Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2023, M. A... B..., représenté par Me Abdallah, demande au tribunal :
d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire Atlantique a rejeté sa demande d’échange de son permis de conduire tunisien contre un permis de conduire français ;
d’enjoindre au ministre de l’intérieur de procéder à l’échange de son permis de conduire ;
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entaché d’erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut à l’irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l’arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d’échange des permis de conduire délivrés par les Etats n’appartenant ni à l’Union européenne ni à l’Espace économique européen
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Kubota, première conseillère, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Kubota a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B... demande l’annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 4 mai 2022 par laquelle la demande d’échange de son permis de conduire tunisien a été rejetée.
Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
M. B... a formé un recours gracieux le 19 mai 2022, suite au rejet de sa demande d’échange de permis de conduire par une décision du 4 mai 2022. Dès lors, les conclusions du requérant tendant à l’annulation de la décision implicite ayant rejeté son recours gracieux doivent, par suite, être regardées comme dirigées contre la décision du 4 mai 2022 et le moyen tiré du défaut de motivation écarté comme inopérant.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article R. 222-3 du code de la route : « Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l’accord sur l’espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu’à l'expiration d’un délai d’un an après l’acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l’article R. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l’intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n’est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. » Selon l’article 4 de l’arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d’échange des permis de conduire délivrés par les Etats n’appartenant ni à l’Union européenne ni à l’Espace économique européen : « I - Tout titulaire d’un permis de conduire délivré régulièrement au nom d’un Etat n’appartenant ni à l’Union européenne, ni à l’Espace économique européen doit obligatoirement demander l’échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d’un an qui suit l’acquisition de sa résidence normale en France. II. ― A. ― Pour les ressortissants étrangers non-ressortissants de l'Union européenne, la date d'acquisition de la résidence normale est celle de la remise du premier titre de séjour.
B. ― Pour les ressortissants étrangers bénéficiant d'un visa long séjour valant titre de séjour, la date d'acquisition de la résidence normale est la date de validation du visa au moyen du téléservice prévu par l'arrêté du 13 février 2019 relatif à la validation du visa long séjour valant titre de séjour, ou à défaut celle de la vignette apposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur le premier visa long séjour valant titre de séjour. (…) ».
Pour rejeter la demande d’échange de permis de conduire présentée par M. B..., le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que l’intéressé avait présenté sa demande d’échange plus d’un an après la date d’acquisition de sa résidence normale en France. Il ressort des pièces du dossier que M. B... s’est vu délivrer, le 12 octobre 2020, un visa de long séjour valant tire de séjour valable du 5 septembre 2020 au 5 septembre 2021. Par suite, en vertu des dispositions précitées de l’arrêté du 12 janvier 2012, il disposait, à compter du 12 octobre 2020, date à laquelle il doit être regardé comme ayant acquis sa résidence normale en France, d’un délai d’un an pour déposer sa demande d’échange de permis de conduire tunisien contre un titre de conduite français. Ce délai avait donc expiré à la date de la demande de M. B..., le 26 octobre 2021. Si M. B... se prévaut d’une première demande, effectuée le 7 juin 2021, dans le délai d’un an prévu par l’arrêté du 12 janvier 2012, et du rejet de cette demande, il n’en justifie toutefois aucunement, et se borne à produire une demande adressée à la commission de médiation de la direction départementale de la cohésion sociale de la Vendée du 19 mai 2022. Dans ces conditions, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l’article R. 222-3 du code de la route et que le préfet aurait commis une erreur manifeste d’appréciation.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2026.
La magistrate désignée
J-K. Kubota
La greffière
T. Chauvet
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,