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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2310557

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2310557

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2310557
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMARTIN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2023, la commune d'Auvers-le-Hamon (72300), représentée par Me Forcinal, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :

1°) de prescrire une expertise judiciaire en vue de constater les désordres caractérisés par une infiltration d'eau endommageant le parquet en bois de l'ensemble immobilier dénommé " Le Prieuré " faisant l'objet de travaux de rénovation, d'en déterminer l'origine, les causes et les conséquences, ainsi que d'indiquer les travaux de nature à y remédier ;

2°) de dire que l'expert pourra déposer un pré-rapport ;

3°) de l'autoriser à faire exécuter, à ses frais avancés, pour le compte de qui il appartiendra, les travaux estimés indispensables et urgents par l'expert ;

4°) de réserver les dépens.

Elle soutient que :

- elle a entrepris au début de l'année 2015 la rénovation de l'ensemble immobilier dénommé Le Prieuré ; par acte d'engagement du 17 novembre 2015, elle a confié le marché de maîtrise d'œuvre à un groupement d'entreprises solidaire composé des sociétés Atelier Belenfant et Daubas Architectes, mandataire, Pierre, Aireo Energies, ITAC et Vu d'Ici ; une mission de contrôle technique de l'opération a été confiée au Bureau Veritas ; le marché public de travaux relatif à la réhabilitation de l'ensemble immobilier a été divisé en dix-huit lots ; la commune a notamment attribué le lot n° 3 voirie réseaux divers à la société Pigeon TP Loire Anjou le 15 novembre 2018, le lot n° 4 gros-œuvre limousinerie maçonnerie de pierres de taille à la société Grevet Prevosto le 13 mars 2019, le lot n° 6 couverture ardoises-couvertures zinc-zinguerie à la société Paumard le 14 décembre 2021, le lot n° 9 menuiseries extérieures bois à la société Meiga le 15 novembre 2018, le lot n° 11 menuiserie intérieure agencement à la société Chanoine le 15 novembre 2018, le lot n° 13 revêtements de sols durs faïences à la société Perais par avenant du 21 juillet 2022 et le lot n° 17 chauffage ventilation plomberie à la société Elec-Eau le 1er août 2018 ; en raison de nombreuses difficultés, le chantier n'est , à la date de tal requête, pas achevé ;

- en mai 2023, il a été constaté des désordres caractérisés par une infiltration d'eau sur le chantier causant des dégradations du produit de ragréage du sol et un décollement du parquet ;

- les dégâts impliquent potentiellement la société Pigeon TP, chargée de la réalisation du drainage dans la cour et du rebouchage en périphérie des caniveaux, la société Grevet chargée de l'étanchéité des soubassements et des jonctions avec les murs existants et la société Paumard, chargée des descentes d'eaux pluviales dans les caniveaux ;

- la mesure d'expertise est utile dans la mesure où elle doit permettre de constater les désordres affectant le chantier et d'en déterminer les causes dans la perspective d'une action contractuelle.

Par un mémoire, enregistré le 15 septembre 2023, la SA Generali IARD, intervenant volontairement en qualité d'assureur de la Sarl Meiga, représentée par la Me Comolet, demande :

1°) de recevoir son intervention volontaire ;

2°) de donner acte de ses protestations et réserves quant à la demande d'expertise sollicitée ;

3°) de juger que la consignation des frais d'expertise sera mise à la charge de la commune d'Auvers-le-Hamon ;

4°) de réserver les dépens.

Elle soutient que la société Meiga, titulaire du lot Menuiseries extérieures bois, a souscrit une assurance responsabilité civile auprès d'elle à compter du 1er janvier 2016.

Par deux mémoires, enregistrés les 16 octobre 2023 et 8 novembre 2023, la Sas Chanoine, représentée par Me Landry, demande dans le dernier état de ses écritures :

1°) de donner acter de ses plus expresses protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée ;

2°) de mettre en cause les sociétés Pao Rosa, et ses assureurs, les sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurance Mutuelle ;

3°) de déclarer l'ordonnance à intervenir commune et opposable à ces sociétés ;

4°) de déclarer l'expertise opposable à ces sociétés ;

5°) de rejeter les autres conclusions et demandes.

