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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308164

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308164

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308164
TypeDécision
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2023, M. A B D et Mme E B D, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants de l'enfant Omeran B D, représentés par Me Le Floch, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable contre la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) rejetant la demande de visa d'entrée et de long séjour présentée pour Omeran B D au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité ou, subsidiairement, de réexaminer la demande de visa dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'admettre M. B D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée ou s'il n'y est que partiellement fait droit, à leur profit en application des dispositions de ce dernier article.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de fait, dès lors que la réunification ne peut être considérée comme partielle compte tenu des démarches en cours pour enregistrer une demande au profit du jeune F ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par ordonnance du 23 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 août 2023 à 17 heures.

Un mémoire présenté par le ministre de l'intérieur et des outre-mer a été enregistré le 5 janvier 2024.

M. B D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2023.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Douet, rapporteur,

- les observations de Me Le Floch, représentant M. et Mme B D.

Considérant ce qui suit :

1. Une demande de visa d'entrée et de long séjour pour le jeune H D, ressortissant afghan né le 10 juin 2007, en qualité de membre de la famille de bénéficiaires de la protection subsidiaire a été rejetée par l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) le 12 février 2023. Le recours formé contre cette décision, reçu par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France le 13 mars 2023, a été implicitement rejeté. M. et Mme B D demandent l'annulation de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision postérieure à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. B D le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que lui soit accordée l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. ". La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, dont la décision se substitue à celle des autorités consulaires, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par ces autorités tenant, en l'espèce, à l'existence d'une demande de réunification partielle sans que l'intérêt de l'enfant ne le justifie.

4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. ()". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables () ". Aux termes de l'article L. 434-1 de ce code : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ".

5. Les requérants ont déposé, pour l'autre enfant mineur, F B D, né le 16 octobre 2016, une demande de visa, enregistrée le 2 avril 2023. Ainsi à la date à laquelle est née la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, des visas avaient été demandés au titre de la réunification familiale pour les deux enfants C et Mme B D. Dans ces conditions, en retenant l'existence d'une réunification partielle, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur de fait.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. et Mme B D sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa présentée pour Omeran B D, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. B D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Floch renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission C B D à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran en date du 12 février 2023 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Le Floch une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B D, à Mme E B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Ravaut, conseiller,

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La présidente-rapporteure,

H. DOUET

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre

du tableau,

C. RAVAUT

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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