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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2310573

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2310573

mardi 1 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2310573
TypeDécision
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantSCP ATLANTIQUE AVOCATS ASSOCIES (SAINT-HERBLAIN)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Vaubois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 août 2022 rejetant le recours gracieux dirigé contre la décision du 5 juillet 2022 par laquelle l'Agence de services et de paiement a refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'un chèque énergie au titre de l'année 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'Agence de services et de paiement de lui verser le chèque énergie au titre de l'année 2022 d'un montant de 176 euros, dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement une somme de 1500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 4 août 2022 a été prise par une autorité incompétente ;

- elle procède d'une appréciation erronée de la déclaration fiscale de son foyer, faisant état d'un revenu fiscal de référence perçu durant l'année 2021 à hauteur de 8978 euros pour 2,5 parts, lui autorisant le bénéfice du chèque énergie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'énergie ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, résidant à Treillières (Loire-Atlantique), a sollicité le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2022 auprès de l'Agence de services et de paiement. Cette demande a été rejetée par une décision du 5 juillet 2022, confirmée par une décision du 4 août 2022 prise par l'Agence de services et de paiement suite au recours gracieux formé par Mme B contre la décision du 5 juillet 2022 précitée. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 4 août 2022.

2. Lorsque le requérant a formé un recours gracieux ou hiérarchique et exerce un recours contentieux consécutivement à son rejet, il appartient au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux ou hiérarchique, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet de ce recours administratif, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. En l'espèce, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 5 juillet 2022 par laquelle l'Agence de services et de paiement a refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'un chèque énergie au titre de l'année 2022 ainsi que la décision du 4 août 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les droits au bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2022 :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 124-1 du code de l'énergie : " Le chèque énergie est un titre spécial de paiement permettant aux ménages dont le revenu fiscal de référence est, compte tenu de la composition du ménage, inférieur à un plafond d'acquitter tout ou partie du montant des dépenses d'énergie relatives à leur logement ou des dépenses qu'ils assument pour l'amélioration de la qualité environnementale ou la capacité de maîtrise de la consommation d'énergie de ce logement comprises parmi celles mentionnées à l'article 200 quater du code général des impôts. / Le chèque énergie est émis et attribué à ses bénéficiaires par l'Agence de services et de paiement mentionnée à l'article L. 313-1 du code rural et de la pêche maritime, qui en assure le remboursement aux personnes et organismes définis par décret en Conseil d'Etat. () / L'administration fiscale constitue un fichier établissant une liste des personnes remplissant les conditions prévues au premier alinéa du présent article et comportant les éléments nécessaires au calcul du montant de l'aide dont elles peuvent bénéficier. Ce fichier est transmis à l'Agence de services et de paiement afin de lui permettre d'adresser aux intéressés le chèque énergie. L'agence préserve la confidentialité des informations qui lui sont transmises. () ". L'article R. 124-1 du même code dans sa rédaction applicable au présent litige dispose que : " Le bénéfice du chèque énergie est ouvert aux ménages dont le revenu fiscal de référence annuel par unité de consommation est inférieur à un seuil fixé par arrêté des ministres chargés de l'économie, du budget et de l'énergie, au titre de leur résidence principale, y compris à ceux d'entre eux dont le contrat de fourniture d'électricité ou de gaz naturel couvre simultanément des usages professionnels et non professionnels./ () Le revenu fiscal de référence du ménage est la somme des revenus fiscaux de référence des occupants du local ou du logement.() ". Aux termes de l'article R. 124-3 du même code : " La valeur faciale du chèque énergie (TTC) est définie, en fonction du revenu fiscal de référence (RFR) du ménage et du nombre d'unités de consommation (UC), par arrêté des ministres chargés de l'économie, du budget et de l'énergie. ". Enfin, aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 24 février 2021 modifiant le seuil d'éligibilité au chèque énergie : " A compter du 1er janvier 2021, le bénéfice du chèque énergie est ouvert aux ménages dont le revenu de référence annuel par unité de consommation est inférieur à 10 800 € ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 124-7-2 du code de l'énergie : " I.-Lorsque la situation d'un ménage, au regard de l'administration fiscale, est corrigée et que cette correction permet au ménage de satisfaire les critères d'éligibilité prévus à l'article R. 124-1 ou lui donne droit à un montant d'aide plus élevé, l'Agence de services et de paiement, sur réclamation de ce ménage et au vu des justificatifs d'imposition, selon le cas, émet un chèque énergie ou émet un chèque énergie complémentaire ou échange le chèque initialement reçu par le ménage contre un nouveau chèque, de telle sorte que le ménage bénéficie du montant auquel sa situation modifiée le rend éligible. / Lorsqu'un ménage n'a pas reçu de chèque en raison de son absence du fichier des bénéficiaires, elle-même liée à la remise de sa déclaration de revenus à l'administration fiscale hors des délais légaux ou à l'absence de déclaration, l'Agence de services et de paiement instruit son dossier sur la base des éléments qui lui sont fournis et, si les critères sont réunis, accorde le bénéfice du chèque énergie. Une information écrite est adressée au ménage lui rappelant la nécessité de remplir ses obligations fiscales dans les délais légaux et lui indiquant qu'une réclamation pour le même motif ne sera pas recevable les années suivantes. La réclamation déposée par le même ménage pour le même motif les années suivantes est rejetée par l'Agence de services et de paiement./ Pour être recevable, la réclamation doit être formulée avant le 31 décembre de l'année suivant l'année au titre de laquelle le chèque énergie a été émis ou aurait dû être émis. Au-delà de cette date, les réclamations en cours de traitement sont, en l'absence de réaction du ménage dans les trois mois suivant la date de la dernière communication adressée par l'Agence de services et de paiement, clôturées définitivement. / () / III.-L'Agence de services et de paiement peut demander aux ménages, après réception des éléments mentionnés au I, tout document de nature à vérifier leur actualité et leur authenticité. Le cas échéant, elle attribue au ménage un chèque énergie dont la valeur est calculée au prorata de la durée d'occupation du local ".

