mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2305248 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 avril 2023, le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme A B et à M. D de libérer, dans un délai de quinze jours, le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent avec leurs enfants, situé 174 rue Claude Bernard à Saumur (Maine-et-Loire), appartement n° 10, géré par l'association ASEA ;
2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme B et de M. C, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de Mme B et de M. C, déboutés de l'asile, dans un logement pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au premier trimestre 2023, 270 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de Maine-et-Loire ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse : Mme B et M. C se maintiennent dans le logement alors que leurs demandes d'asile ont été considérées comme irrecevables par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 25 octobre 2021, notifiée le jour même ; le gestionnaire de l'hébergement pour demandeurs d'asile les a informés par un courrier du 25 novembre 2021 de la fin de leur prise en charge et, par un courrier du 30 septembre 2022 notifié le 21 octobre 2022, le préfet les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, Mme A B et M. D, représentés par Me Rodrigues-Devesas concluent, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai de 9 mois pour libérer le logement ; en tout état de cause, après les avoir admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que, si le préfet fonde sa demande sur la saturation des dispositifs des centres d'accueil pour demandeurs d'asile et des hébergements d'urgence pour demandeurs d'asile, ses arguments ne sont pas suffisamment précis et argumentés.
- la mesure demandée n'est pas utile : s'ils ne peuvent effectivement plus prétendre à un
hébergement en qualité de demandeur d'asile, puisqu'ils ne sont plus demandeurs d'asile, ils ont
droit à un hébergement d'urgence, tant qu'ils n'ont pas d'autre solution d'hébergement. Ils se retrouveront incontestablement sans abri si l'expulsion est ordonnée sans délai ; ils sont complètement isolés sur le territoire français. Il convient de rappeler la particulière vulnérabilité des intéressés compte tenu de la présence de deux enfants mineurs. Par ailleurs, Mme B est actuellement enceinte, dans son 5ème mois de grossesse, le terme étant fixé au 06 septembre 2023. Elle justifie être suivie médicalement pour cette grossesse ;
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que la demande d'expulsion d'un occupant sans titre d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile doit avoir été précédée d'une mise en demeure restée infructueuse. Si le préfet soutient les avoir mis en demeure de quitter le logement qu'ils occupent et que cette mise en demeure est restée infructueuse au terme du délai qu'elle prescrivait, il ne l'établit pas.
Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 10 mai 2023 à 10 heures 30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- et les observations du représentant du préfet de Maine-et-Loire.
La clôture de l'instruction a été reportée au 11 mai 2023 à 10h00.
Une note en délibéré, présentée par le préfet, a été enregistrée le 11 mai 2023 à 08h36 et a été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme A B et de M. D, dans un délai de quinze jours, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent avec leurs enfants, situé au 174 rue Claude Bernard à Saumur.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, Mme B et M. C, ressortissants éthiopiens nés respectivement les 13 juillet 1992 et 4 août 1987, déclarent être entrés sur le territoire français le 27 décembre 2019. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 174 rue Claude Bernard à Saumur, géré par l'association ASEA. Leurs demandes d'asile ont été considérées comme irrecevables par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 25 octobre 2021, notifiée le jour même. Ils ont été avisés, par un courrier du 25 novembre 2021, qu'il serait mis fin à leur prise en charge à la date du 25 novembre 2021. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, contrairement à ce que soutiennent les intéressés, une mise en demeure de quitter ce lieu dans un délai de quinze jours leur a été adressée par le préfet le 30 septembre 2022. Mme B et M. C se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par Mme B et M. C, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation, non sérieusement contestée, de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. Il résulte toutefois de l'instruction que les intéressés sont parents de très jeunes enfants et que Mme B est enceinte de cinq mois. Ces circonstances justifient que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de Maine-et-Loire à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme B et de M. C, les biens meubles qui s'y trouveraient.
Sur les conclusions présentées par Mme B et par M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de Mme B et de M. C, présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à Mme B et à M. C de libérer, dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 174 rue Claude Bernard à Saumur, géré par l'association ASEA.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme B et de M. C dans le délai imparti, le préfet de Maine-et-Loire, à l'issue du délai fixé à l'article 1, pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de Mme B et de M. C présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme A B, à M. D et à Me Rodrigues-Devesas.
Copie sera en outre adressée au le préfet de Maine-et-Loire.
Fait à Nantes, le 16 mai 2023.
Le juge des référés,
L. Bouchardon
La greffière,
G. PeignéLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026