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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2307315

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2307315

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2307315
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2023, le préfet de la Sarthe demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme A B ainsi qu'à tous les occupants de son chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe situé 29 rue de Carnac à Coulaines (Sarthe), et géré par l'association " Nelson Mandela " ;

2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme B, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;

- sa requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de l'intéressée, déboutée de l'asile, dans un logement pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 janvier 2023, 143 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département ;

- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que Mme B se maintient dans le logement alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 24 octobre 2022, notifiée le 28 octobre suivant, que par un courrier du 7 novembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé de la fin de sa prise en charge à compter du 24 novembre suivant, et que par un courrier du 20 janvier 2023 réputé notifié le 23 janvier 2023, le préfet l'a mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire, enregistrés les 13 et 14 juin 2023, Mme A B conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Sarthe de lui trouver un hébergement sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors qu'elle a un fils mineur, dont l'état de santé nécessite une prise en charge plusieurs fois par semaine, ainsi qu'elle l'établit ; elle a été contrainte de fuir le Congo pour des raisons politiques et son fils, né en Grèce, souffre de sévères retards langagiers et de troubles du comportement, nécessitant la poursuite de soins adaptés ; elle fait tout son possible pour s'intégrer en France en respectant les valeurs de la République et en apprenant la langue française ;

- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse dès lors que le préfet ne justifie pas avoir tenté de lui adresser une mise en demeure de quitter les lieux notifiée par d'autres biais que le recommandé, qu'elle n'a pas été en mesure de réceptionner ;

- la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouve la famille doit la rendre susceptible de bénéficier d'un logement d'urgence de jour comme de nuit.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 14 juin 2023 à 9 heures 30.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, le préfet de la Sarthe demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme B ainsi qu'à tous les occupants de son chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe situé 29 rue de Carnac à Coulaines (Sarthe), et géré par l'association Nelson Mandela.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, Mme B, ressortissante congolaise née le 10 décembre 1992, déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français le 10 mars 2022. Elle est hébergée dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 29 rue de Carnac à Coulaines (Sarthe), et géré par l'association " Nelson Mandela ". Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 24 octobre 2022, notifiée à l'intéressée le 28 octobre suivant. Elle a été avisée, par un courrier du 7 novembre 2022, qu'il serait mis fin à sa prise en charge à la date du 24 novembre suivant. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée à l'intéressée par le préfet la Sarthe le 20 janvier 2023. Si l'intéressée soutient ne pas avoir accusé réception d'un tel courrier, il résulte de l'instruction que le pli a été avisé le 25 janvier 2023 et retourné à la préfecture avec la mention " pli avisé et non réclamé ", de sorte qu'il a été régulièrement notifié. Mme B se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par Mme B, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B est la mère d'un enfant âgé de quatre ans, scolarisé et présentant des troubles comportementaux et qu'il est établi que ces troubles et son adaptation sociale s'améliorent grâce à un suivi médicalisé et scolaire. Ces circonstances justifient que soit accordé à l'intéressée, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe indûment, un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Sarthe à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme A B, les biens meubles qui s'y trouveraient.

8. Il ne relève pas de l'office du juge des référés saisi par l'administration sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à celle-ci de pouvoir à l'hébergement de la personne dont elle sollicite l'expulsion. Les conclusions présentées à titre subsidiaire par Mme B à cette fin ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1 : Il est enjoint à Mme B de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 29 rue de Carnac à Coulaines (Sarthe) et géré par l'association " Nelson Mandela ".

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme B dans le délai imparti, le préfet de la Sarthe, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions présentées par Mme B et tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Sarthe de lui indiquer un hébergement d'urgence susceptible de l'accueillir sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme A B et à Me Cesse.

Copie sera en outre adressée au le préfet de la Sarthe.

Fait à Nantes, le 20 juin 2023.

La juge des référés,

M. Le Barbier

Le greffier,

J-F. MerceronLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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