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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308858

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308858

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308858
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantERNST & YOUNG NANTES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes, statuant en référé provision, a rejeté la demande de la société SEMMINN visant à obtenir le versement d’une provision de 331 009,16 euros de la part de la société Marais Distribution. Le juge a estimé que l’existence de l’obligation de paiement, notamment au titre du droit de première accession, des redevances d’occupation et des frais de remédiation, était sérieusement contestable en l’absence de convention d’occupation signée et de justificatifs suffisants. La décision applique l’article R. 541-1 du code de justice administrative, qui subordonne l’octroi d’une provision au caractère non sérieusement contestable de l’obligation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juin 2023 et le 11 octobre 2023, la société anonyme d'économie mixte du marché d'intérêt national de Nantes (SEMMINN), représentée par Me Mameri, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Marais Distribution à lui verser à titre de provision la somme de 331 009, 16 euros ;

2°) de mettre à la charge de la société Marais Distribution le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société Marais Distribution reste lui devoir la somme de 108 565, 70 euros TTC au titre du droit de première accession ;

- elle reste lui devoir la somme de 137 831, 55 euros TTC au titre des redevances et charges d'occupation ;

- elle reste lui devoir la somme de 45 848, 39 euros au titre des consommations d'électricité ;

- elle lui doit la somme de 38 760, 52 euros au titre de la remédiation aux dégradations faites et des frais de nettoyage du local.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, la société Marais Distribution, représentée par Me Viaud, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le montant de la provision allouée à A soit limitée à la fraction de ce montant susceptible de revêtir un caractère de certitude suffisant et, en tout état de cause, à ce que la soit mis à la charge de A le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'obligation de payer le droit de première accession se heurte à une contestation sérieuse, dès lors que ni la société Marais Distribution ni A n'ont signé le projet de convention d'occupation dont l'article 16 stipule ce droit ;

- l'obligation de payer la somme de 41 718, 45 euros au titre de charges locatives entre le 17 octobre et le 31 décembre 2022 se heurte à une contestation sérieuse, faute de signature d'une quelconque convention d'occupation du domaine public et A n'apportant aucune explication quant à la manière dont ces charges ont été calculées ;

- l'obligation de payer la somme de 15 775, 30 euros correspondant à des factures du mois de mars 2023 se heurte à une contestation sérieuse, dès lors que la société Marais Distribution a quitté les lieux le 27 février 2023, sans être tenue de respecter le délai de préavis de six mois dont se prévaut A ;

- l'obligation de payer une somme de 38 760, 52 euros au titre de frais de remédiation à des dégradations et de nettoyage des locaux se heurte à une contestation sérieuse, aucun état d'entrée dans les lieux n'étant présenté et A se bornant à présenter deux devis ;

- l'obligation de payer la somme de 18 066, 83 euros correspondant à une facture du 24 février 2023 se heurte à une contestation sérieuse, faute de production de cette facture, cette créance présentant dès lors un caractère incertain ;

- l'obligation de payer la somme de 62 270, 87 euros correspondant aux indemnités d'occupation des mois d'octobre 2022 et janvier 2023 se heurte à une contestation sérieuse, dès lors qu'elle présente un caractère incertain ;

- l'obligation de payer la somme de 45 8484, 39 euros au titre des consommations d'électricité se heurte à une contestation sérieuse, dès lors qu'elle présente un caractère incertain.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de provision :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. () ". Pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.

2. Il résulte de l'instruction que la société Marais Distribution a, à compter du 1er avril 2022, occupé, dans le marché d'intérêt national de Nantes Métropole, des locaux dans le bâtiment A6B de ce marché dont la société SEMMINN est délégataire de l'exploitation, outre un carreau de vente, une zone d'attente avant enlèvement des commandes préparées pour les clients, deux quais de chargement et de déchargement équipés pour réceptionner des poids lourds et cinq rampes d'accès pour véhicules utilitaires légers.

