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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305384

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305384

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305384
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. C et Mme E de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé 7 rue Bizet à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), et géré par l'association " HUDA solidarité estuaire " ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. et Mme A, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent en application des dispositions de l'article L. 552- 15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien des intéressés, déboutés de l'asile, dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'en février 2023, 845 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département ;

- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. et Mme A se maintiennent dans le logement alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) des 13 avril 2022 et 25 janvier 2022, notifiées les 4 mai et 8 février suivant et que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les a informés par courrier du 4 mai 2022 de la fin de leur prise en charge à compter du 31 mai suivant ; par un courrier du 30 juin 2022 notifié le 8 juillet suivant, le préfet les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois ; l'accès à l'hébergement d'urgence de droit commun est sans lien avec le droit au maintien dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile et les dispositions de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne leur sont pas applicables ; la circonstance que Mme A a présenté une demande réexamen de sa demande d'asile est sans incidence sur la présente affaire ; M. et Mme A ne sauraient se prévaloir du délai observé pour saisir le juge des référés, dès lors que celui-ci leur a été favorable ;

- il n'existe pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure demandée dès lors que la présence de deux enfants mineurs, même jeunes, est insuffisante, et alors qu'aucun membre de la famille ne souffre d'une maladie grave au sens de la présente procédure, qu'ils n'ont jamais sollicité de titres de séjour sur ce fondement, et que rien n'indique qu'ils seraient dans une situation d'isolement et de détresse caractérisée, alors qu'ils sont présents en France depuis mars 2019 ; M. et Mme A ne sauraient se prévaloir du degré de vulnérabilité de leur famille tel qu'il a été initialement fixé au stade du dépôt de leur demande d'asile dès lors que leur situation a nécessairement évolué depuis ; la situation sanitaire actuelle ne saurait en elle-même justifier le maintien dans leur logement ;

- il est nécessaire que M. et Mme A quittent les lieux sans délai, leur présence dans ce logement faisant obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants bénéficiant du statut de demandeurs d'asile alors qu'ils ont été informés depuis plusieurs mois de la nécessité de quitter les lieux, qu'ils ne détiennent aucun titre leur permettant de se maintenir régulièrement sur le territoire français, ne justifient d'aucune démarche en vue de leur relogement et ont fait chacun l'objet d'arrêtés portant obligation de quitter le territoire français, édictés le 16 novembre 2022, de sorte que, dans ces conditions, leur accorder un délai serait contraire à l'esprit des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; M. et Mme A ne justifient d'aucune démarche en vue de leur relogement et ont ainsi manqué de diligence ; l'octroi d'un délai supplémentaire ne saurait être justifié par la seule composition de leur foyer alors que des demandeurs d'asile, accompagnés de leurs enfants, sont en attente d'un hébergement ;

- il ne lui incombe pas de trouver une solution d'hébergement d'urgence de droit commun à M. et Mme A, lesquels ont vu leurs demandes d'asile définitivement rejetées et ont fait l'objet de mesures d'éloignement ; leur situation ne caractérise par un état de détresse justifiant qu'ils bénéficient d'une solution d'hébergement d'urgence, dispositif par ailleurs considéré comme en situation de saturation chronique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, M. C et Mme F A, représentés par Me Roulleau, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai de 4 mois pour libérer le logement et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils font valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que Mme A est enceinte de son troisième enfant et justifie d'une grossesse de trois mois alors que cet élément n'est pas évoqué par le préfet et que le couple est parent de deux enfants, B et D, B étant scolarisée à l'école primaire Jules Ferry à Saint-Nazaire ; la mesure demandée est ainsi humainement inapplicable ;

- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'ils préparent une nouvelle demande de réexamen de leurs demandes d'asile ; Mme A est enceinte de son troisième enfant et le couple est parent de deux enfants, B et D, B étant scolarisée à l'école primaire Jules Ferry à Saint-Nazaire ; il est versé au débat l'attestation du secours populaire français qui démontre l'activité d'animateur-collecteur bénévole de M. A et ainsi sa volonté de s'intégrer en France et d'y respecter les règles républicaines.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Robert Nutte, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 15 mai 2023 à 9 heures 30.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. C et Mme F A du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 7 rue Bizet à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), et géré par l'association " HUDA solidarité estuaire ".

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, M. et Mme A, ressortissants ivoiriens nés le 1er janvier 1999 et le 31 août 1992, déclarent être entrés irrégulièrement sur le territoire français le 13 mars 2019. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 7 rue Bizet à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), et géré par l'association " HUDA solidarité estuaire ". Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 13 avril 2022 et 25 janvier 2022, notifiées les 4 mai et 8 février suivants. Ils ont été informés de la fin de leur prise en charge par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 4 mai 2022. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, a été adressée aux intéressés par le préfet le 30 juin 2022, dûment notifiée le 8 juillet 2022. M. et Mme A se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. En outre, l'allégation des intéressés, selon laquelle ils entendraient présenter une demande de réexamen de leur demande d'asile, ne saurait, en tout état de cause, constituer une contestation sérieuse s'opposant à la mesure sollicitée. Celle-ci ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par M. C A, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Toutefois, la circonstance que les intéressés sont parents de deux très jeunes enfants, B et D, âgés respectivement de quatre et deux ans, dont l'aînée est scolarisée, alors que Mme A est enceinte, justifie que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Loire- Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. et Mme A, les biens meubles qui s'y trouveraient.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de M. et Mme A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1 : Il est enjoint à M. et Mme A de libérer dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 7 rue Bizet à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), et géré par l'association " HUDA solidarité estuaire ".

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. et Mme A dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de M. et Mme A présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. C A, Mme E et à Me Roulleau.

Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 31 mai 2023.

La juge des référés,

O. Robert-Nutte

Le greffier,

J-F. MerceronLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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