Elle soutient qu'il y a lieu de mettre en cause la société Pao Rosa à l'enseigne commerciale Univers Parquet à qui elle a sous-traité la pose du parquet massif, ainsi que ses assureurs.

Par quatre mémoires, enregistrés les 12 février 2024, 28 février 2024, 12 avril 2024 et 6 juin 2024, la Sas Paumard, la Sas Pao Rosa, la SA MMA IARD et la société d'assurances mutuelles MMA IARD Assurances Mutuelles, toutes représentées par Me Dupuy, demandent dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de décerner acte de leurs plus expresses protestations et réserves sur la mesure d'expertise sollicitée ;

2°) de mettre en cause les sociétés Maison Grevet, Aireo Energies, QBE Europe, AXA France IARD, Mutuelle Architectes Français (MAF) et SMABTP ;

3°) de recevoir l'intervention volontaire des sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles en qualité d'assureurs de la société Elec- Eau ;

4°) de rejeter la demande de mise hors de cause de la SMABTP ;

5°) de mettre à la charge de la commune d'Auvers-le-Hamon les frais d'expertise.

Elles soutiennent que :

- les sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles interviennent volontairement en qualité d'assureurs de la société Elec-Eau

- il y a lieu d'appeler à la cause les sociétés suivantes :

- la Sas Aireo Energies intervenue en qualité de bureau d'études techniques fluides et thermique qui a assuré la conception technique du lot plomberie ;

- la Sas Maison Grevet dès lors qu'elle est titulaire du lot n° 4 gros-œuvre limousinerie maçonnerie de pierres de taille et associée à la SAS Grevet Prevosto ;

- QBE Europe en qualité d'assureur du Bureau Veritas Construction ;

- AXA France IARD en qualité d'assureur des sociétés Pigeon TP Loire Anjou et Chanoine ;

- la MAF en qualité d'assureur de la société Atelier Belenfant et Daubas Architectes ;

- la SMABTP en qualité d'assureur de la société Maison Grevet.

Par deux mémoires, enregistré les 5 mars 2024 et 9 octobre 2024, la société Atelier Belenfant et Daubas, représentée par Me Hamon, demande dans le dernier état de ses écritures :

1°) de décerner acte de ses protestations et réserves sur la mesure d'expertise sollicitée ;

2°) de rejeter la demande de mise hors de cause de la société SMABTP ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Auvers-le-Hamon les dépens.

Elle soutient que :

- les mises en causes des sociétés Pao Rosa, Elec- Eau, ainsi que leurs assureurs MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles seraient opportunes ;

- la demande de mise hors de cause de la société SMABTP est prématurée.

Par un mémoire, enregistré le 8 mars 2024, la société Pigeon TP Loire Anjou, représentée par Me Santos Pires, doit être regardée comme ne s'opposant pas à la mesure d'expertise sollicitée.

Par deux mémoires, enregistrés les 29 mars 2024 et 18 avril 2024, la Société Mutuelle d'Assurance du Bâtiment et des Travaux Publics (SMABTP), représentée par Me Vincent, doit être regardée comme demandant :

1°) à titre principal, sa mise hors de cause ;

2°) à titre subsidiaire, de limiter la mission de l'expert à la constatation des désordres dénoncés dans la requête et de déterminer les causes techniques des infiltrations d'eau.

Elle soutient que :

- en qualité d'assureur décennal de la société Maison Grevet, elle ne peut être mise en cause dès lors que la réception des travaux n'a pas encore été prononcée ;

- il ne peut être demandé à l'expert de dresser tout état descriptif et qualitatif de l'ouvrage, si ce n'est à faire de la mission de l'expert une mission d'audit complète ; la mission de l'expert doit être limitée aux seuls désordres soulevés par la requérante.

