mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2312690 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL ATIAS ROUSSEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 août 2023, Mme D C, représentée par Me Atias, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner une expertise médicale judiciaire en vue de déterminer les préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de sa prise en charge médicale, lors de l'intervention chirurgicale du 19 décembre 2022 au centre hospitalier Loire Vendée Océan à Challans ;
2°) de dire que l'expert communiquera aux parties un pré-rapport ;
3°) de condamner le centre hospitalier Loire Vendée Océan au paiement de la somme consignée à titre de provision sur les frais et honoraires de l'expert ;
4°) réserver les dépenses prévues par l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
-elle a subi une coloscopie en ambulatoire au centre hospitalier Loire Vendée Océan le 19 décembre 2022 ;
-elle a été victime, au cours de cette intervention, d'une perforation du haut rectum nécessitant d'être opérée en urgence et a pu rejoindre son domicile le 26 décembre 2022 ;
-en janvier 2023, elle a informé le médecin, lors du rendez-vous de contrôle, de la présence d'une boule sur son abdomen, de ses souffrances et d'un ventre très gonflé ;
-le 24 février 2023, le scanner abdomino-pelvien réalisé a mis en évidence une éventration de la ligne blanche ombilicale à contenu grêlique ;
-elle a été réopérée le 25 avril 2023 pour une cure d'éventration médiane et une résection intestinale ;
-l'expertise médicale judiciaire présente un caractère utile.
Par un mémoire, enregistré le 6 septembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique, au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de Vendée, ne s'oppose pas à la demande d'expertise et demande au juge des référés que l'expert désigné lui transmette son rapport afin de formuler ses dires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, le centre hospitalier de Challans, représenté par Me Meunier, demande au juge des référés :
1°) de lui donner acte de ses plus expresses réserves quant au principe même de la responsabilité que tente de lui imputer la requérante ;
2°) de désigner un expert aux frais avancés de la requérante et qui recevra la mission d'expertise indiquée dans ses écritures ;
3°) d'enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie de Vendée de produire avant toute opération expertale le relevé détaillé de ses débours ;
4°) de dire et juger que l'expert adressera aux parties un pré-rapport ;
5°) de rejeter les conclusions de la requérante tendant à la mise à charge à son encontre des frais et honoraires d'expertise ;
6°) de réserver les dépens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM), représenté par Me Ravaut, demande au juge des référés de :
1°) lui donner acte de ses protestations et réserves d'usage tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise ;
2°) compléter la mission de l'expert suivant ses écritures ;
3°) dire que l'expert rédigera un pré-rapport qui sera transmis aux parties ;
4°) réserver les dépens.
Vu les pièces jointes à la requête.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nantes a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente du tribunal administratif de Nantes, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1.Mme D C, née le 31 octobre 1951, a subi une coloscopie en ambulatoire au centre hospitalier Loire Vendée Océan le 19 décembre 2022. Elle a été victime au cours de cette intervention d'une perforation du haut rectum nécessitant d'être opérée en urgence et a pu rejoindre son domicile, le 26 décembre 2022. Souffrant toujours par la suite de douleur à l'abdomen, le scanner abdomino-pelvien, réalisé le 24 février 2023, a mis en évidence une éventration de la ligne blanche ombilicale à contenu grêlique. Mme C a été réopérée, le 25 avril 2023, pour une cure d'éventration médiane et une résection intestinale. Mme C demande, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, la désignation d'un expert médical à l'effet de déterminer si sa prise en charge médicale au centre hospitalier Loire Vendée Océan, lors de l'intervention chirurgicale du 19 décembre 2022 et ses suites, a été conforme aux pratiques médicales, aux règles de l'art médical et aux données acquises de la science médicale, ainsi que d'évaluer les préjudices subis.
Sur la demande d'expertise médicale judiciaire :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ".
3. En l'état de l'instruction, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par Mme C revêt un caractère utile et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. La mission d'expertise médicale judiciaire sera effectuée au contradictoire de Mme C, du centre hospitalier Loire Vendée Océan, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes, et de la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique, chaque partie pouvant désigner un médecin conseil pour assister aux opérations d'expertise.