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration détermine les droits d'une personne à l'attribution du chèque énergie, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction.

6. Il résulte de l'instruction que la demande de chèque énergie présentée par Mme B au titre de l'année 2022 a été rejetée au motif que la situation fiscale du foyer qu'elle compose avec son conjoint n'avait pas subi de modification ni de rectification. Toutefois, l'intéressée verse aux débats l'avis d'imposition 2022 sur les revenus de l'année 2021 duquel il ressort que le couple a déclaré avoir perçu 8978 euros en 2021, soit un montant inférieur au seuil de 10 800 euros par unité de consommation prévu par les dispositions de l'article 1 de l'arrêté du 24 janvier 2021 modifiant le seuil d'éligibilité au chèque énergie. Par ailleurs, il résulte de ce document que le foyer fiscal de l'intéressée ne comporte que deux parts fiscales et demi. L'Agence de services et de paiement, qui se borne à faire valoir que la situation du foyer n'a pas été modifiée après l'établissement par l'administration fiscale du fichier établissant la liste des personnes remplissant les conditions pour bénéficier du chèque énergie dans lequel ne figure pas la requérante, ne contredit pas ces éléments de fait. En outre, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 124-7-2 du code de l'énergie que l'Agence de services et de paiement est tenue d'instruire les dossiers qui lui sont soumis, nonobstant la circonstance que la demanderesse ne figure pas sur ledit fichier, et d'accorder le bénéfice du chèque si les conditions prévues aux articles R. 124-1 et R. 124-3 du code de l'énergie sont réunies. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que l'agence de services et de paiement a refusé de lui attribuer le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2022.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Compte reçu de la situation de l'intéressée, il résulte de ce qui précède que l'Agence de services et de paiement devra verser à Mme B la somme de 176 euros au titre du chèque énergie de l'année 2022 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement la somme de 1 200 euros à verser à Me Vaubois, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de l'Agence de services et de paiement des 5 juillet et 4 août 2022 sont annulées.

Article 2 : L'Agence de services et de paiement versera à Mme B la somme de 176 euros au titre du chèque énergie de l'année 2022 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Agence de services et de paiement versera à Me Vaubois la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Vaubois et à l'Agence de services et de paiement.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bouchardon, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Revéreau, premier conseiller,

Mme Moreno, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le premier conseiller

faisant fonction de président,

L. BOUCHARDON

La greffière,

S. FOURNIER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, chacune en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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