mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2313938 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL LAIGRE HURIET GALAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 29 septembre 2023, la commune de Donges et la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire (CARENE), représentées par Me Maudet, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion des occupants sans droit ni titre installés sur les parcelles cadastrées section YK numéros 147, 152, 161, 397 et 434, sises 32 rue Henri Becquerel à Donges (44), sans délai suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par personne et par jour de retard, au besoin avec le concours de la force publique ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'évacuation de tous les matériels, véhicules et autres objets mobiliers leur appartenant, l'huissier instrumentaire devant bénéficier de l'assistance de la force publique et de toutes personnes et de tous matériels nécessaires à l'exécution de cette mission ;
3°) de mettre à la charge des occupants sans droit ni titre la somme de 500 euros à verser à la commune de Donges et à la CARENE en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont remplies dès lors que les modalités d'occupation du terrain caractérisent un risque évident de troubles à l'ordre public, à la salubrité, à la sécurité et à la tranquillité publiques en raison, en premier lieu, du non-respect des règles d'hygiènes les plus élémentaires, en deuxième lieu, de l'occupation illégale d'un équipement public au mépris de sa destination et notamment au regard des risques de perturbations des évènements programmés, en troisième lieu, des raccordements sauvages aux réseaux d'eau et d'électricité via des branchements illégaux ; les branchements électriques ne sont pas sécurisés et présentent un risque pour la sécurité des personnes et des biens ; de plus, postérieurement à l'introduction de la requête, les occupants sans droit ni titre ont coulé du béton sur les bornes incendies et de nouveaux véhicules et caravanes sont arrivés sur le site complétant le premier groupe installé, en détruisant notamment les clôtures du camping ; la situation sur le site est particulièrement tendue et leur fait craindre des atteintes supplémentaires à l'ordre public ; le voisinage est exaspéré par les nuisances engendrées par cette occupation ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que les occupants sans droit ni titre ont pénétré illégalement sur le site alors, de plus, qu'une décision du tribunal administratif de Nantes du 27 juin 2023 ordonnant l'expulsion d'un précèdent groupe était affichée sur les lieux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, M. C et Mme B, représentés par Me Huriet, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis solidairement à la charge de la commune de Donges et la CARENE la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil par application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils font valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que les atteintes alléguées à l'ordre public, à la tranquillité publique et à la salubrité publique ne sont pas démontrées ; le terrain occupé est désaffecté et est adapté à l'accueil de caravanes ; seuls les raccordements artisanaux sont susceptibles de caractériser un risque, lequel peut être résolu par d'autres mesures que l'expulsion de leur famille ; le paiement d'un loyer, d'une redevance est évidemment possible et réclamé par eux, comme cela se fait sur les aires d'accueil ; aucun des critères avancés par la commune, à savoir l'accès à l'eau potable et l'électricité, ne peuvent à ce point mettre en difficulté la mairie sur le plan matériel pour que leur expulsion soit la seule solution, alors qu'ils ne sont pas occupants illégaux de ce terrain par choix délibéré, goût du vice ou de la provocation mais uniquement en raison de l'impossibilité d'avoir accès à une aire d'accueil aménagée à laquelle ils ont droit ;
- la mesure demandée n'est pas utile dès lors que la commune ne démontre pas que leur présence gêne véritablement un projet précis d'exploitation du domaine ou son utilisation conforme à son affectation, notamment à un service public ;
- elle se heurte à une contestation sérieuse dès lors qu'elle n'est pas proportionnée et qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; non seulement des solutions permettant de pallier les difficultés alléguées sur le plan sanitaire n'ont pas été recherchées, mais il y a une disproportion entre le critère allégué du trouble manifeste et l'inaction de la commune depuis des années pour le prévenir, malgré ses obligations légales ; l'expulsion demandée concerne 12 personnes dont trois enfants mineurs scolarisés à Donges.
La demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle présentée par M. C a été rejetée par une décision du 5 octobre 2023.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 octobre 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 octobre 2023 à 9 h 30 heures :
- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,
- les observations de Me Le Rouzic, substituant Me Maudet, représentant la commune de Donges et la CARENE ;
- et les observations de Me Huriet, représentant Mme B et M. C, en présence de ce dernier, qui reprend ses écritures à la barre et conclut, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit laissé un délai aux occupants pour libérer les lieux.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Un mémoire présenté par la commune de Donges et la CARENE a été enregistré au greffe du tribunal le 18 octobre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Le juge des référés tient de ces dispositions le pouvoir, en cas d'urgence et d'utilité, d'ordonner l'expulsion des occupants sans titre du domaine public. Saisi de conclusions en ce sens, il y fait droit dès lors, d'une part, que la demande présentée ne se heurte à aucune contestation sérieuse compte tenu de la nature et du bien-fondé des moyens soulevés à son encontre, d'autre part, que la libération des lieux occupés présente un caractère d'urgence.
