mercredi 13 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2316800 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 novembre et 4 décembre 2023, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. A B, Mme C B ainsi que de tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé au 1 rue Guinefolle à Fontenay-le-Comte (Vendée), et géré par l'association AREAMS ;
2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. et Mme B se maintiennent dans le logement alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 15 juillet 2022, notifiées le 17 août suivant ; la Cour nationale du droit d'asile a confirmé la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 5 juin 2023, notifiée le 15 juin suivant ; l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les a informés par un courrier du 6 juin 2023 notifié le 23 juin suivant de la fin de leur prise en charge à compter du 31 juillet 2023 et, par un courrier du 30 août 2023 notifié le 11 septembre suivant, le préfet les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ; la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à la poursuite de la scolarité de leurs enfants ; les intéressés n'établissent pas avoir mené des démarches actives pour trouver des solutions de relogement et ont bénéficié d'une mise en demeure préalable notifiée le 11 septembre 2023 ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de M. et Mme B, déboutés de l'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 24 novembre 2023, 89 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Vendée alors que les services de l'Etat ont été diligents pour lancer les procédure d'expulsion à compter du 31 juillet 2023, date à laquelle les intéressés se sont maintenus dans leur logement malgré la date de sortie notifiée par l'OFII ; les intéressés ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle, alors qu'ils pourront bénéficier, à leur sortie, d'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de quinze jours ; la mesure sollicitée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, notamment au regard de la scolarisation des enfants dès lors que la famille est déboutée du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, M. et Mme B, représentés par Me Rodrigues Devesas concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai de neuf mois pour libérer le logement ; en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils font valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que, si le préfet fonde sa demande sur la saturation des dispositifs des centres d'accueil pour demandeurs d'asile et des hébergements d'urgence pour demandeurs d'asile, ses arguments ne sont pas suffisamment précis et argumentés ; l'administration a fait preuve d'un manque de diligence, ne saisissant le juge des référés que six mois après le rejet de leurs demandes d'asile ;
- la demande fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que le préfet n'établit pas les avoir mis en demeure de quitter le logement ;
- la mesure demandée n'est pas utile dès lors qu'ils doivent bénéficier à la suite de leur expulsion d'un hébergement d'urgence, notamment dans la mesure où ils sont parents de cinq enfants mineurs dont un nourrisson ; le préfet ne leur propose aucune solution alternative alors qu'ils seront contraints de vivre dans la rue en plein mois de décembre.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Echasserieau, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 décembre 2023 à 9 heures 30.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A B et Mme C B de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, avec leurs cinq enfants, situé au 1 rue Guinefolle à Fontenay-le-Comte (Vendée), et géré par l'association AREAMS.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la requête :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. En premier lieu, M. B, ressortissant bangladais et Mme B ressortissante sud-africaine nés les 2 juillet 1979 et 3 janvier 1994, sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 1 rue Guinefolle, à Fontenay-le-Comte (Vendée), géré par l'association AREAMS. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 5 juin 2023, notifiée aux intéressés le 15 juin suivant. Ils ont été informé de la fin de leur prise en charge au 31 juillet 2023 par un courrier de l'OFII en date du 6 juin 2023. Contrairement à ce qu'ils soutiennent une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet de la Vendée le 30 août 2023 notifié le 11 septembre suivant. M. et Mme B se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
7. En second lieu, la libération des lieux par M. et Mme B, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif dont le préfet de la Vendée justifie, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
8. Toutefois, il résulte de l'instruction que le foyer de M. et Mme B est composé de cinq très jeunes enfants âgés de 7 mois, 4, 6, 8 et 10 ans, scolarisés pour ceux en âge de l'être. Par ailleurs, ils ne disposent d'aucune solution de relogement, excepté celle en hébergement d'urgence d'une durée de quinze jours à laquelle le préfet s'est engagé. Eu égard à ces circonstances particulières, il y a lieu de leur accorder, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. et Mme B, les biens meubles qui s'y trouveraient.
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. et Mme B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N NE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. et Mme B tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à M. et Mme B de libérer dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 1 rue Guinefolle à Fontenay-le-Comte (Vendée), et géré par l'association AREAMS.
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. et Mme B dans le délai imparti, le préfet de la Vendée, à l'issue du délai fixé à l'article 2, pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Les conclusions de M. et Mme B présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. A B, à Mme C B et à Me Rodrigues Devesas.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 13 décembre 2023.
Le juge des référés,
B. ECHASSERIEAU
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026