vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2316412 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | PRELAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 27 novembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme A C, de libérer dans un délai de quinze jours le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe avec ses enfants, situé 198 chemin de Grenelle à Saumur (Maine-et-Loire) et géré par France Terre d'Asile ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.
Il soutient dans le dernier état de ses écritures que :
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de Mme C, déboutée de l'asile, dans un logement pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 27 novembre 2023, 382 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de Maine-et-Loire ;
- la mesure ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que Mme C se maintient dans le logement alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 décembre 2022, notifiée le 12 janvier suivant ; l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informée par un courrier du 16 juin 2022 de la fin de sa prise en charge et, par un courrier du 22 juin 2023 notifié le 10 juillet suivant, il l'a mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ; les dispositions de l'article L. 613-1 du code de la construction et de l'habitat et celles des articles L. 412-3 et suivants du code des procédures civiles d'exécution relatives à la " trêve hivernale " ne sont pas applicables, alors, en tout état de cause, qu'elle a refusé le dispositif hôtelier ; l'administration ne peut être responsable d'une absence de solution de relogement. En outre, les vérifications effectuées auprès de la CAF ont permis de démontrer que l'intéressée était connue en 2022 comme allocataire en Loire-Atlantique, puisque résidant avec le dénommé M. B D.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Prélaud, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il lui soit laissé un délai de six mois pour libérer le logement et, en tout état de cause à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros HT sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : si le préfet allègue que ses chiffres auraient été arrêtés au 31 juillet 2023, il ne produit aucun élément de preuve. Au surplus, quand bien même il produirait en cours d'instance un relevé des places disponibles dans le département, il conviendrait qu'un tel document soit daté de ce jour et non pas arrêté au 31 juillet 2023. En tout état de cause, le dispositif national n'est pas saturé ;
- la mesure sollicitée fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'elle a introduit une demande d'admission au séjour qui est en cours d'instruction. Cette demande se fonde tout à la fois sur son temps de présence et sur la scolarisation de ses enfants. Il n'est aucunement établi ni même allégué qu'elle est présentée dans le seul objectif de faire obstacle à une procédure d'éloignement. D'ailleurs, force est de constater que la préfecture entend instruire cette demande puisqu'elle sollicite des pièces complémentaires ;
- la mesure demandée n'est pas utile dès lors qu'elle a vocation à mettre à la rue des enfants mineurs extrêmement vulnérables. Or ces enfants bénéficient actuellement d'un cadre de vie stable qui leur permet de nouer des relations sociales et de suivre une scolarité. Une telle mesure dont il n'est pas démontré, eu égard aux circonstances très particulières de l'espèce, qu'elle serait strictement utile, est contraire à l'intérêt de ses enfants mineurs ;
Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 28 novembre 2023 à 09h30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de la représentante du préfet de Maine-et-Loire ;
- et les observations de Me Prélaud, avocate de Mme A C, en sa présence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme C du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé 198 chemin de Grenelle à Saumur.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, Mme C, ressortissante originaire du Burundi née le 16 novembre 1984, déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français en 2016. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 20 décembre 2022. Elle a été informée de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 16 juin 2022, notifié le 21 juin suivant. Avec ses deux fils respectivement nés les 21 avril 2017 et 14 mars 2019, elle est hébergée depuis 2019 dans un logement dédié aux demandeurs d'asile géré par France Terre d'Asile, situé 198 chemin de Grenelle à Saumur. Il est constant qu'une mise en demeure de quitter ce lieu dans un délai de quinze jours a été adressée à l'intéressée par le préfet de Maine-et-Loire le 22 juin 2023. Mme C se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. Alors qu'il résulte en outre de l'instruction que les pères respectifs des deux enfants, dont la situation vis à vis de la requérante n'est pas clairement explicitée, vivent, l'un à Nantes, l'autre à Besançon, la mesure sollicitée ne se heurte dans ces conditions à aucune contestation sérieuse, sans qu'y fasse par ailleurs obstacle la circonstance que Mme C a présenté une demande d'admission au séjour.
6. En second lieu, la libération des lieux par Mme C, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, laquelle est justifiée par les données chiffrées actualisées fournies par le préfet, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. Toutefois, la famille de l'intéressée étant composée de deux enfants âgés de 6 et 4 ans, ces circonstances justifient que soit accordé à Mme C, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe indûment, un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de Maine-et-Loire à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de l'intéressée, les biens meubles qui s'y trouveraient.
Sur les conclusions présentées au titre des frais d'instance :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de Mme C présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à Mme A C de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe avec ses enfants, situé 198 chemin de Grenelle à Saumur (Maine-et-Loire) et géré par France Terre d'Asile.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme A C dans le délai imparti à l'article 1er, le préfet de Maine-et-Loire pourra à son issue faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de Mme C présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme A C, et à Me Prélaud.
Copie sera en outre adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Fait à Nantes, le 1er décembre 2023.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
G. PEIGNELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026