Par un mémoire, enregistré le 10 avril 2024, la société Aireo Energies, représentée par Me Nativelle demande :

1°) de rejeter la demande de mise hors de cause de la société SMABTP ;

2°) de déclarer qu'elle s'associe à la demande de la commune d'Auvers-le-Hamon

3°) de dire et juger l'interruption à son profit des délais de prescription et de forclusion à l'encontre de l'ensemble des parties ;

4°) d'étendre la mission de l'expert à l'apurement des comptes entre les parties ;

5°) de dire que l'expert indiquera si les désordres sont apparus avant ou après réception des différents lots en précisant, le cas échéant, la date et les conditions dans lesquelles la réception est intervenue ;

6°) de limiter la mission de l'expert à la constatation des désordres dénoncés dans la requête et d'en déterminer les causes ;

7°) de statuer ce que de droit sur les dépens.

Elle soutient que :

- la demande de mise hors de cause de la SMABTP est prématurée ;

- elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée ;

- le maître d'ouvrage ne lui a pas versé le règlement intégral de ses honoraires ;

- dans sa rédaction actuelle, la demande d'expertise de la commune requérante pourrait aboutir à un audit complet des ouvrages, de telle sorte qu'il y a lieu de limiter la mission de l'expert aux seuls désordres dénoncés dans la requête.

Par un mémoire, enregistré le 25 septembre 2024, la société AXA France IARD, en qualité d'assureur de la société Pigeon TP Loire Anjou, représentée par Me Santos Pires, doit être regardée comme ne s'opposant pas à la demande d'expertise de la commune d'Auvers-le-Hamon, ni à sa mise en cause.

La requête a été communiquée à la société Grevet Prevosto qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais des pièces, enregistrées le 1er août 2023 et communiquées aux parties.

La requête a également été communiquée aux sociétés Meiga, Perais, Elec-Eau, Maison Grevet, Bureau Veritas Construction, QBE Europe et Mutuelles Architectes Français (MAF) qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Specht-Chazottes, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Auvers-le-Hamon (72300) a entrepris au début de l'année 2015 des travaux de rénovation d'un ensemble immobilier dénommé le " Prieuré " composé d'un Logis du dix-huitième siècle, d'une grange dîmeresse et d'une demeure du dix-huitième siècle, situé sur le territoire de la commune, afin de l'affecter à la vie associative et à des professionnels de santé. Par acte d'engagement du 17 novembre 2015, la commune a confié le marché de maîtrise d'œuvre à un groupement d'entreprises solidaire composé des sociétés Sarl Atelier Belenfant et Daubas, mandataire du groupement, Sarl Pierre, Sarl Aireo Energies, Sarl ITAC et Sarl Vu d'Ici. Une mission de contrôle technique de l'opération a été confiée au Bureau Veritas par convention conclu le 4 avril 2016. Le marché public de travaux relatif à la réhabilitation de l'ancien Prieuré d'Auvers-le-Hamon a été divisé en dix-huit lots. La commune a notamment attribué le lot n° 3 voirie réseaux divers à la Sas Pigeon TP Loire Anjou le 15 novembre 2018, le lot n° 4 gros-œuvre limousinerie maçonnerie de pierres de taille à la Sas Grevet Prevosto le 13 mars 2019, le lot n° 6 couverture ardoises couvertures zinc zinguerie en dernier lieu à la Sarl Paumard le 14 décembre 2021, le lot n° 9 menuiseries extérieures bois à la Sarl Meiga le 15 novembre 2018, le lot n° 11 menuiserie intérieure agencement à la Sas Chanoine le 15 novembre 2018, le lot n° 13 revêtements de sols durs faïences en dernier lieu à la Sarl Perais par avenant du 21 juillet 2022 et le lot n° 17 chauffage ventilation plomberie à la Sarl Elec-Eau le 1er août 2018. Toutefois, le chantier n'est, à la date de la présente ordonnance, pas terminé en raison de nombreuses difficultés. Le 9 mai 2023, la société Pao Rosa à l'enseigne Univers Parquet, sous-traitante de l'entreprise Chanoine, a constaté une infiltration d'eau. La commune a fait établir un constat de commissaire de justice qui, par procès-verbal du 31 mai 2023, a constaté les désordres caractérisés par une dégradation du produit de ragréage du sol et un soulèvement du parquet en bois. La commune d'Auvers-le-Hamon demande, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, la désignation d'un expert aux fins de constater les désordres, d'en déterminer l'origine, les causes, les conséquences et de proposer les solutions permettant d'y remédier.

