lundi 30 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2314640 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BEARNAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 octobre 2023, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. D C et Mme E A B et tous les occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 4 allée Marie-Olympe de Gouges à Fontenay-le-Comte, et géré par l'association ressources pour l'accompagnement médicosocial et social (AREAMS) en Vendée ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent en application des dispositions de l'article L. 552- 15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que les intéressés se maintiennent dans le logement alors qu'ils n'ont pas respecté les conditions matérielles d'accueil en ne se présentant pas à l'aéroport le 29 mars 2023 en vue d'exécuter l'arrêté du 5 septembre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a déclaré l'Espagne responsable de l'examen de leur demande d'asile, et, de ce fait, se sont vu notifier la fin du bénéfice des conditions matérielles d'accueil par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) par une décision du 2 mai 2023 ; par un courrier du 4 juillet 2023 , il les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien des intéressés dans un logement pour demandeurs d'asile compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2023, 76 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département ;
- il n'existe pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure demandée dès lors que la situation des intéressés ne présente pas un caractère exceptionnel qui pourrait justifier leur maintien dans le lieu d'hébergement qu'ils occupent, alors qu'ils pourront bénéficier après leur libération des lieux d'un logement d'urgence mis à leur disposition par le service intégré de l'accueil et de l'orientation (SIAO), comme ils en ont été informés.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2023, M. C et Mme A B, représentés par Me Béarnais, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que leur soit laissé un délai de six mois pour libérer le logement, et, en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de l'État le versement à leur conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils font valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la saturation du dispositif hébergement des demandeurs d'asile invoquée n'est pas établie et qu'en tout état de cause, elle ne permettrait pas d'établir une urgence spéciale, s'agissant d'un dispositif national ; ils restent des demandeurs d'asile ; leurs démarches auprès du Samu social pour obtenir un autre hébergement n'ont pas abouti ; l'intérêt supérieur de leurs enfants mineurs commande la poursuite de leur scolarité et leur maintien en France ; Mme A B, qui souffre de diabète de type II, est particulièrement vulnérable ;
- la mesure demandée n'est pas utile dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à leur situation de vulnérabilité, à l'intérêt supérieur de leurs enfants mineurs et de leurs enfants majeurs consacré par le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, à leur droit à la dignité et à une vie privée et familiale consacré par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que la qualification de fuite fait l'objet d'un recours toujours pendant devant ce tribunal, dans la mesure où il revenait aux services préfectoraux de les préacheminer jusqu'à l'aéroport, la fuite n'est pas caractérisée ;
- à titre subsidiaire, un délai de 6 mois devra leur être accordé, compte tenu de l'affection dont souffre Mme A B, de la scolarisation de leurs deux enfants mineurs, de la présence de leurs deux enfants majeurs dans le logement et de leur impossibilité de se reloger dans des conditions normales.
Par une décision du 24 octobre 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Milin, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 24 octobre 2023 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Milin, juge des référés,
- et les observations de Me Béarnais, avocate des requérants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été enregistrée pour le préfet de la Vendée le 24 octobre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. D C et Mme E A B et tous les occupants de leur chef, du logement situé 4 allée Marie-Olympe de Gouges à Fontenay-le-Comte qu'ils occupent.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. C et Mme A B, ressortissants mauritaniens nés respectivement en 1969 et 1971, sont hébergés avec deux de leurs enfants, nés en 2005 et 2011, dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 4, allée Marie-Olympe de Gouges à Fontenay-le-Comte et géré par l'association AREAMS. Par des arrêtés du 5 septembre 2022, contre lesquels ils ont formé en vain des recours, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de leur transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de leur demande d'asile. Les intéressés ne s'étant pas présentés à la convocation du 29 mars 2023 en vue d'exécuter cet arrêté, ils ont été informés de la fin de leur prise en charge au titre des conditions matérielles d'accueil par un courrier de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 mai 2023. Si M. C et Mme A B se prévalent de leur recours formé contre la décision du préfet de Maine-et-Loire de les déclarer en fuite et de la décision du préfet de la Loire-Atlantique de ne pas enregistrer leur demande d'asile en procédure normale compte tenu de cette déclaration, leur requête aux fins de suspension des effets de ces deux décisions a été rejetée par une ordonnance n°2306951 du juge des référés de ce tribunal. Une mise en demeure de quitter le logement, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet de la Vendée le 4 juillet 2023. M. C et Mme A B se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leur demande d'asile ne relève pas de la compétence de l'Etat français. Il résulte également des termes des dispositions précitées et de ce qu'il précède que pour un demandeur d'asile qui n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités, le fait de se maintenir dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors qu'il ne bénéficie plus des conditions matérielles d'accueil et qu'il a été mis fin à son hébergement doit être regardé comme caractérisant un manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. En outre, la présence de deux enfants mineurs scolarisés au sein de la cellule ne révèle pas l'existence d'une contestation sérieuse, tirée d'une méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la mesure sollicitée ne faisant pas obstacle à la poursuite de cette scolarité. Enfin, et en tout état de cause, il n'est pas établi par les pièces du dossier que les deux enfants majeurs de M. C et Mme A B, demandeurs d'asile en procédure normale, seraient toujours hébergés dans le logement en cause, de sorte que la mesure demandée n'est pas susceptible de faire l'objet d'une contestation sérieuse tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par M. C et Mme A B, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, qui est suffisamment établie par les pièces versées à l'instance par le préfet de la Vendée, un caractère d'urgence et d'utilité, que la présence de deux enfants scolarisés au sein de la cellule familiale ne saurait suffire à remettre en cause.
7. En dernier lieu, si M. C et Mme A B demandent qu'un délai de six mois leur soit accordé pour libérer le logement, en raison de leur situation familiale, du suivi médical de la pathologie dont se trouve atteinte Mme A B, et de l'impossibilité d'être relogés, il résulte de l'instruction que le SIAO a, le 20 septembre 2023, proposé aux intéressés de contacter le Samu social afin que leur soit réservé durant deux semaines un hébergement d'urgence et le préfet de la Vendée soutient que M. C et Mme A B n'ont pas donné suite à cette proposition, les intéressés ne justifiant pas de leurs démarches auprès du Samu social. Toutefois, la circonstance que Mme A B soit atteinte d'une pathologie nécessitant quotidiennement les soins d'un infirmier justifie que soit accordé à M. C et Mme A B, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, afin que cette dernière réorganise sa prise en charge médicale. En l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui s'y trouveraient.
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocate de M. C et Mme A B la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. C et Mme A B de libérer, dans un délai de huit jours, à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 4, allée Marie-Olympe de Gouges à Fontenay-le-Comte et géré par l'association AREAMS.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. C et Mme A B, le préfet de la Vendée pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. C et Mme A B présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. D C et Mme E A B et à Me Bearnais.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le.30 octobre 2023
La juge des référés,
C. MILIN
La greffière,
M.-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026