu d'hébergement susceptible de les accueillir.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
4. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 précise que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".
5. En vertu de ces dispositions, il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale ; une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée ; il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
6. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
7. Les requérants soutiennent qu'ils vivent dans une situation de détresse médicale et psychologique et qu'ils présentent une grande vulnérabilité, étant privés d'hébergement et dormant à la rue en dépit de très nombreux appels au 115. En l'espèce, les éléments versés à l'instance, quant au diabète dont M. A souffrirait, ne permettent toutefois pas de démontrer l'acuité de cette pathologie. Si, à l'inverse, il est constant que celui-ci souffre de dépression réactionnelle, il résulte toutefois de l'instruction qu'il bénéficie d'une prise en charge médicale adaptée. Aucun élément probant d'ordre médical n'est en outre produit s'agissant de Mme B. Ainsi, et alors même qu'ils ne contestent pas être en relation avec un réseau amical en Loire-Atlantique, avoir bénéficié d'un hébergement d'urgence du 17 novembre 2022 au 5 janvier 2023, du 18 janvier au 1er février, du 6 au 14 février, être actuellement mis à l'abri au moins jusqu'au 2 mars prochain, ainsi que percevoir le revenu de solidarité active, les requérants n'établissent ni se trouver dans une situation d'extrême urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise par le juge des référés dans les quarante-huit heures, ni que le préfet aurait, dans les circonstances de l'espèce, porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A et de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A et de Mme B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, à Mme B, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et à Me Touchard.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 27 février 2023.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDONLa greffière,
M-C. MINARD
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026