lundi 10 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2308378 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BEARNAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2023, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. E G D et Mme C B de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé dans la résidence " Ney " au 31 rue du Maréchal Ney à La Roche-sur-Yon (Vendée), et géré par l'association VISTA ;
2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. D et Mme B se maintiennent dans le logement alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) des 28 septembre 2021 et 22 décembre 2021, notifiées respectivement le 4 octobre 2021 et le 7 janvier 2022 et que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les a informés par courrier du 3 mars 2023 de la fin de leur prise en charge à compter du 31 mars 2023 ; par un courrier du 19 avril 2023, notifié le 21 avril suivant, le préfet les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien des intéressés dans un logement pour demandeurs d'asile, alors qu'ils sont déboutés de l'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 décembre 2022, 90 demandeurs d'asile et leurs enfants étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Vendée ; M. D, Mme B et leurs enfants ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle susceptible de faire obstacle à la mesure d'expulsion demandée, alors qu'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de quinze jours leur a été proposé par courrier du 17 mai 2023 et qu'ils pourront solliciter un nouveau délai avant leur expulsion.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2023, M. E G D et Mme C B, représentés par Me Béarnais concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que leur soit laissé un délai de six mois pour libérer le logement et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils font valoir que :
- les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas satisfaites dès lors que les chiffres avancés par le préfet, de 2022, ne sont pas sourcés, alors que le dispositif d'hébergement est un dispositif national de sorte qu'il ne démontre pas une urgence spéciale ; le refus de libérer les lieux en cause est justifié par l'impossibilité de trouver une autre solution d'hébergement malgré les appels au 115, alors que les procédures d'accompagnement légales n'ont pas été mise en place par le gestionnaire ; ils ont déposé une demande de titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour en vue de sa régularisation, en cours d'instruction, qui doit être statuée dans un délai de quatre mois selon la préfecture ; l'intéressé justifie d'une promesse d'embauche et de formation en qualité d'étancheur, secteur en tension et en pénurie de main d'œuvre ; la mesure sollicitée porte atteinte à l'intérieur supérieur de leurs enfants dès lors qu'ils sont scolarisés en France, et justifient, du fait de leur présence et de leur situation, d'une situation de vulnérabilité ; la mesure sollicitée, en ce qu'elle risque de les contraindre à se retrouver à la rue, porte atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de leur dignité humaine ;
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que la requête n'est dirigée que contre M. D et non contre son épouse, qui n'en a pas reçu notification, alors qu'elle a signé le contrat de séjour et que la requête du préfet préjudicie également à ses droits ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la situation de la famille n'a pas été prise en compte ;
- à titre subsidiaire, ils sollicitent un délai de six mois pour pouvoir quitter les lieux au regard de l'état de santé de la famille, notamment la grossesse de Mme B, ainsi que de la scolarisation des enfants et de l'absence de solution de relogement, notamment le temps d'obtenir une réponse sur leur demande d'admission exceptionnelle au séjour.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 6 juillet 2023 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,
- et les observations de Me Béarnais, avocate de M. D et Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. D et Mme B du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé, résidence Ney, au 31 rue du Maréchal Ney à La Roche-sur-Yon (Vendée).
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. D, ressortissant guinéen né le 6 mai 1988, est entré sur le territoire français le 10 novembre 2017. Son épouse, Mme B, ressortissante guinéenne née le 23 juin 1990, est entrée sur le territoire français le 10 octobre 2018. M. D, Mme B et leurs deux enfants sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé résidence Ney, 31 rue du Maréchal Ney à La Roche-sur-Yon (Vendée) et géré par l'association VISTA. La demande d'asile de M. D a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 28 septembre 2021, notifiée à l'intéressé le 4 octobre suivant. La demande d'asile de Mme B a été définitivement rejetée par décision de la CNDA en date du 22 décembre 2021, notifiée à l'intéressée le 7 janvier suivant. Ils ont été avisés, par un courrier du 3 mars 2023 de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qu'il serait mis fin à leur prise en charge à la date du 31 mars 2023. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet de la Vendée le 19 avril 2023. M. D et Mme B se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. Par ailleurs, en se bornant à faire valoir que Mme B a débuté une grossesse le 11 mai 2023, que leurs enfants sont scolarisés, que M. D bénéficie d'une promesse de formation et d'embauche en qualité d'étancheur et que la requête n'a été notifiée par voie d'huissier qu'à ce dernier, alors qu'il résulte de l'instruction que la notification de sortie envoyée par l'OFII comme la mise en demeure de quitter les lieux ont été adressée aux deux intéressés, qui ne justifient ni avoir sollicité des titres de séjour, ni avoir effectué des démarches en vue de leur relogement de leur famille, les requérants n'établissent pas que la mesure sollicitée par le préfet de la Vendée se heurterait à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par M. D et Mme B, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. D, à Mme B ainsi qu'à leurs deux enfants de quitter, sans délai, le lieu d'hébergement qu'ils occupent et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à compter de la notification de cette ordonnance, d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de M. D et Mme B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. D et Mme B de libérer, sans délai, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé résidence Ney, 31 rue du Maréchal Ney à La Roche-sur-Yon (Vendée).
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. D et Mme B dans le délai imparti, le préfet de la Vendée pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. D et Mme B présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. E F, à Mme C B et à Me Béarnais.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 10 juillet 2023.
La juge des référés,
M. Le Barbier
La greffière,
M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026