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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305619

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305619

vendredi 31 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305619
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPrésident 12 : Mme GOURMELON - R. 222-13
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en formation de juge unique, a rejeté la requête de M. B... contestant le refus implicite du département de Loire-Atlantique de lui accorder le revenu de solidarité active (RSA) pour la période de mars à mai 2023. Le requérant, micro-entrepreneur, soutenait notamment que son diplôme le dispensait de conclure un contrat d’insertion, condition prévue par les articles R. 262-18 à R. 262-25 du code de l’action sociale et des familles. Le tribunal a également écarté comme irrelevantes de l’office du juge administratif les conclusions tendant à la démission du président du conseil départemental ou à l’autorisation de médiatisation de l’affaire. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des conclusions, y compris indemnitaires, sans qu’il soit fait droit aux demandes fondées sur l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, M. A... B... doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Loire-Atlantique a rejeté son recours administratif préalable contre la décision du 5 avril 2023 lui ayant refusé le bénéfice du revenu de solidarité active (RSA) pour la période de mars à mai 2023 ;

2°) d’enjoindre au département de Loire-Atlantique de l’admettre au bénéfice du RSA sous astreinte de 800 euros par jour de retard à compter de l’enregistrement de sa requête et de lui adresser une mise en demeure en ce sens ;

3°) de condamner le département de Loire-Atlantique à lui verser une indemnité de 7 500 euros en réparation du préjudice subi du fait des fautes commises par le département, et une indemnité complémentaire qu’il appartiendra au Tribunal de fixer à titre de « dommages et intérêts punitifs » ;

4°) de proposer une médiation au département en vue de la régularisation de ses droits pour la période de mars à mai 2023 ;

5°) de « demander la démission immédiate du président du [conseil] département[al] de Loire-Atlantique ;

6°) de l’ « autoriser (…) à rendre publique cette affaire dans les médias nationaux ;
7°) de mettre à la charge du département de Loire-Atlantique le versement d’une somme de 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
- la décision attaquée procède d’une inexacte application des dispositions des articles R. 262-18 à R. 262-25 du code de l’action sociale et des familles en ce qu’elle conditionne le bénéfice du RSA versé en qualité de travailleur indépendant non-salarié en statut de micro-entreprise à la conclusion d’un contrat d’insertion sociale et d’accompagnement ; son diplôme le dispense de la nécessité de conclure un tel contrat, ainsi que d’un rendez-vous préalable et d’un échange avec un référent ;
- elle méconnaît les dispositions du préambule de la Constitution de 1946 et les stipulations de la charte des droits fondamentaux de l’union européenne et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est victime « d’un acte purement et simplement discriminatoire, d’un crime contre l’humanité, d’une mise en danger de la vie d’autrui » et « d’une mise en concurrence déloyale avec une inflation sur les prix mondiaux » qui justifient l’indemnisation de son préjudice.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 février 2024 et 23 septembre 2025, le département de Loire-Atlantique, représenté par Me Naux, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d’une somme de 1 000 euros soit mis à la charge de M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 2 septembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen d’ordre public relevé d’office, tiré de l’irrecevabilité des conclusions de la requête de M. B... tendant à ce que le Tribunal « demande la démission immédiate du président du (conseil) département(al) de Loire-Atlantique et « autorise M. A... B... à rendre publique cette affaire dans les médias nationaux », de telles conclusions ne relevant manifestement pas de l’office du juge administratif saisi d’un recours en matière de revenu de solidarité active.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le décret n°2022-1568 du 14 décembre 2022 ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, vice-présidente, en application de l’article R. 222 - 13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions sur cette affaire, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Gourmelon,
les observations de Me Fouché, substituant Me Naux, représentant le département de Loire-Atlantique.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., micro-entrepreneur, a sollicité le bénéfice du revenu de solidarité active (RSA) le 10 mars 2023 pour la période de mars à mai 2023. Sa demande ayant été rejetée le 5 avril 2023, il a formé le 7 avril 2023 un recours administratif préalable contre ce refus auprès du président du conseil départemental de Loire-Atlantique, qui l’a implicitement rejeté. Il doit être regardé comme demandant l’annulation de cette décision implicite, qu’il soit enjoint au département de l’admettre au bénéfice du RSA et la condamnation du département à l’indemniser des préjudices qu’il a subis.