2. Il résulte de l'instruction, en particulier du constat d'huissier établi le 18 septembre 2023, que plusieurs individus, dont M. C et Mme B, ont installé leurs véhicules et leurs caravanes sur les parcelles cadastrées section YK n°147, 152, 161, 397 et 434, à usage de camping municipal, sises 32 rue Henri Becquerel à Donges (44480). Il est constant que les intéressés, qui se sont installés sur cette dépendance du domaine public communal, sans autorisation, sont de fait des occupants sans droit ni titre de l'emplacement sur lequel ils sont présents. Ainsi, la demande de la commune de Donges et de la CARENE tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion des occupants sans droit ni titre du domaine public communal ne se heurte à aucune contestation sérieuse, la seule circonstance que les occupants seraient contraints à cette situation, faute d'emplacement libre sur les aires d'accueil dédiées, ne pouvant caractériser une telle contestation, alors, de surcroît, qu'il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Donges ne respecterait pas ses obligations en matière d'accueil des gens du voyage. De même, si les occupants invoquent la méconnaissance de leurs droits fondamentaux, notamment celui de mener une vie privée et familiale normale, et l'existence de solutions alternatives à la mesure d'expulsion sollicitée, les éléments ainsi invoqués ne sont pas de nature à dénuer la demande en cause d'utilité, ni d'urgence. En outre, les modalités d'occupation du terrain, particulièrement l'existence de raccordements non autorisés et non protégés au réseau électrique communal, révèlent un risque d'atteinte à la sécurité publique. Ces branchements sauvages, dont certaines parties sont dénudées, présentent un risque avéré pour la sécurité des occupants et également des riverains, en cas de survenue, de ce fait, d'un incendie. De plus, les occupants, en soutenant lors de l'audience que les menaces de mort à l'encontre d'un employé communal, caractérisant un trouble à l'ordre public, ont été proférées par un tiers étranger à leur famille, ne remettent pas en cause la matérialité de ces faits survenus sur le site en cause et en raison de cette occupation illégale. Compte tenu de ces risques d'atteinte à l'ordre public, d'une part, la mesure sollicitée ne peut être regardée comme disproportionnée, et d'autre part, il n'y a pas lieu d'accorder un délai aux occupants pour libérer les lieux. Par suite, la demande de la commune de Donges et de la CARENE, tendant à ce qu'il soit ordonné l'expulsion de ces occupants, présente un caractère d'urgence et d'utilité et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
3. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. C et toutes les personnes stationnant sans droit ni titre, à la date de la présente ordonnance, sur les parcelles cadastrées section YK n°147, 152, 161, 397 et 434 sises 32 rue Henri Becquerel à Donges, d'évacuer sans délai le terrain en cause, dès la notification de la présente ordonnance, avec leurs véhicules, remorques et caravanes. À défaut pour les intéressés de déférer à cette injonction dans un délai de 24 heures, la commune des Donges et la CARENE pourront y procéder d'office, au besoin avec le concours de la force publique. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
4. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Donges et la CARENE, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par M. C et Mme B, au titres des frais exposés par eux à l'occasion de cette procédure et non compris dans les dépens.
5. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Donges et de la CARENE présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
6. Par suite, les conclusions des parties présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
O R D O N N E:
Article 1er : Il est enjoint à M. C, Mme B et à tous les occupants sans droit ni titre, à la date de la présente ordonnance, sur les parcelles cadastrées section YK n°147, 152, 161, 397 et 434 sises 32 rue Henri Becquerel à Donges (44480), d'évacuer sans délai le terrain en cause, dès notification de la présente ordonnance, avec leurs véhicules, remorques et caravanes. A défaut pour les intéressés de déférer à cette injonction dans un délai de 24 heures, la commune de Donges et la CARENE pourront y procéder d'office, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de M. C et Mme B présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Donges, à la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire, ainsi qu'à M. C, Mme B et à tous les occupants sans droit ni titre.
Fait à Nantes, le 24 octobre 2023.
La juge des référés,
O. ROBERT-NUTTE
La greffière,
M. ALa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026