Sur l'intervention volontaire de la société Generali IARD et des sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles :

2. L'ordonnance à rendre sur la requête de la commune d'Auvers-le-Hamon est susceptible de préjudicier aux droits des sociétés Generali IARD, assureur de la Sarl Meiga, attributaire du lot n° 9 menuiseries extérieures bois et MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles, assureurs de la Sas Pao Rosa, sous-traitante de la Sas Chanoine, attributaire du lot n°11 menuiserie intérieure agencement, et de la Sarl Elec-Eau, attributaire du lot n°16 électricité et du lot n°17 chauffage ventilation plomberie. Dès lors, il y a lieu d'admettre l'intervention volontaire des sociétés Generali IARD et MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles est recevable.

Sur la demande de la commune d'Auvers-le-Hamon de l'autoriser à faire exécuter les travaux de réparation :

3. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur les mesures d'exécution d'un contrat administratif. Par suite, la demande de la commune d'Auvers-le-Hamon de lui permettre de faire exécuter, à ses frais avancés, pour le compte de qui il appartiendra, les travaux de réparation estimés indispensables doit être rejetée.

Sur les demandes de mise en cause et de mise hors de cause :

4. Peuvent être appelées en qualité de parties à une expertise, ordonnée sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, les personnes qui ne sont pas manifestement étrangères au litige susceptible d'être engagé devant le juge de l'action qui motive l'expertise. En outre, le juge du référé peut appeler à l'expertise, en qualité de sachant, toute personne dont la présence est de nature à éclairer ses travaux. Par ailleurs, la mise en cause d'une partie dans une expertise, simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjuge aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties.

5. En premier lieu, d'une part, la société Chanoine, attributaire du lot n° 11 menuiserie intérieure agencement, demande la mise en cause de la Sas Pao Rosa, à qui elle a sous-traité la pose du parquet, ainsi que ses assureurs la MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles. Ces sociétés ont présenté des mémoires en défense et d'intervention volontaire par lesquels elles ne s'opposent pas à l'expertise.

6. D'autre part, les sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles demandent la mise en cause de la société Aireo Energies intervenue en qualité de bureau d'études techniques fluides et thermique qui a assuré la conception technique du lot plomberie, de la société Maison Grevet, titulaire du lot n° 4 gros-œuvre limousinerie maçonnerie de pierres de taille et associée à la SAS Grevet Prevosto, de la société QBE Europe en qualité d'assureur du Bureau Veritas Construction, de la société AXA France IARD en qualité d'assureur des sociétés Pigeon TP Loire Anjou et Chanoine, de la société MAF en qualité d'assureur de la société Atelier Belenfant et Daubas Architectes et de la société SMABTP en qualité d'assureur de la société Maison Grevet.

7. La mesure d'expertise sollicitée au contradictoire des sociétés Pao Rosa, Maison Grevet, Aireo Energies, Generali IARD, QBE Europe, Axa France IARD, MAF, MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles n'apparaît pas dépourvue d'utilité à leur encontre, dans la mesure où ces sociétés, dont les mises en cause n'ont pas été contestées par les autres parties à l'instance, ne se sont pas opposées au principe d'une expertise. Par conséquent, il y a lieu de mettre en cause ces sociétés et de rendre les opérations d'expertise contradictoire à leur égard.

