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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306481

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306481

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306481
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. A C et à Mme B C de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé au 14 allée de Bretagne à Savenay (Loire-Atlantique), géré par l'HUDA Les Eaux Vives ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. et Mme C, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse : les demandes d'asile de M. et Mme C ont été définitivement rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) lues en audience publique le 12 mai 2022 ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les a informés par une lettre du 31 mai 2022, remise le 9 juin suivant en mains propres, de la fin de leur prise en charge ; la mise en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois leur a été adressée le 13 septembre 2022 ;

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites : le refus de quitter les lieux opposé par M. et Mme C compromet le bon fonctionnement du service public d'hébergement des demandeurs d'asile dès lors que les structures d'accueil des demandeurs d'asile sont actuellement saturées ; le dispositif d'accueil pour les demandeurs d'asile du département de la Loire-Atlantique totalise 2365 places au mois de février 2023 ; 361 personnes occupent indument un des logements concernés, alors qu'il y a 1988 demandeurs d'asile bénéficiaires de l'allocation pour demandeur d'asile en Loire Atlantique au mois de février 2023, dont 845 en attente d'un hébergement ; M. et Mme C ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle susceptible de faire obstacle à la mesure d'expulsion demandée et ne se trouvent pas dans une situation qui nécessiterait qu'ils soit maintenus dans le logement qu'ils occupent ;

- il est nécessaire que M. et Mme C, lesquels ne peuvent se prévaloir d'un droit au maintien dans le logement qu'ils occupent, quittent les lieux sans délai, leur présence dans ce logement faisant obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants bénéficiant du statut de demandeur d'asile ; ils ne détiennent aucun titre leur permettant de se maintenir régulièrement sur le territoire ; ils n'ont entrepris aucune démarche en vue de leur relogement. Dans ces conditions, leur accorder un délai serait contraire à l'esprit des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne lui incombe pas de trouver une solution d'hébergement d'urgence de droit commun à M. et Mme C, lesquels ne présentent aucun facteur de détresse particulière et font l'objet d'obligations de quitter le territoire français.

La requête a été transmise à M. A C et à Mme B C, lesquels n'ont pas produit avant l'audience.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 30 mai 2023 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- et les observations de Me Thuillier, substituant Me Bourgeois, avocat de M. et Mme C, en leur présence, qui fait valoir la particulière vulnérabilité de la famille au regard de l'âge des enfants et de la situation de grossesse (5 mois) de Madame. Alors qu'ils sont parfaitement intégrés, une mise à la rue serait particulièrement dramatique. Ils concluent au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'un délai de 6 mois leur soit accordé pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent.

La clôture de l'instruction a été reportée au 1er juin 2023 à 10h00.

Une note en délibéré, présentée pour M. et Mme C, a été enregistrée le 31 mai 2023 à 16h08. Elle a été communiquée.

Ils font valoir que :

- sur l'urgence, deux des trois enfants font régulièrement des crises d'asthme ;

- cette demande d'expulsion, en l'absence de proposition d'hébergement alternatif, porte une atteinte manifestement disproportionnée à leurs droits les plus fondamentaux. En cas d'expulsion effective, la famille n'est absolument pas assurée d'avoir accès à un

hébergement d'urgence ; ils ont effectué en vain plusieurs démarches afin de trouver une solution de relogement ;

- si une obligation de quitter le territoire français leur a été notifiée, ces décisions ont fait l'objet de recours et ne sont donc pas encore définitives.

Une note en délibérée, présentée par le préfet de la Loire-Atlantique, a été enregistrée le 1er juin 2023 à 11h26. Elle a été communiquée.

Il fait valoir que :

- l'information relative à la grossesse de Madame ne lui a jamais été communiquée, ni par les intéressés, ni par le gestionnaire du lieu d'hébergement. En ce sens d'ailleurs, les intéressés n'établissent pas, ni même n'allèguent avoir informé ses services de la naissance à venir d'un quatrième enfant, alors pourtant qu'il revient aux ressortissants étrangers de tenir les services compétents informés de toute évolution de leur situation personnelle ;

- la scolarisation des enfants du couple ne fait pas davantage obstacle à la mesure d'expulsion sollicitée. Il en va de même de l'emploi occupé par Monsieur, au demeurant illégalement.

- si les intéressés font valoir que leurs enfants sont asthmatiques, ils n'apportent aucun commencement de preuve en ce sens. En tout état de cause, ils ne démontrent pas que leurs enfants souffrent d'une maladie grave empêchant la sortie du logement indûment occupé ;

- alors que la partie adverse se prévaut de difficultés de relogement, les intéressés font l'objet de décisions les obligeant à quitter le territoire français ;

- l'attestation produite pour justifier de démarches en vue de leur relogement est très peu circonstanciée et ne contient aucune information sur la date des démarches entreprises, ni sur la teneur précise de celles-ci.

L'instruction a été rouverte pour être à nouveau close le 1er juin 2023 à 16h00.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. et Mme C du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent avec leurs enfants, situé 4 allée de Bretagne à Savenay (Loire-Atlantique) et géré par l'HUDA Les Eaux Vives.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, M. et Mme C, ressortissants angolais nés respectivement les 24 février et 3 mars 1992, sont entrés irrégulièrement sur le territoire français le 16 janvier 2020. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 4 allée de Bretagne à Savenay et géré par l'HUDA Les Eaux Vives. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 12 mai 2022. Ils ont été informés de la fin de leur prise en charge par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 31 mai 2022. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, a été adressée aux intéressés par le préfet le 13 septembre 2022. M. et Mme C se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leur demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par M. et Mme C, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Toutefois, la circonstance que les intéressés sont parents de trois jeunes enfants de 2, 5 et 10 ans, dont les deux plus âgés sont scolarisés, alors que Mme C est enceinte, justifie que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Loire- Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. et Mme C, les biens meubles qui s'y trouveraient.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. et Mme C présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1 : Il est enjoint à M. et Mme C de libérer dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 14 allée de Bretagne à Savenay (44260), et géré par l'HUDA Les Eaux Vives.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. et Mme C dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de M. et Mme C présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. et Mme A et B C et à Me Bourgeois.

Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 6 juin 2023.

Le juge des référés,

L. Bouchardon

La greffière,

M-C. MinardLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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