Sur la demande du centre hospitalier Loire Vendée Océan tendant à la production du relevé des débours de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique :
5. La production du relevé des débours de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique n'apparaît pas utile à la réalisation de l'expertise ordonnée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier Loire Vendée Océan tendant à ce que le juge des référés demande à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique de produire ce relevé.
Sur les conclusions de Mme C, du centre hospitalier de Challans, et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes tendant à l'établissement par l'expert d'un projet de rapport :
6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un projet de rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions de Mme C, du centre hospitalier Loire Vendée Océan, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes tendant à ce que le juge des référés demande à l'expert de dresser un pré-rapport et de l'adresser à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
7. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions présentées par Mme C tendant à la mise à charge des dépens, et du centre hospitalier Loire Vendée Océan et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes tendant à réserver les dépens, ne peuvent être accueillies.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il n'y a pas lieu, dans le cadre de la présente procédure, de faire droit aux conclusions de Mme C tendant à réserver les dépenses prévues par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. le docteur A B, médecin spécialisé inscrit au tableau 2024 des experts agréés auprès de la cour d'appel de Rennes à la rubrique " F-03.01 - Chirurgie de l'appareil digestif ", exerçant à la clinique mutualiste de l'estuaire, 11 boulevard Georges Charpak, CS 20252, à Saint-Nazaire (44606 Cedex).
Il aura pour mission de :
1° Se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme C et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressée à compter de sa prise en charge par le centre hospitalier Loire Vendée Océan à compter du 19 décembre 2022 ;
2° Procéder à l'examen de Mme C et rappeler son état de santé antérieur ;
3° Décrire les conditions dans lesquelles Mme C a été admise et soignée dans l'établissement hospitalier mis en cause à compter du 19 décembre 2022 ;
4° Préciser les examens et soins prodigués et les complications survenues ;
5° Prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant notamment à l'intervention chirurgicale subie le 19 décembre 2022 ;
6° Décrire la ou les complications survenues lors de cette opération chirurgicale et postérieurement à celle-ci et dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;
7° Réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service pour Mme C au centre hospitalier Loire Vendée Océan à partir du 19 décembre 2022 ;
8° Se prononcer sur l'origine des complications présentées par Mme C en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge hospitalière par le centre hospitalier Loire Vendée Océan ;
9° Indiquer si l'état de santé de la patiente a pu favoriser ou contribuer à la survenue de la ou des complications(s) et/ou à la gravité des conséquences dommageables subies par l'intéressée ;
10° Dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; dans l'affirmative, indiquer la fréquence d'un tel accident en général et la fréquence attendue chez la patiente ; déterminer les conséquences probables de la pathologie présentée en l'absence de traitement ;
11° Déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à la patiente sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;
12° Indiquer si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) commis par le centre hospitalier Loire Vendée Océan mis en cause a fait perdre à l'intéressée une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;
13° Dire si l'état de santé de Mme C est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ;
14° Dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme C ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;
15° Décrire la nature et l'étendue des éventuelles séquelles gardées par Mme C et évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent en résultant en distinguant la part due à la pathologie initiale, de celle imputable, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier Loire Vendée Océan mis en cause ;
16° Dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur et du préjudice esthétique (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;
17° Se prononcer sur l'existence d'un préjudice sexuel, d'un préjudice professionnel et d'agrément ; le cas échéant, évaluer leur importance ;
18° Se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, en précisant la qualification requise et la durée de l'intervention, ainsi que la nécessité de bénéficier d'un logement et d'un véhicule adaptés, et/ou de matériels spécialisés avec les complications survenues ;
19° Se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s'il s'agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ;
20° Dire si l'état de santé de Mme C est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité.
Article 2 : L'expert, pour l'accomplissement de sa mission, pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à Mme C.
Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.
Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-4 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport d'expertise avant le 31 mars 2025, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties.
Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, au centre hospitalier Loire Vendée Océan, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique, et à M. B, expert.
Fait à Nantes, le 18 septembre 2024.
La juge des référés,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2312690
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026