8. En second lieu, la société SMABTP demande sa mise hors de cause au motif qu'en qualité d'assureur décennal de la société Maison Grevet, elle ne peut être mise en cause dans la mesure où les travaux n'ont pas encore été réceptionnés. Toutefois, la mesure d'expertise au contradictoire de la SMABTP n'apparaît pas dépourvue d'utilité à son encontre dans la mesure où la société Maison Grevet a bien souscrit auprès d'elle une police d'assurance, dont il n'appartient pas au juge des référés saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative d'en interpréter les clauses contractuelles. En outre, la mise en cause de la société SMABTP ne constitue qu'une simple mesure d'instruction ne préjugeant aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties, tous droits et moyens des parties étant réservés. Dès lors, la demande de mise hors de cause de cette société doit être rejetée.

Sur la demande d'expertise :

9. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ".

10. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. En outre, le juge des référés ne peut confier à un expert une mission portant sur des questions de droits.

11. En l'état de l'instruction, lors des travaux de rénovation de l'ensemble immobilier Le Prieuré, une infiltration d'eau a été découverte le 9 mai 2023 par l'entreprise Pao Rosa à l'enseigne Univers Parquet, causant des dommages au produit de ragréage du sol et au parquet récemment posé. Par procès-verbal du 31 mai 2023, la commissaire de justice sollicitée par la commune d'Auvers-le-Hamon, a constaté les désordres caractérisés par une dégradation du produit de ragréage du sol et un soulèvement du parquet en bois. Deux réunions de chantier se sont tenues les 15 mai 2023 et 5 juin 2023 afin de déterminer les causes et les solutions à mettre en œuvre. La commune d'Auvers-le-Hamon a mandaté la société Fuites et Eau, qui a établi son rapport le 1er juin 2023, pour constater les dégâts et rechercher l'origine des infiltrations. Toutefois, les causes des désordres n'ont pas pu être clairement identifiées. La commune requérante envisage une action contentieuse au regard des responsabilités des parties dans la survenance des désordres et dysfonctionnements. Dans ces conditions, la mesure d'expertise judiciaire sollicitée par la commune d'Auvers-le-Hamon revêt un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Ainsi, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur la mission de l'expert :

12. Il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la société Aireo Energies tendant à ce que soit confiée à l'expert la mission d'apurer les comptes entre les parties. En effet, d'une part, les intervenants aux marchés sont en mesure de fournir eux-mêmes au maître d'œuvre et au maître d'ouvrage toutes précisions utiles sur les prestations et travaux qu'ils ont réalisés et de chiffrer les sommes qu'ils estiment leur être contractuellement dues au titre de ces prestations ou travaux, et, d'autre part, la détermination des sommes qui seraient dues aux intervenants au titre des intérêts moratoires et pénalités contractuelles conduirait l'expert à trancher des questions de droit, ce qu'il ne lui appartient pas de faire.

13. Enfin, aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir, à charge pour les parties de le lui demander. Il suit de là que la demande de la commune d'Auvers-le-Hamon tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport soumis aux parties ne peut qu'être rejetée.

Sur les autres conclusions :

14Il n'appartient pas au juge des référés de donner acte de déclarations, d'intentions, de protestations ou de réserves, ni de juger qu'un mémoire produit par l'une des parties interromprait les délais de forclusion et de prescription de ses actions et recours. Par suite, les conclusions des parties en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

15. Devant les juridictions administratives, en application de l'article R.621-13 du code de justice administrative, il appartient au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires qui seront dus à l'expert et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions des parties tendant à statuer sur les dépens ou à les réserver ne peuvent être accueillies.

O R D O N N E :

Article 1er : L'intervention volontaire des sociétés Generali IARD, MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles est admise.

