lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2315417 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | REYNIER AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2023, M. E B, Mme A I et M. F H, ayants-droits J D I, représentés par Me Reynier, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner une expertise médicale judiciaire en vue de déterminer les responsabilités et les préjudices subis à la suite du décès J D I survenu le 15 septembre 2023 au centre hospitalier universitaire d'Angers ;
2°) de dire que l'expert communiquera aux parties un pré-rapport ;
3°) de réserver les dépens ;
4°) de dire l'ordonnance à intervenir opposable et commune à l'Office national des accidents médicaux et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique et de la mutuelle Willis Tower Watson.
Ils soutiennent que :
-Mme D I a subi, le 13 septembre 2013, la réalisation d'une biopsie chirurgicale aux fins de diagnostic en raison de céphalées persistantes durant chaque hiver ;
-lors de l'intervention, elle a subi des microbiopsies avant qu'un saignement important ne se produise au décours de l'une d'elles ;
-après arrêt de l'intervention et face à un réveil inadapté, elle a bénéficié d'un scanner du service des urgences ;
-deux heures après l'intervention, à 12 heures 42, une première tomodensimétrie cérébrale a mis en évidence un hématome parenchymateux droit compliqué d'une hémorragie tétraventriculaire, une hémorragie sous-arachnoïdienne, et une interruption du toit du sinus sphénoïdal étendue sur 8 mm ;
-après avis neurochirurgical, il a été décidé de la pose d'un capteur de pression intracrânienne et la pose d'une dérivation ventriculaire externe ; ces dispositifs ont été mis en place à 16 heures sans neuro-navigation ;
-deux tomodensimétries ont été ensuite réalisées montrant une stabilité des lésions et des saignements ;
-le lendemain, l'hypertension est réapparue entraînant une majoration des plages d'ischémies ;
-l'état de santé J I a continué à se dégrader conduisant à un état de mort clinique et à son décès dans la soirée du 15 septembre 2023 ;
-au cours de l'intervention chirurgicale, une ouverture trop antérieure du sphénoïde au niveau du jugum sphénoïdal a été pratiquée par erreur ;
-il n'a pas été procédé à une imagerie de contrôle directement après l'intervention ;
-l'expertise médicale judiciaire présente un caractère utile.
Par un mémoire, enregistré le 17 octobre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique, au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de Maine-et Loire, ne s'oppose pas à la demande d'expertise et demande au juge des référés que l'expert désigné lui transmette son rapport afin de formuler ses dires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2023, le centre hospitalier universitaire d'Angers, représenté par Me Meunier, demande au juge des référés :
1°) de lui décerner acte de ses protestations et réserves d'usage quant à la mesure expertale ;
2°) de compléter la mission d'expertise selon ses observations, et notamment la production par l'organisme social du relevé détaillé de ses débours avant toute opération expertale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM), représenté par Me Saidji, demande au juge des référés de :
1°) prendre acte de ses protestations et réserves d'usage sur la demande d'expertise quant au bien-fondé de sa mise en cause au regard des dispositions de l'article L. 1142-1 et L. 1142-1-1 du code de la santé publique ;
2°) compléter la mission de l'expert suivant ses écritures ;
3°) dire que l'expert rédigera un pré-rapport qui sera transmis aux parties ;
4°) statuer ce que de droit sur les dépens.
La requête et les mémoires ont été communiqués à la mutuelle Willis Tower Watson.
Vu les pièces jointes à la requête.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nantes a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente du tribunal administratif de Nantes, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1.Mme D I, née le 16 janvier 1970, a subi, au centre hospitalier universitaire d'Angers (Maine-et-Loire), le 13 septembre 2013 la réalisation d'une biopsie chirurgicale aux fins de diagnostic en raison de céphalées persistantes durant chaque hiver. Lors de l'intervention, elle a subi des microbiopsies avant qu'un saignement important ne se produise au décours de l'une d'elles. Après arrêt de l'intervention et face à un réveil inadapté, elle a bénéficié d'un scanner du service des urgences. Deux heures après l'intervention, à 12 heures 42, une première tomodensimétrie cérébrale a mis en évidence un hématome parenchymateux droit compliqué d'une hémorragie tétraventriculaire, une hémorragie sous-arachnoïdienne et une interruption du toit du sinus sphénoïdal étendue sur 8mm. Après avis neurochirurgical, il a été décidé de la pose d'un capteur de pression intracrânienne et la pose d'une dérivation ventriculaire externe, et ces dispositifs ont été mis en place à 16 heures. Deux tomodensimétries ont été ensuite réalisées montrant une stabilité des lésions et des saignements. Le lendemain, l'hypertension est réapparue entraînant une majoration des plages d'ischémies. L'état de santé J I a continué à se dégrader conduisant à un état de mort clinique puis à son décès dans la soirée du 15 septembre 2023. M. E B, époux J I, Mme A I et M. F H, ses enfants, ayants-droits J Mme D I, demandent, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, la désignation d'un expert médical à l'effet de déterminer si la prise en charge médicale J D I au centre hospitalier universitaire d'Angers, lors de l'intervention chirurgicale du 13 septembre 2023 et ses suites, a été conforme aux pratiques médicales, aux règles de l'art médical et aux données acquises de la science médicale, ainsi que d'évaluer les préjudices subis.
