lundi 30 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2314544 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023, le préfet de la Sarthe demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme E D et M. B C, ainsi que tous les occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile occupé par les intéressés, situé au 2 rue de l'Artois, appartement 3120, 72100 Le Mans (Sarthe) ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme E D et M. B C, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de Mme D et M. C déboutés de l'asile, dans un logement pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 mai 2023, 125 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Sarthe, pour un total de 1160 places en lieux d'accueil alors que le taux de présence des déboutés atteint 9,90 % ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que Mme D et M. C se maintiennent dans le logement alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 septembre 2022, notifiées le 30 septembre 2022 ; que le gestionnaire de l'hébergement pour demandeurs d'asile les a informés par courriers des 5 octobre et 3 novembre 2022 de la fin de sa prise en charge et par un courrier du 20 janvier 2023, ils ont été mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, Mme D et M. C, représentés par Me Rodrigues-Devesas, concluent au rejet de la requête, à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et à ce que soit mis à la charge de l'Etat la somme de la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil au titre des articles L.761-1 du Code de Justice Administrative et 37 de la Loi du 10 juillet 1991 et, à titre subsidiaire, à ce qu'un délai de neuf mois leur soit accordé pour quitter les lieux.
Ils soutiennent que :
- le préfet n'établit pas la situation d'urgence qu'il allègue ;
- il n'est pas démontré que le préfet leur aurait adressé une mise en demeure de quitter les lieux ;
- ils présentent une particulière vulnérabilité compte tenu, d'une part, de la présence d'un enfant mineur, et d'autre part, de l'état de santé de Mme D, traitée pour un cancer du sein et qui doit subir une opération ; leurs enfants sont très impliqués dans le suivi de leurs études ;
- à titre subsidiaire un délai doit leur être accordé pour trouver un relogement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Degommier, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Degommier, juge des référés, été entendu au cours de l'audience publique du 24 octobre 2023 à 14h.
Le préfet de la Sarthe, Mme D et M. C n'étaient ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. En premier lieu, Mme D et son fils, M. C, ressortissants géorgiens nés respectivement le 5 juillet 1966 et le 5 juillet 2002, sont entrés en France en octobre 2021 ; Mme D a sollicité l'asile. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 2 rue de l'Artois, appartement 3120, 72100 Le Mans (Sarthe), et géré par l'association Tarmac. La demande d'asile de Mme D a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile, par ordonnance du 20 septembre 2022, notifiée à l'intéressée le 30 septembre suivant. La demande d'asile de M. C a été également rejetée. Mme D a été avisée, par un courrier du 5 octobre 2022 qu'il serait mis fin à sa prise en charge à la date du 30 octobre 2022. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée à l'intéressée par le préfet le 20 janvier 2023, mise en demeure notifiée le 25 janvier suivant, ainsi que l'établit l'avis de réception produit. Mme D se maintient ainsi, avec ses deux enfants, dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
5. En second lieu, ainsi que le soutient le préfet sans être sérieusement contesté, au 31 mai 2023, 125 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Sarthe, pour un total de 1160 places en lieux d'accueil. Si Mme D invoque des problèmes de santé, les documents qu'elle produit montrent que sa tumeur au sein a été traitée, que son état nécessite seulement un suivi clinique deux fois par an et une mammographie par an et que l'opération prévue le 7 décembre 2023 pour des problèmes vasculaires doit se réaliser en ambulatoire. Son fils aîné est majeur, tandis que son deuxième, né en novembre 2005, est scolarisé en CAP de métallier, formation dont l'expulsion demandée n'empêche pas la continuité. La libération des lieux par Mme D définitivement déboutée de l'asile, présente ainsi, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme D de quitter avec ses deux enfants, sans délai, le lieu d'hébergement qu'elle occupe et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressée, d'autoriser le préfet de la Sarthe à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à ses frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocate de Mme D et M. C la somme qu'ils réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à Mme D et à tous les occupants de son chef, de libérer, sans délai, le logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 2 rue de l'Artois, appartement 3120, 72100 Le Mans (Sarthe) et géré par l'association Tarmac.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme D et des occupants de son chef, le préfet de la Sarthe pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme E D et M. B C et à Me Rodrigues Devesas.
Copie en sera en outre adressée au préfet de la Sarthe.
Fait à Nantes, le 30 octobre 2023.
Le juge des référés,
S. Degommier
La greffière,
M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026