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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305881

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305881

lundi 4 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305881
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2023 sous le numéro 2305881, complétée par un mémoire enregistré le 17 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. D B et Mme C A et leur fille du logement pour demandeurs d'asile sis 5 square Paul Nizan à Saint-Nazaire, géré par le CADA France Horizon, qu'ils occupent ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont satisfaites en l'espèce du fait du refus de libérer les lieux indûment occupés depuis le 27 juin 2021 et de l'obstruction des intéressés, déboutés du droit d'asile, à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile dans le logement mis à leur disposition.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023 M. D B et Mme C A, représentés par Me Philippon, concluent à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à l'exécution de la mesure d'expulsion dans l'attente d'une solution d'hébergement d'urgence, et à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, si leur demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à leur profit en application de ce dernier article.

Ils soutiennent que :

- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que la saturation alléguée du dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile dans le département n'est pas établie, alors qu'ils justifient de circonstances exceptionnelles en ce qu'ils sont parents d'une fillette âgée d'à peine huit ans, que monsieur se remet d'une opération chirurgicale sous anesthésie générale à la suite d'une fracture du poignet et souffre par ailleurs d'un trouble dépressif sévère et que madame, qui présente un syndrome anxieux, est enceinte à la suite d'un protocole de procréation médicalement assistée, aucune solution de relogement ne leur ayant été proposée ;

- l'expulsion demandée se heurte à une contestation sérieuse comme reposant sur une erreur de fait, procédant d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle des intéressés et méconnaissant les articles L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il n'a pas été tenu compte de la situation de détresse psychologique et sociale de la famille, dont le relogement n'est pas garanti.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. D B par décision du 15 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 mai 2023 à 9h30, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :

- le rapport de Mlle Wunderlich, vice-présidente,

- et les observations de Me Philippon, représentant M. D B et Mme C A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile (). ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". L'article L. 552-15 dispose par ailleurs que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. Il résulte de l'instruction que les demandes d'asile présentées par M. D B et Mme C A, de nationalité bangladaise, nés les 5 octobre 1986 et 15 juin 1989, hébergés avec leur fille dans le logement pour demandeurs d'asile sis 5 square Paul Nizan à Saint-Nazaire, géré par le CADA France Horizon, ont été définitivement rejetées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile les 19 août 2021 et 21 mai 2021. Après que M. B et Mme A ont été informés par le gestionnaire du CADA de la fin de leur prise en charge le 27 juin 2021, le préfet de la Loire-Atlantique les a mis en demeure de quitter les lieux dans le délai d'un mois par lettre recommandée en date du 10 novembre 2021 dont il a été accusé réception le 22 novembre 2021. Il est constant que cette mise en demeure est restée infructueuse.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B et Mme A et leur fille se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que la demande d'asile des intéressés a été définitivement rejetée. La mesure d'expulsion ne se heurte donc, à cet égard, à aucune contestation sérieuse, les requérants ne pouvant utilement soutenir que l'expulsion demandée repose sur une erreur de fait, procède d'un défaut d'examen sérieux de leur situation personnelle et méconnaît les articles L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant. La circonstance que le couple est très investi dans le suivi de la scolarité de sa fille, laquelle obtient de très bons résultats scolaires, ne constitue pas davantage un obstacle à l'expulsion sollicitée par le préfet.

6. En second lieu, la libération des lieux par les intéressés présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile en Loire-Atlantique, un caractère d'urgence et d'utilité que ne remet pas en cause le délai mis par le préfet à saisir le juge des référés de la présente demande, et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Toutefois, la circonstance que les intéressés justifient que Mme A est enceinte depuis la fin octobre 2022 à la suite d'une aide médicale à la procréation, le terme de la grossesse étant fixé au 26 juillet 2023, justifie que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de la Loire- Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui s'y trouveraient.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocat de M. B et Mme A la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. D B et Mme C A et à tous les occupants de leur chef, s'ils ne l'ont déjà fait, de libérer le logement pour demandeurs d'asile sis 5 square Paul Nizan à Saint-Nazaire de leurs occupants et des biens s'y trouvant dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : A défaut pour les intéressés de libérer les lieux et d'évacuer les biens leur appartenant dans le délai imparti à l'article 1er, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de M. B et Mme A présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. D B et Mme C A.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique et à l'association France Horizon.

Fait à Nantes, le 4 septembre 2023.

La vice-présidente, juge des référés,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

M.-C. MINARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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