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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303917

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303917

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303917
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantDESFRANCOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2023, le préfet de la Sarthe demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme D C et son enfant B E de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé au 11 rue d'Helsinki, appt 76 - 4ème étage, au Mans (Sarthe), et géré par l'association TARMAC ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D C, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent en application des dispositions des articles L. 552- 15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de l'intéressée, déboutée de l'asile, dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 janvier 2023, 143 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département ;

- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que Mme C se maintient dans le logement alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 13 septembre 2022, notifiée le 27 septembre 2022 et que l'association TARMAC lui a notifié par courrier du 24 octobre 2022, la fin de sa prise en charge ; de plus, par un courrier du 6 janvier 2023 dûment notifié, le préfet l'a mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, Mme D C, représentée par Me Desfrançois, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il lui soit laissé un délai de six mois pour libérer le logement et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

A titre principal, elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : les motifs évoqués s'agissant de la saturation des structures accueillant les demandeurs d'asile ne caractérisent pas une situation d'urgence ; en premier lieu, les conséquences sur l'accueil des nouvelles familles de son refus de libérer les lieux sont insuffisantes pour considérer qu'il y a une urgence, une urgence spéciale devant être démontrée, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, le préfet n'apportant pas la preuve de perturbations graves au fonctionnement normal du service public du fait du maintien litigieux ; en second lieu, les carences de l'Etat ne peuvent être imputées à Mme C alors qu'aucune autre solution d'hébergement ne lui a été proposée, et ne sauraient caractériser l'urgence invoquée, le préfet ne pouvant se prévaloir de ses propres turpitudes ; s'agissant de l'atteinte disproportionnée portée par la mesure à la situation des expulsés, elle est une femme isolée sur le territoire français et ne dispose pas d'un réseau social lui offrant une solution d'hébergement alors que l'état de santé de son fils E, âgé de moins d'un an et affecté par une drépanocytose, ne lui permet pas de passer une nuit dehors ; en l'absence de proposition de relogement et à défaut de réponse du 115, l'exécution de la mesure d'expulsion demandée aura pour effet de la contraindre à vivre dans la rue avec son fils ; compte tenu de sa vulnérabilité et de l'état de santé de son fils, la mesure d'expulsion apparaît disproportionnée ;

- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse et n'est pas utile, dès lors qu'elle reste dans l'attente de la décision relative à sa demande d'autorisation provisoire de séjour, au regard de la pathologie de son fils, ce qui atteste du caractère prématuré de la mesure d'expulsion litigieuse ; elle méconnaît l'article L. 552- 14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisque l'expulsion sollicitée par le préfet la concerne alors qu'elle est une femme isolée et que son fils est gravement malade de sorte qu'elle présente une situation personnelle et familiale singulière, dont le préfet devait tenir compte ; elle méconnaît l'article R. 744-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'elle a sollicité un hébergement d'urgence qui à ce jour ne lui a pas été proposé et le préfet s'exonère de toute responsabilité alors que l'absence d'alternative conduira Mme C à vivre dans la rue, avec son fils, particulièrement vulnérable.

A titre subsidiaire, elle fait valoir que la situation médicale de son fils justifie qu'il soit sursis à l'exécution de la mesure demandée durant six mois, afin de lui permettre de trouver une solution de relogement pérenne et adaptée à sa situation, compte tenu des conséquences d'une exceptionnelle gravité que l'expulsion en cause pourrait avoir sur sa situation personnelle et du fait qu'elle se trouve dans l'impossibilité de se reloger dans des conditions normales, la crise sanitaire ayant eu un impact indéniable sur l'accès au logement.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 11 avril 2023 à 9 heures 30 :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,

- et les observations de Me Desfrançois qui reprend ses écritures à la barre et insiste sur la vulnérabilité de la requérante et de son fils et les démarches actives de celle-ci en vue de bénéficier d'aides et d'un logement.

Le préfet de la Sarthe n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Sarthe demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme D C du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, avec son fils B E, situé au 11 rue d'Helsinki, appt 76 - 4ème étage, au Mans (Sarthe), et géré par l'association TARMAC.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, Mme D C, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1999, déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français, le 27 décembre 2021. Elle est hébergée dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 11 rue d'Helsinki au Mans (Sarthe), et géré par l'association TARMAC. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 13 septembre 2022, notifiée à l'intéressée le 27 septembre 2022. Elle a été avisée par le gestionnaire du logement, par un courrier du 24 octobre 2022, qu'il serait mis fin à sa prise en charge. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée à l'intéressée par le préfet le 6 janvier 2023 et dûment notifiée à celle-ci. Mme D C se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse, en dépit de la pathologie dont souffre son fils, laquelle nécessite, selon le médecin spécialiste en pédiatrie d'un environnement chauffé dans un logement adapté.

6. En second lieu, la libération des lieux par Mme D C, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Toutefois, eu égard à la circonstance que Mme C, femme isolée, est mère d'un enfant âgé de moins d'un an atteint d'une drépanocytose homozygote, il y a lieu de lui accorder, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe indûment depuis plusieurs mois, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Sarthe à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme D C, les biens meubles qui s'y trouveraient.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de Mme D C présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1 : Il est enjoint à Mme D C de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 11 rue d'Helsinki appt 76 - 4ème étage au Mans (Sarthe), et géré par l'association TARMAC.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme D C dans le délai imparti, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, le préfet de la Sarthe pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de Mme D C présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme D C et à Me Desfrançois.

Copie en sera en outre adressée au préfet de la Sarthe.

Fait à Nantes, le 28 avril 2023.

La juge des référés,

O. Robert-Nutte

La greffière,

M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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