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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318489

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318489

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318489
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantBENVENISTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 décembre 2023 et le 3 janvier 2024, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. E C, à Mme D B, leur enfant majeur ainsi que de tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, appartement n° 11 situé au 68 boulevard d'Austerlitz à La Roche-sur-Yon (Vendée), et géré par l'association VISTA ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;

- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. C et Mme B se maintiennent dans le logement alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 avril 2022, notifiées le 15 juin suivant ; la Cour nationale du droit d'asile a confirmé les décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 juillet 2023, notifiée le 31 août suivant ; l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les a informés par un courrier du 14 septembre 2023 notifié le même jour de la fin de leur prise en charge à compter du 30 septembre 2023 et, par un courrier du 6 octobre 2023 notifié le 14 octobre suivant, le préfet les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de M. C et Mme B, déboutés de l'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 24 novembre 2023, 89 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Vendée alors que les intéressés se sont maintenus le 6 novembre 2023 dans leur logement malgré la date de sortie notifiée par l'OFII ; les intéressés ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle, alors qu'ils pourront bénéficier, à leur sortie, d'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de quinze jours ; ils n'établissent pas avoir recherché activement une solution de relogement depuis le 30 septembre 2023 ;

- s'agissant de la situation de vulnérabilité des intéressés, il n'est pas établi que la pathologie dont souffre Mme B soit grave et en tout état de cause elle n'a pas fait demande de titre de séjour étranger malade contrairement à son mari qui s'est vu refuser la délivrance de ce titre, refus qu'il a contesté devant le tribunal administratif et dont le recours est pendant à ce jour. Toutefois, le mesure d'expulsion n'a ni pour objet de mettre fin à un suivi médical ou à un traitement médicamenteux or les intéressés ne bénéficiant d'aucun soin infirmier, ils n'ont pas besoin d'un délai. En tout état de cause, il a été jugé que les dispositions des articles L.412-3 et L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution ne sont pas applicables, en l'absence de disposition législative expresse, à la procédure d'expulsion des personnes se maintenant dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile organisée par l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, la situation scolaire de leur fils ne peut être considérée comme une contestation sérieuse de la mesure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, M. E C, Mme D B et M. A C, représentés par Me Benveniste concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à l'exécution de la mesure d'expulsion pendant un délai de six mois.

Ils font valoir que :

- la condition d'urgence et d'utilité de la mesure ne sont pas satisfaites dès lors que, si le préfet fonde sa demande sur la saturation des dispositifs des centres d'accueil pour demandeurs d'asile et des hébergements d'urgence pour demandeurs d'asile, ses arguments ne sont pas suffisamment précis et argumentés ; en outre, ces faits démontrent une réelle carence étatique dans sa mission d'hébergement des demandeurs d'asile ; la seule promesse d'un hébergement pendant quinze jours ne saurait permettre de pallier le risque que la famille se trouve sans hébergement alors qu'ils ont des problèmes de santé et que leur fils est scolarisé ;

- la demande fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que le préfet a sollicité l'expulsion le 12 décembre en début de la période hivernale ; au surplus, Mme B a été diagnostiquée en septembre 2023 comme porteuse d'une infection à Helicobacter pylori et elle a été opérée le 30 mars 2023 pour une hépatectomie droite et pour une cholécystectomie " pour prise en charge de kyste hydatique hépatique ", son mari a un suivi en raison de troubles cardiaques par un service de chirurgie cardiaque au CHU de Nantes et leur fils est scolarisé en 1ère ;

- la décision est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur vulnérabilité et de l'absence de solution d'hébergement. ;

- à titre subsidiaire, il sollicite un délai au regard de leur état de santé et de la scolarité de leur fils.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 janvier 2024 à 09 h 30 :

- le rapport de M. Rosier, juge des référés,

- et les observations de Me Prélaud substituant Me Benveniste, avocate des requérants.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. E C et de Mme D B de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, avec leurs enfant majeur, situé au 68 boulevard d'Austerlitz, Résidence Artimon, appartement n°11 à La Roche-sur-Yon (Vendée), et géré par l'association VISTA.

Sur la requête :

2.D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3.D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4.Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5.En premier lieu, M. C et Mme B, ressortissants azerbaïdjanais nés les 2 mai 1972 et 12 juillet 1975, sont hébergés avec leur fils majeur dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 68 boulevard d'Austerlitz, Résidence Artimon, appartement n°11 à La Roche-sur-Yon (Vendée), et géré par l'association VISTA. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 26 juillet 2023, notifiée aux intéressés le 31 août suivant. Ils ont été informé de la fin de leur prise en charge au 30 septembre 2023 par un courrier de l'OFII en date du 14 septembre 2023. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet de la Vendée le 6 octobre 2023 notifié le 14 octobre suivant. M. C et Mme B se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. Si M. C et Mme B se prévalent de leur état de santé ainsi que de la scolarisation de leur fils, la mesure sollicitée n'a ni pour objet ni pour effet de mettre un terme à leur suivi médical d'une part, ni à la scolarisation du fils du couple d'autre part. Par suite, la mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par M. C et Mme B, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif dont le préfet de la Vendée justifie, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. C et à Mme B de quitter, dans un délai d'un mois au regard de leur état de santé, le lieu d'hébergement qu'ils occupent et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à compter de la notification de cette ordonnance, d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. C et à Mme B de libérer, dans un délai d'un mois, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 68 boulevard d'Austerlitz, Résidence Artimon, appartement n°11 à La Roche-sur-Yon (Vendée).

Article 2 : En l'absence de départ volontaire immédiat de M. C et de Mme B au terme du délai d'un mois, le préfet de la Vendée pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. E C, à Mme D B et à Me Benveniste.

Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.

Fait à Nantes, le 9 janvier 2024.

Le juge des référés,

P. ROSIER

La greffière,

M-C. MINARD La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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