mercredi 19 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2308812 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | PHILIPPON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 20 juin et le 13 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme A B ainsi que son enfant mineure de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 48 boulevard Jean Moulin à Nantes (Loire-Atlantique), et géré par le centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) Aurore ;
2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme B, si elle ne les a pas emportés.
Il soutient que :
- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de Mme B, déboutée de l'asile, dans un logement pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'en février 2023, 845 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Loire-Atlantique ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que Mme B se maintient dans le logement alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 30 janvier 2023, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informée de la fin de sa prise en charge, par un courrier du 9 février 2023 qui lui a été remis en mains propres mais que l'intéressée a refusé de signer ; par un courrier du 16 mars 2023, le préfet l'a mise en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois ; l'intéressée s'est maintenue dans les lieux en dépit de cette mise en demeure, restée infructueuse ;
- il n'existe pas en l'espèce de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure sollicitée, la seule circonstance que l'intéressée soit accompagnée d'une enfant mineure étant insuffisante ; ni Mme B ni sa fille mineure ne souffrent d'une maladie grave ; au demeurant, la mesure sollicitée n'a ni pour objet ni pour effet de mettre un terme à un éventuel suivi médical ou traitement médicamenteux ; rien n'indique que l'intéressée serait confrontée à une situation d'isolement et de détresse particulière ; la situation sanitaire actuelle ne saurait justifier son maintien dans le logement qu'elle occupe indûment ;
- il est nécessaire de lui faire libérer les lieux sans délai dès lors que l'octroi d'un délai supplémentaire serait contraire aux dispositions prévues par l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne serait pas utile, l'intéressée ne disposant d'aucun titre lui permettant de se maintenir sur le territoire français ; Mme B n'établit pas avoir entamé des démarches en vue de son relogement ; au demeurant, quand bien même aurait-elle effectivement entamé de telles démarches, cette seule circonstance ne saurait conduire à lui octroyer un délai pour quitter le logement qu'elle occupe indûment dans l'attente de bénéficier effectivement d'une solution de relogement ;
- la requérante ne peut utilement invoquer les dispositions des articles L. 412-3 et L. 412-4 du code des procédures civiles d'exécution qui ne sont pas applicables à la présente procédure.
- l'intéressée n'a pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence de droit commun dès lors que sa demande d'asile a été rejetée, qu'elle ne dispose d'aucun titre l'autorisant à se maintenir sur le territoire français et que sa situation ne caractérise pas une situation de détresse justifiant qu'elle bénéficie à titre exceptionnel d'un hébergement d'urgence ; aucun risque grave pour la santé ou la sécurité de sa fille mineure n'est caractérisé ; par voie de conséquence, il n'appartient pas au préfet de lui trouver une solution d'hébergement d'urgence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, Mme B, représentée par Me Philippon, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'un sursis à exécution de la mesure d'expulsion soit prononcé dans l'attente qu'il soit statué sur sa demande de réexamen de sa demande d'asile et de celle de sa fille mineure, à défaut, jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement d'urgence lui soit proposée et, en tout état de cause, à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et à ce qu'il soit mis à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 400 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure ne sont pas satisfaite dès lors que :
- les chiffres et données produits par le préfet pour tenter de démontrer que dispositif national d'accueil (DNA) dans le département est saturé ne sont pas cohérents et ne sont pas sourcés ; si l'on se réfère à ces chiffres il y a en Loire-Atlantique suffisamment de places d'hébergement disponibles pour accueillir les demandeurs d'asile ainsi que les personnes déboutées de l'asile qui s'y maintiennent indûment ;
- le préfet n'a pas pris en compte les circonstances de vulnérabilité propres à sa situation ; elle ne bénéficie plus de la moindre aide financière depuis que le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile lui a été suspendu à la suite du rejet de sa demande d'asile ; elle ne fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement ; elle est mère d'une enfant mineure, âgée d'à peine trois ans ; l'OFII a d'ailleurs estimé son niveau de vulnérabilité à deux sur une échelle de 0 à 3 ; depuis, cette vulnérabilité s'est encore accrue ; elle se trouve en convalescence des suites d'une opération chirurgicale de reconstruction réalisée sous anesthésie générale, le 15 juin 2023 ; elle bénéficie à ce titre d'un suivi par le service de gynécologie du CHU de Nantes ; un rendez-vous est programmé le 21 juillet prochain ; par ailleurs, elle souffre d'un stress post-traumatique en raison duquel elle bénéfice d'un suivi psychiatrique ;
- son refus de de quitter son hébergement résulte de la carence de l'Etat dans la mise en œuvre des dispositifs d'hébergement d'urgence qui lui incombe et qui concernent aussi les demandeurs d'asile ;
- la mesure demandée fait l'objet d'une contestation sérieuse :
o en estimant que son droit au maintien sur le territoire français avait cessé, alors qu'elle est convoquée le 18 juillet 2023, pour l'enregistrement de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, ainsi que celle de sa fille mineure, le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu les dispositions des combinées des articles L. 551-1, L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o la mesure d'expulsion sollicitée est entachée d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur manifeste quant à la situation de sa famille, elle méconnaît les articles L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Dias, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 13 juillet 2023 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Dias, juge des référés,
- et les observations de Me Philippon représentant Mme B, présente à l'audience.
La clôture de l'instruction a été différée au 13 juillet 2023 à 12 heures.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme B du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé 48 boulevard Jean Moulin à Nantes (Loire-Atlantique), et géré par le centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) Aurore.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 542-1 de ce code dispose que : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. " et l'article L. 542-2 que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : ()b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont le droit de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. Il résulte de l'instruction que les demandes d'asile de Mme B, ressortissante nigériane, née le 19 juin 1997 et de sa fille, hébergées dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 48 boulevard Jean Moulin à Nantes (Loire-Atlantique), ont été rejetées par des décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 mars 2022. Les recours dirigés contre ces refus ont été rejetés par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 30 janvier 2023, notifiées le 2 février suivant à l'intéressée qui a été avisée, par un courrier du 9 février 2023 de ce qu'il serait mis fin à sa prise en charge à la date du 28 février 2023. Une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois a été adressée à Mme B par le préfet de la Loire-Atlantique le 16 mars 2023. Il résulte toutefois de l'instruction que l'intéressée a été convoquée au guichet unique de la préfecture, le 18 juillet 2023, pour y enregistrer la demande de réexamen de la demande d'asile de sa fille C, née en 2019. Le préfet de la Loire-Atlantique n'établit pas ni même n'allègue qu'il s'agirait d'une nouvelle demande de réexamen ni d'une première demande présentée pour faire échec à une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse au regard de son droit de se maintenir sur le territoire français, et, par voie de conséquence, dans l'hébergement pour demandeur d'asile, qu'elle tient des dispositions combinées des articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par le préfet de la Loire-Atlantique sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi relative à l'aide juridique et de mettre à la charge du préfet de la Loire-Atlantique le versement à Me Philippon, avocat des défendeurs, d'une somme de 800 euros, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
O R D O N N E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme B au tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête du préfet de la Loire-Atlantique est rejetée.
Article 3 : Le préfet de la Loire-Atlantique versera à Me Philippon une somme de 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à ce titre.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme A B et à Me Philippon.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 19 juillet 2023.
Le juge des référés,
R. Dias
Le greffier,
J-F. MerceronLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°230881
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
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01/06/2026