3. Par une lettre du 16 novembre 2022, reçu le 21 novembre suivant, la société Marais Distribution a fait savoir à A sa volonté de quitter ce marché d'intérêt national et de mettre fin à la convention d'occupation des locaux occupés et ce, comme la société Marais Distribution l'a précisé par lettre du 3 février 2023, à compter du 27 février 2023.

4. Si la société Marais Distribution fait valoir que le projet de convention d'occupation des locaux susmentionnés n'aurait pas été signé par les parties, il résulte toutefois de l'instruction que ce n'est que par sa lettre du 3 février 2023, consécutif à la lettre de A du 5 décembre 2022 répondant à celle du 16 novembre 2022, que la société requérante a allégué que l'occupation des lieux a été réalisée en vertu d'une convention verbale. Dès lors que la lettre du 16 novembre 2022, signée par le président de la société requérante, fait état d'une décision de " mettre un terme à notre convention d'occupation des locaux que nous occupons ", la société requérante a, ce faisant, régularisé l'absence alléguée de signature par elle de cette convention l'autorisant à occuper le domaine public, le projet de cette convention ayant été préalablement porté à sa connaissance. En outre, par une décision du 4 février 2022, créatrice de droits au bénéfice de la société Marais Distribution, le directeur général de A a agréé la société Marais Distribution en qualité de successeur de la société Marais Nantes, qui était titulaire depuis le 1er novembre 2019 d'une convention d'occupation des locaux mentionnés au point 2 ci-avant, la société Marais Distribution s'étant ainsi trouvée, à compter du 1er avril 2022, subrogée dans les droits et obligations de la société Marais Nantes résultant de cette convention du 1er novembre 2019. Il en résulte que le moyen soulevé par la société Marais Distribution tiré de l'absence d'une convention d'occupation du domaine public l'autorisant à occuper les locaux qu'elle a occupés du 1er avril 2022 au 27 février 2023 ne constitue pas une contestation sérieuse.

5. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, l'obligation de la société Marais Distribution de s'acquitter envers A du droit de première accession stipulé à l'article 16 de la convention d'occupation des locaux, d'un montant de 108 565, 70 euros TTC, ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4 ci-avant, la société Marais Distribution devait respecter le délai de préavis de six mois prévu par l'article 23 de la convention d'occupation, A étant en conséquence fondée à prétendre au paiement de la redevance d'occupation des locaux jusqu'au 21 mai 2023. Elle est également fondée à prétendre au paiement des charges locatives afférentes à ces locaux, notamment le montant de 41 718, 55 euros résultant de la somme des factures de 11 962, 21 euros, 10 259, 34 euros, 7 339, 36 euros, 7 181, 44 euros et 4 976, 20 euros émises par A. Il ressort de ces factures qu'elles couvrent ces charges locatives du 1er août 2022 au 31 décembre 2022. Si la société Marais Distribution fait valoir que A n'apporte aucune explication quant à la manière dont ces charges ont été calculées, les mentions de ces cinq factures sont suffisamment précises et claires et comportent l'indication des bases de la liquidation des dettes ainsi facturées à la société Marais Distribution. Dès lors, l'obligation pour cette dernière de s'acquitter de cette somme de 41 718, 55 euros ne se heurte pas à une contestation sérieuse.

7. Dès lors que, comme il a été dit, A est fondée à se prévaloir du respect d'un préavis de six mois, elle est en droit de prétendre au paiement des charges locatives d'un montant de 15 775, 30 euros ayant donné lieu à l'émission les 28 et 31 mars 2023 de deux factures chacune de 7 887, 65 euros. La première de ces factures couvre des charges du 1er au 31 janvier 2023 et la seconde du 1er au 28 février 2023. Les mentions de ces factures sont, de même, suffisamment claires et précises. L'obligation de la société Marais Distribution de s'acquitter de cette dette de 15 775, 30 euros ne se heurte dès lors pas à une contestation sérieuse.

