mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2315554 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | CHAUMETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 octobre 2023, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme B C de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe situé au 10 rue Georges Pompidou, résidence le Cadre Noir, appartement 22, à la Roche-sur-Yon (Vendée), et géré par l'association VISTA ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien non-autorisé de Mme C dans le logement fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile et compromet le fonctionnement normal du service public alors qu'au 31 août 2023, 78 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Vendée ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors qu'elle s'est vue reconnaître le statut de réfugié et ne peut plus prétendre au bénéfice de l'hébergement dédiée aux demandeurs d'asile après une période maximale de six mois à compter de la reconnaissance de son statut, soit en l'espèce au-delà du 8 août 2022 ; elle s'est, toutefois, maintenue dans les lieux au-delà de cette date et sa présence indue dure désormais depuis 14 mois ; de plus, elle a refusé une proposition d'hébergement qui correspondait à la typologie de sa famille, sans justification ; elle doit ainsi être regardée comme ayant commis des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 8 et 10 novembre 2023, Mme C, représentée par Me Chaumette, conclut :
1°) à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, au rejet de la requête ;
3°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Vendée de lui trouver un hébergement pérenne avant toute expulsion ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, à ce qu'il lui soit accordé un délai de quatre mois pour quitter le centre d'accueil pour demandeur d'asile ;
5°) en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle fait valoir que :
- l'expulsion sollicitée se heurte à une contestation sérieuse : d'une part, la procédure d'expulsion fondée sur les dispositions des articles L. 552-15 et L. 521-3 du code de justice administrative n'est applicable aux personnes reconnues réfugiées qu'en cas de manquements graves au règlement du lieu d'hébergement ou en cas de comportement violent. ; il ne saurait lui être reproché d'avoir commis plusieurs manquements graves alors qu'elle n'a refusé qu'une seule proposition d'hébergement en raison de ses problèmes de santé, dont elle a justifié auprès du préfet ; d'autre part, la mesure porte une atteinte disproportionnée à sa situation et à celle de son enfant mineur A D, âgée de 3 ans et scolarisée, aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; ;
- l'urgence n'est pas caractérisée au regard des seuls éléments invoqués par le préfet et compte tenu des circonstances exceptionnelles révélées par sa situation ;
- l'utilité de la mesure demandée n'est pas démontrée dès lors que le droit à l'hébergement d'urgence constitue une liberté fondamentale au titre de laquelle elle et sa fille devront être prises en charge par le préfet, si l'expulsion est ordonnée, compte tenu de leur particulière vulnérabilité ; le préfet est donc mal fondé à indiquer que la mesure d'expulsion sollicitée est utile pour libérer des places d'hébergement pour les demandeurs d'asile, alors même qu'il doit continuer à la prendre en charge dans le cadre de l'hébergement d'urgence
Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 8 novembre 2023 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,
- et les observations de Me Chaumette, représentant Mme C, en sa présence, qui reprend ses écritures à la barre et insiste sur le fait que l'intéressée n'a refusé qu'une proposition d'hébergement car le logement en cause comportait un étage ce qui est incompatible avec son état de santé.
La clôture de l'instruction a été reportée au 10 novembre 2023 à 12h00.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme B C du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, avec son enfant, situé au 10 rue Georges Pompidou, résidence le Cadre Noir, appartement 22, à la Roche-sur-Yon, et géré par l'association VISTA.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Mme B C ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la requête :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. En premier lieu, Mme C, ressortissante érythréenne née le 1er février 1988, est hébergée dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 10 rue Georges Pompidou à La Roche-sur-Yon (Vendée), géré par l'association VISTA. Elle s'est vue reconnaître le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 février 2022. Le 22 mars 2023, une place en intermédiation locale (IML) correspondant à la typologie de sa situation familiale lui a été proposée. Elle a refusé cette proposition en raison de l'absence de machine à laver et de la présence d'un étage à l'intérieur du logement. Si Mme C invoque qu'à la date à laquelle cette proposition de logement lui a été faite, la configuration de l'appartement dont une chambre et les installations sanitaires sont situées à l'étage, était incompatible avec son état de santé, celle-ci ne produit, toutefois, aucun élément en attestant. De plus, il résulte du courrier adressé par l'association VISTA à l'intéressée, le 21 avril 2023, que le certificat médical du 14 avril 2023 produit par celle-ci ne mentionne pas " de contre-indication absolue à intégrer un logement avec étage ". De surcroît, le certificat médical du 8 novembre 2023 relatif à l'état de santé de Mme C, versé à l'instance, s'il relate des douleurs abdominales et deux fausses couches récentes (en février 2022 et mars 2023) ne fait pas davantage état d'une incapacité à monter régulièrement un étage, ni n'évoque un tel antécédent. Ainsi, Mme C doit être regardée comme ayant manqué aux obligations auxquelles elle a souscrit et rappelées dans l'avenant à son contrat de séjour du 24 février 2022. Par suite, et alors que les atteintes portées aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, insuffisamment étayées, ne sauraient caractériser une contestation sérieuse, au sens des dispositions de l'article L. 521-3 d code de justice administrative, et qu'une mise en demeure de quitter le logement en cause, dans un délai de quinze jours, a été adressée à Mme C par le préfet de la Vendée le 21 juillet 2023, notifiée le 1er août suivant., l'intéressée doit être regardée comme se maintenant indûment dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
7. En second lieu, la libération des lieux par Mme C, qui s'est vue reconnaître le statut de réfugié, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. Le fait hypothétique que sa situation soit susceptible, en cas d'expulsion, de relever de l'obligation qui incombe au préfet de mettre à l'abri les personnes en état de détresse, au titre de l'hébergement d'urgence, n'est pas de nature à dénuer la mesure sollicité d'urgence, ni d'utilité. De même, les circonstances invoquées par Mme C et qualifiées par celle-ci d'exceptionnelles, ne sauraient dénuer la présente demande de caractère urgent.
8. Toutefois, dès lors que Mme C, qui justifie de difficultés de santé, est hébergée avec sa fille, âgée de trois ans et scolarisée, et alors même que l'intéressée se maintient indûment dans le logement en cause depuis plusieurs mois, il y a lieu de lui accorder, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe indûment, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme C, les biens meubles qui s'y trouveraient. En outre, et alors, que, comme il a été dit, Mme C s'est vu proposer un logement, qui n'était pas incompatible avec son état de santé, il n'y a pas lieu de conditionner l'expulsion de l'intéressée à l'identification par le préfet de la Vendée d'une solution d'hébergement pérenne.
Sur les frais d'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de Mme C présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme C tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à Mme C de libérer, dans un délai de 2 mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 10 rue Georges Pompidou, résidence le Cadre Noir, appartement 22, à la Roche-sur-Yon (Vendée), et géré par l'association VISTA.
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de Mme C dans le délai imparti, le préfet de la Vendée, à l'issue du délai fixé à l'article 2, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Les conclusions de Mme B C tendant à ce qu'il lui soit proposé une solution d'hébergement pérenne avant son expulsion et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et outre-mer, à Mme B C, et à Me Chaumette.
Copie sera en outre adressée au le préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 28 novembre 2023.
La juge des référés,
O. ROBERT-NUTTE
Le greffier,
J-F. MERCERONLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026