Article 2 : M. A B, inscrit au tableau 2024 des experts agréés auprès de la cour administrative d'appel de Nantes à la rubrique " C.2.1. Architecture - Ingénierie - Maîtrise d'œuvre " et demeurant 19, rue d'Espagne à Montreuil-Juigné (49460), est désigné en qualité d'expert.

Il aura pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, entendre les parties, prendre connaissance de tous documents utiles relatifs à l'opération de réhabilitation de l'ensemble immobilier Le Prieuré situé sur le territoire de la commune d'Auvers-le-Hamon (72300), donner tous éléments et établir, le cas échéant, tous plans, croquis ou schémas, produire des photos, utiles à la compréhension des faits de la cause ;

2°) rappeler et préciser les liens contractuels unissant les parties, les missions confiées par le maître d'ouvrage à chacun des maîtres d'œuvre et constructeurs qu'il attrait à la présente instance, et si possible, annexer à son rapport les marchés, avenants, ordres de services, ainsi que tous autres documents utiles ;

3°) procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres relatifs aux infiltrations d'eau causant une dégradation du produit de ragréage du sol et un soulèvement du parquet en bois, qui affectent l'ensemble immobilier Le Prieuré ayant fait l'objet de travaux de rénovation, en indiquant la date d'apparition de ces désordres ;

4°) décrire les désordres et malfaçons qui seraient constatés et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire s'ils sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination et de préciser si ces désordres présentent un caractère évolutif ;

5°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons dont s'agit, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction de l'ouvrage public, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer la part d'imputabilité à chacune d'elles ;

6°) proposer, le cas échéant, les mesures conservatoires nécessaires et évaluer leur coût ;

7°) indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité des ouvrages et un usage propre à leur destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'ouvrage en cause ;

8°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira sa mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, recourir à un sapiteur qui sera préalablement désigné par le président du tribunal administratif.

Article 4 : L'expert effectuera sa mission au contradictoire de :

- la commune d'Auvers-le-Hamon,

- la société Paumard,

- la société Generali Iard (assureur de la société Meiga),

- la société Chanoine,

- la société Pao Rosa,

- la société d'assurances mutuelles SMABTP (assureur de la société Maison Grevet),

- la société MMA Iard (assureur des société Elec-Eau et Pao Rosa),

- la société MMA Iard Assurances Mutuelles (assureur des sociétés Elec-Eau et Pao Rosa),

- la société Atelier Belenfant et Daubas Architectes,

- la société Pigeon TP Loire Anjou,

- la société Elect- Eau,

- la société Aireo Energies,

- la société AXA France Iard (assureur de la société Chanoine et de la société Pigeon TP Loire Anjou),

- la société QBE Europe (assureur de la société Bureau Veritas Construction),

- la société Mutuelle des Architectes Français (assureur de la société Atelier Belenfant et Daubas Architectes),

- la société Grevet Prevosto,

- la société Maison Grevet,

- la société Meiga,

- la société Perais,

- la société Bureau Veritas Construction.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport avant le 30 septembre 2025. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours. L'expert devra informer les parties de toute demande de délai complémentaire qui sera effectuée par ses soins auprès du tribunal administratif pour le dépôt de son rapport d'expertise.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront taxés ultérieurement par le tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune d'Auvers-le-Hamon, à la société Paumard, à la société Generali Iard, à la société Chanoine, à la société Pao Rosa, à la société SMABTP, à la société MMA Iard, à la société MMA Iard Assurances Mutuelles, à la société Atelier Belenfant et Daubas Architectes, à la société Pigeon TP Loire Anjou, à la société Elect-Eau, à la société Aireo Energies, à la société AXA France IARD, à la société QBE Europe, à la société Mutuelle des Architectes Français, à la société Grevet Prevosto, à la société Maison Grevet, à la société Meiga, à la société Perais, à la société Bureau Veritas Construction et à M. B, expert.

Fait à Nantes, le 12 décembre 2024.

La juge des référés,

F. Specht-Chazottes

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2310557

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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