8. A justifie que la somme de 18 066, 83 euros, facturée le 24 février 2023, correspond à des charges afférentes aux locaux occupés par la société Marais Distribution pour la période s'achevant le 31 décembre 2022. La société Marais, qui se borne à faire valoir que A ne produit pas la facture s'y rapportant, alors que cette facture est produite et que A justifie des modalités de calcul de cette somme, TTC, de 18 066, 83 euros, n'oppose ainsi pas une contestation sérieuse à l'obligation de supporter cette dette, qui est certaine, liquide et exigible.

9. En se bornant à soutenir que la dette de 62 270, 87 euros, correspondant à la somme de la redevance d'occupation du 1er octobre au 31 décembre 2022, d'un montant de 29 948, 62 euros TTC, et de la redevance d'occupation du 1er janvier au 31 mars 2023, d'un montant de 32 322, 25 euros, présente un caractère incertain, alors que les factures s'y rapportant comportent des mentions claires et précises, spécifiant les bases de la liquidation de ces deux sommes, et qu'il est établi que ces sommes ont été liquidées conformément aux tarifs alors applicables aux occupants de locaux dans le marché d'intérêt national de Nantes Métropole, la société Marais Distribution ne soulève pas une contestation sérieuse de cette dette.

10. A présente une facture n° M23/0601 du 14 juin 2023, d'un montant de 45 848, 39 euros TTC, couvrant la refacturation à la société Marais Distribution de consommations électriques en 2019, 2020, 2021, 2022 et janvier 2023. Si la société Marais Distribution fait valoir que cette facture est insuffisante pour s'assurer que la somme demandée correspond effectivement à la consommation d'électricité dans les locaux qu'elle occupait, ou qu'occupait avant elle la société Marais Nantes dans les droits et obligations de laquelle la société Marais Distribution est subrogée depuis le 1er avril 2022, cette simple allégation ne constitue pas une contestation sérieuse du caractère certain de cette dette de 45 848, 39 euros TTC.

11. A demande une provision de 4 005, 60 euros TTC au titre de frais de nettoyage des locaux occupés par la société Marais Distribution et une provision de 34 754, 92 euros TTC au titre de frais de remise en état de ces locaux.

12. D'une part, la société Marais Distribution n'oppose pas une contestation sérieuse en ce qui concerne la somme de 4 005, 60 euros, dont A justifie suffisamment de l'exactitude en présentant un devis de ce montant du 21 mars 2023.

13. D'autre part et quant à la somme de 34 754, 92 euros TTC, A ne présente pas l'état des lieux contradictoire prévu à l'article 6 de la convention d'occupation et en formant l'annexe 1, ni un autre document rendant compte de façon précise de l'état des lieux au 1er avril 2022 ou avant. Elle ne présente pas non plus l'état des lieux de sortie prévu à l'article 24 de ce contrat. Il ne résulte pas de l'instruction que ces états des lieux n'auraient pu être dressés. Le procès-verbal de constat d'un commissaire de justice du 21 mars 2023, s'il constate la saleté des locaux, que couvre pour sa part la somme de 4 005, 60 euros, ainsi que des dégradations ponctuelles des locaux ou de certains éléments d'équipement, ne constatent toutefois pas des dégradations d'une ampleur et d'une importance propres à justifier la somme demandée de 34 754, 92 euros TTC. Il en résulte que l'obligation de la société Marais Distribution de payer cette somme de 34 754, 92 euros se heurte, en l'état de l'instruction, à une contestation sérieuse, sans que l'instruction permette de considérer que seule l'obligation pour cette société de supporter une fraction de cette somme ne se heurterait pas à une telle contestation.

14. Il résulte de ce qui précède que la SEMMIN est fondée à demander au juge des référés de condamner la société Marais Distribution à lui verser une provision d'un montant de 296 254, 24 euros TTC.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de A, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement à la société Marais Distribution d'une somme à ce titre. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Marais Distribution le versement à A de la somme de 1 200 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : La société Marais Distribution est condamnée à verser à A une provision d'un montant de 296 254, 24 euros TTC.

Article 2 : La société Marais Distribution versera à A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la société Marais Distribution au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société SEMMINN et à la société Marais Distribution.

Fait à Nantes, le 2 août 2024.

Le juge des référés

A. B

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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