Sur la demande d'expertise médicale judiciaire :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ".
3. En l'état de l'instruction, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par M. E B, Mme A I et M. F H, ayants-droits J D I, revêt un caractère utile et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. La mission d'expertise médicale judiciaire sera effectuée au contradictoire de M. E B, Mme A I et M. F H, ayants-droits J D I, du centre hospitalier universitaire d'Angers, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes, de la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique, et de la mutuelle Willis Tower Watson, chaque partie pouvant désigner un médecin conseil pour assister aux opérations d'expertise.
Sur la demande du centre hospitalier universitaire d'Angers tendant à la production du relevé des débours de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique :
5. La production du relevé des débours de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique n'apparaît pas utile à la réalisation de l'expertise ordonnée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier universitaire d'Angers tendant à ce que le juge des référés demande à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique de produire ce relevé.
Sur les conclusions de M. E B, Mme A I et M. F H et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes tendant à l'établissement par l'expert d'un projet de rapport :
6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un projet de rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions de M. E B, Mme A I et M. F H et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes tendant à ce que le juge des référés demande à l'expert de dresser un pré-rapport et de l'adresser à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
7. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions présentées par M. E B, Mme A I et M. F H tendant à réserver les dépens et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes tendant à statuer ce que de droit sur les dépens, ne peuvent être accueillies.
O R D O N N E :
Article 1er : M. le docteur G C, médecin spécialisé inscrit au tableau 2024 des experts agréés auprès de la cour administrative de Nantes à la rubrique " F.3.12 - Chirurgie ORL et chirurgie du cou ", domicilié 6 boulevard de la Boutière à Saint Grégoire (35768 cedex), est désigné en qualité d'expert.
Il aura pour mission de :
1°Se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé J D I et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressée au cours de sa prise en charge au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers, et prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant à son état de santé ;
2°Procéder à l'examen sur pièces de l'état de santé J D I et rappeler son état de santé antérieur ;
3°Décrire les conditions dans lesquelles Mme D I a été admise et soignée, au cours de sa prise en charge au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers à partir du 13 septembre 2023, lors de son hospitalisation dans cet établissement hospitalier ;
4°Préciser les examens, les soins prodigués, les traitements prescrits, et les complications survenues qui ont conduit à la dégradation de son état de santé puis à son décès, et donner toutes explications utiles sur les causes du décès J D I ; préciser les motifs et les circonstances qui ont conduit à l'acte de diagnostic, de prévention ou de soins mis en cause ;
5° Dire si les soins et actes médicaux au cours de la prise en charge de la patiente au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers, à partir du 30 juin 2023, ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;
6° Réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans la prise en charge du patient au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers, en précisant si cette prise en charge présentait des difficultés particulières ou dans l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service de l'établissement hospitalier ;
7° Se prononcer sur l'origine des complications présentées par Mme D I en distinguant le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge hospitalière au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers et indiquer la part imputable à chacune d'entre elles ;
8° Indiquer si l'état de santé de la patiente a pu favoriser ou contribuer à la survenue de la ou des complications et/ou à la gravité des conséquences dommageables ;
9° Dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient au regard de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; dans l'affirmative, indiquer la fréquence d'un tel accident en général et la fréquence attendue chez le patient ; déterminer les conséquences probables de la pathologie présentée en l'absence de traitement ; déterminer si ces conséquences anormales sont imputables en totalité ou partiellement au centre hospitalier universitaire d'Angers ;
10° Fournir tous renseignements et conclusions de nature à permettre ensuite de déterminer si le décès J D I résulte d'un accident médical fautif ou d'un l'aléa thérapeutique ;
11° Indiquer si le(s) manquement(s) éventuellement constaté(s) a (ont) fait perdre à Mme D I une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;
12° Dire si l'état de santé J D I était susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité ;
13° Déterminer, en cas de manquement aux règles de la science médicale et soins appropriés à l'état de la patiente, les préjudices strictement imputables à ce ou ces manquements en les distinguant des conséquences normalement prévisibles de la pathologie initiale à l'exclusion de tout état antérieur et de toutes autres causes étrangères.
Article 2 : L'expert, pour l'accomplissement de sa mission, pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à Mme D I.
Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.
Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-4 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport d'expertise avant le 30 avril 2025, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties.
Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E B, Mme A I et M. F H, au centre hospitalier universitaire d'Angers, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique, à la mutuelle Willis Tower Watson et à M. C, expert.
Fait à Nantes, le 14 octobre 2024.
La juge des référés,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2315417
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026