Sur les conclusions à fin d’annulation et d’injonction et les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l’administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d’une personne à l’allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner les droits de l’intéressé sur lesquels l’administration s’est prononcée, en tenant compte de l’ensemble des circonstances de fait qui résultent de l’instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l’article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d’annuler ou de réformer, s’il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l’intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s’il ne peut y procéder, de renvoyer l’intéressé devant l’administration afin qu’elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement
3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 262-27 du code de l’action sociale et des familles : « Le bénéficiaire du revenu de solidarité active a droit à un accompagnement social et professionnel adapté à ses besoins et organisé par un référent unique. (…) ». Aux termes de l’article L. 262-28 du même code : « Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle.(…) ». Aux termes de l’article L. 262-35 de ce code : « Le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers un organisme participant au service public de l'emploi autre que l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail conclut avec le département, représenté par le président du conseil départemental, sous un délai d'un mois après cette orientation, un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion professionnelle. / Ce contrat précise les actes positifs et répétés de recherche d'emploi que le bénéficiaire s'engage à accomplir. (…) ». Aux termes de l’article L. 262-37 de ce code : « Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; (…) ». Enfin, aux termes de l’article D. 262-65 du même code : « Le montant des revenus tirés de l'exercice d'une activité professionnelle en deçà duquel le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, en application de l'article L. 262-28, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle est égal, en moyenne mensuelle calculée sur le trimestre de référence, à 500 €. ».
4. En application de ces dispositions, le président du conseil départemental est tenu de favoriser l’orientation sociale ou professionnelle de l’allocataire du revenu de solidarité active dont les revenus d’activité sont inférieurs à un seuil, en s’assurant notamment de la conclusion avec l’intéressé d’un contrat d’insertion destiné à organiser son parcours socio-professionnel, adapté à ses besoins et à sa situation.

5. Il résulte de l’instruction que la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Loire-Atlantique a rejeté le recours administratif préalable de M. B... contre la décision ayant refusé de lui accorder le RSA est fondée sur la circonstance que, sans motif légitime, M. B... s’est abstenu de conclure un contrat d’insertion avec le département de Loire-Atlantique en application des dispositions précitées de l’article L. 262-35 du code de l’action sociale et des familles. Il est constant que M. B... n’a déclaré qu’un chiffre d’affaires trimestriel de 1 331,66 euros pour l’année 2022, correspondant à une moyenne mensuelle de 110,97 euros, et que sa situation ne relève dès lors pas du champ d’application de la dérogation instituée par les dispositions de l’article D. 262-65 du code de l’action sociale et des familles pour les personnes tirant de leur activité professionnelle un revenu mensuel moyen au moins égal à 500 euros. La circonstance que M. B... justifie de l’obtention d’un « Master of Business and Administration » délivré par un établissement d’enseignement supérieur n’est pas de nature à le délier de l’obligation de conclure un contrat d’insertion, et ses explications relatives aux répercussions de la pandémie sur son activité professionnelle ne sont pas de nature à remettre utilement en cause le constat posé par le président du conseil départemental selon lequel le requérant s’est abstenu à plusieurs reprises, sans motif légitime, de signer un contrat d’insertion, la circonstance que la structure agréée à cet effet par le département ait été fermée en 2022 étant sans incidence. Il en va de même des allégations, au demeurant non établies, du requérant selon lesquelles d’autres catégories d’allocataires bénéficieraient du RSA sans aucune contrepartie. Par suite, le président du conseil départemental de Loire-Atlantique a pu, sans commettre d’erreur d’appréciation, considérer que M. B... ne satisfaisait pas aux conditions posées par l’article L. 262-28 du code de l’action sociale et des familles, et décider de rejeter son recours contre la décision ayant refusé de l’admettre au bénéfice du RSA à compter du mois de mars 2023.

6. En second lieu, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait intervenue en méconnaissance des dispositions du préambule de la Constitution de 1946 et des stipulations de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, n’est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d’en apprécier le bien-fondé et la portée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l’annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Loire-Atlantique a rejeté le recours administratif préalable formé par M. B... contre la décision du 5 avril 2023 ayant refusé de l’admettre au bénéfice du RSA, de même que les conclusions à fin d’injonction sous astreinte qui leur sont associées, doivent être rejetées, sans qu’il soit besoin de proposer une médiation aux parties. Il en va de même, sans qu’il soit besoin d’examiner leur recevabilité, des conclusions tendant à la condamnation du département de Loire-Atlantique à indemniser M. B..., les fautes invoquées par le requérant au soutien de sa demande indemnitaire n’étant pas assorties de la moindre argumentation sérieuse.

Sur les conclusions tendant à ce que le tribunal ordonne la démission du président du conseil départemental et autorise M. B... à rendre public le litige qui l’oppose au département :

8. Les conclusions précitées ne relèvent manifestement pas de l’office du juge administratif saisi d’un litige relatif au revenu de solidarité active et ne peuvent dès lors qu’être rejetées comme irrecevables du fait de leur objet.

Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département de Loire-Atlantique, qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à M. B... une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En outre, dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le département de Loire-Atlantique sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de Loire-Atlantique au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au département de la Loire-Atlantique et au ministre du travail et des solidarités.

Copie en sera adressée à la caisse d’allocations familiales de Loire-Atlantique.


Rendu public par mise à disposition au greffe, le 31 octobre 2025.
La magistrate désignée,




V. Gourmelon
La greffière,




Y. Boubekeur
La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités et au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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