mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2317250 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | ROULLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 novembre et 11 décembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. D C, Mme A B et à tous occupants de leur chef, de libérer, dans un délai de quinze jours, le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé au 76 B rue Marceau, appartement 2, à Saumur (49), et géré par l'association France Horizon ;
2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion, au besoin avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C et Mme B, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de M. C et Mme B, définitivement déboutés de l'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 juillet 2023, 294 demandeurs d'asile et leurs familles étaient en attente d'un hébergement dans le département, nombre porté à 382 au 27 novembre 2023 ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour de M. C et de Mme B limitait la durée de l'hébergement à celle de l'instruction de leurs demandes d'asile, qui ont été rejetées par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 27 mai 2022 ; le tribunal a confirmé la légalité des arrêtés portant obligation de quitter le territoire français dont ils ont fait l'objet ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les a informés par un courrier du 23 février 2023, remis le jour suivant, de la fin de leur prise en charge, à compter du 31 décembre 2022, et, par un courrier du 26 mai 2023 notifié le 5 juin suivant, le préfet les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ; la mesure sollicitée n'a pas pour effet de séparer la famille des intéressés, ni ne fait obstacle à la poursuite de la scolarisation de leurs enfants ; aucune demande de titre de séjour pour raisons de santé ou en qualité d'accompagnant d'enfant malade n'a été formée par Mme B et M. C ; comme le prévoit le contrat de séjour, le droit au maintien en centre d'accueil pour demandeurs d'asile cesse au terme du mois au cours duquel le juge administratif a notifié sa décision portant rejet du recours exercé contre les décisions portant obligation de quitter le territoire ; en conséquence, les intéressés auraient dû libérer leur logement depuis le 31 décembre 2022 ; ils ont ainsi déjà bénéficié d'un délai conséquent supplémentaire ; la circonstance que M. C et Mme B préparent une demande de réexamen auprès de la CNDA ne justifie pas le maintien de leur famille dans leur logement ;
- les procédures de sursis à exécution des décisions d'expulsion pendant la période dite de " trêve hivernale " régie par les articles L. 613-1 du code de la construction et de l'habitat et L. 412-3 et suivant du code des procédures civiles d'exécution ne sont pas applicables ; M. C et Mme B ne se sont pas présentés à la convocation d'intégration du centre de préparation au retour volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, M. D C et Mme A B, représentés par Me Roulleau, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai de 4 mois pour libérer le logement et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les entiers dépens.
Ils font valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que d'une part, Mme B et sa fille justifient de la nécessité d'accéder aux soins en France et, d'autre part, leurs trois enfants sont scolarisés et intégrés à la société française ; au regard de ces éléments de particulière vulnérabilité et d'intégration, la mesure sollicitée est humainement inapplicable ;
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'ils préparent une nouvelle demande de réexamen de leurs demandes d'asile ; leur situation de vulnérabilité et leur intégration en France où ils séjournent depuis plus de deux années et où leurs trois enfants sont scolarisés constituent également une contestation sérieuse ; ces circonstances justifient, à tout le moins, l'octroi d'un délai de 4 mois pour libérer les lieux.
M. D C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 décembre 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir été entendu au cours de l'audience publique du 12 décembre 2023 à 9 h 30 :
- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,
- et les observations de la représentante du préfet de Maine-et-Loire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. D C, Mme A B et de tous occupants de leur chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé au 76 b rue Marceau, appartement 2, à Saumur (49), et géré par l'association France Horizon.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. C et Mme B, ressortissants géorgiens nés les 20 juillet 1982 et 24 janvier 1984, sont entrés régulièrement sur le territoire français le 27 octobre 2021. Ils sont hébergés, avec leurs trois enfants mineurs, dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 76 b rue Marceau, appartement 2, à Saumur (49), et géré par l'association France Horizon. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'OFPRA du 27 mai 2022, notifiées le 13 juillet suivant, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 novembre 2022 devenues définitives. Le 27 juin 2023, les intéressés ont sollicité le réexamen de leurs demandes d'asile auprès de l'OFPRA. Par des décisions d'irrecevabilité du 30 juin 2023, notifiées aux intéressés les 6 et 7 juillet 2023, le directeur général de cet office a rejeté ces demandes de réexamen. M. C et Mme B ont contesté la légalité de ces décisions d'irrecevabilité devant la CNDA, laquelle a rejeté leurs recours le 23 octobre 2023. Les intéressés ont également fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire le 1er septembre 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal, le 20 décembre 2023, puis d'une seconde mesure d'éloignement, le 13 juillet 2023. Ils ont été informés de la fin de leur prise en charge par un courrier de l'OFII en date du 23 février 2023, notifié le jour suivant. Une mise en demeure de quitter leur lieu d'hébergement, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet de Maine-et-Loire le 26 mai 2023, notifiée le 5 juin 2023. M. D C et Mme A B se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. Les circonstances invoquées par les intéressés, tenant, d'une part, aux difficultés de santé de Mme B et de l'enfant Lizi, dont ni la nature, ni la gravité ne sont établies par les documents produits, d'autre part, à d'éventuelles nouvelles demandes de réexamen présentées auprès de la CNDA, et, enfin, à la scolarisation de leurs trois enfants, ne sauraient caractériser l'existence d'une contestation sérieuse, faisant obstacle au prononcé de la mesure sollicitée. Celle-ci ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par M. C et Mme B, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. A cet égard, les circonstances invoquées par les intéressés, énoncées au point précédent, ne sauraient dénuer la présente demande de caractère urgent.
7. Toutefois, il résulte de l'instruction que le foyer des intéressés, qui ne disposent pas de solution de relogement pérenne, est composé de trois enfants, âgés de 16, 14 et 7 ans et scolarisés. Ces circonstances justifient que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de Maine-et-Loire à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. C et Mme B, les biens meubles qui s'y trouveraient.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. C et Mme B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. D C et Mme A B de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 76 b rue Marceau, appartement 2, à Saumur (49).
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. D C et de Mme A B dans le délai imparti, le préfet de Maine-et-Loire, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. C et Mme B présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. D C, Mme A B et Me Roulleau.
Copie sera en outre adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Fait à Nantes, le 9 janvier 2024.
La juge des référés,
O. ROBERT-NUTTE
Le greffier,
J-F. MERCERONLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026