vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2319238 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SCP LANDRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2023, M. D C, représenté par Me Landry, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de :
1°) prescrire une expertise médicale judiciaire en vue de déterminer les préjudices subis en raison des séquelles dont il souffre et qui sont consécutives à son accident de service survenu le 14 septembre 2020 au lycée public Touchard Washington au Mans (725000) ;
2°) dire que l'expert devra diffuser aux parties un pré-rapport avant le dépôt de ses conclusions définitives.
Il soutient que :
-il est professeur d'anglais au lycée public Touchard Washington au Mans ;
-il a été victime le 14 septembre 2020 d'un accident de service aux cours duquel il a été blessé à l'épaule droite, aux poignets, au genou et au pied gauches ;
-il souffre toujours des séquelles de cet accident et est reconnu travailleur handicapé ;
-il ne peut plus pratiquer le squash ;
-la faute de l'administration dans la survenue de cet accident est manifeste en raison de la mise à disposition d'un outil d'enseignement défectueux et dangereux (rétroprojecteur) ;
-sa demande d'expertise est utile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports informe le tribunal qu'en application des dispositions de l'article D. 222-3.54 du code de l'éducation, la rectrice de l'académie de Nantes est seul compétente pour présenter des observations en défense au nom de l'Etat.
Par un mémoire, enregistré le 10 janvier 2024, la rectrice de l'académie de Nantes demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de déclarer la requête irrecevable ;
2°) à titre subsidiaire :
- de rejeter la requête ;
- si l'expertise est accordée, de ne pas mettre à la charge de l'Etat les frais d'expertise.
Elle soutient que :
- la demande d'expertise est présentée en dehors de tout litige né, actuel ou même éventuel ;
- la demande est dépourvue d'utilité compte tenu des expertises déjà réalisées ;
- en l'absence de certificat médical final de consolidation transmis par le requérant au rectorat, une expertise médicale auprès d'un médecin agréé n'a pas été diligentée et n'a pas pu aboutir au versement éventuel d'une allocation temporaire d'invalidité ;
- une demande d'expertise sera prochainement transmise auprès d'un médecin agréé ;
- la demande d'expertise judiciaire n'est pas utile en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et la faute alléguée de l'administration.
Vu les pièces jointes à la requête.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, professeur d'anglais au lycée public Touchard Washington au Mans (72), demande au juge des référés, au titre des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'ordonner une expertise aux fins de déterminer les préjudices subis à raison des séquelles dont il souffre, qu'il estime être en lien avec l'accident de service survenu le 14 septembre 2020 sur son lieu de travail.
Sur la demande d'expertise médicale :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ". La prescription d'une mesure d'expertise, en application de ces dispositions, est ainsi subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
3. Par ailleurs, alors même que les conséquences dommageables d'un accident de service sont susceptibles d'ouvrir droit à une pension forfaitaire d'invalidité, tout fonctionnaire ou agent public, qui a enduré, du fait de l'accident, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, conserve le droit de réclamer à la collectivité qui l'a employé, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
4. Il résulte de l'instruction que le 14 septembre 2020, M. C a été victime d'un accident de service en chutant du bureau sur lequel il était monté pour débrancher un vidéoprojecteur. Il résulte également de la présente instruction que les expertises médicales dont a fait l'objet M. C, diligentées à la demande du rectorat de l'académie de Nantes, avaient pour seul objet de déterminer l'imputabilité au service de l'état de santé du requérant et ne permettent pas d'évaluer l'ensemble des conséquences physiologiques et psychologiques invoquées par le requérant comme consécutives à l'accident de service du 14 septembre 2020. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient en défense le rectorat de l'académie de Nantes, la mesure d'expertise sollicitée, qui portera notamment sur la date de consolidation de l'état de santé du requérant et l'imputabilité à l'accident de service des séquelles invoquées, présente un caractère utile au sens des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative notamment pour permettre d'éclairer un éventuel contentieux portant sur l'ensemble des conséquences indemnitaires des séquelles dont est affecté l'intéressé.
5. En outre, si, en vertu des principes rappelés au point 3, M. C est fondé, même en l'absence de faute du rectorat de Nantes, à réclamer une indemnité complémentaire réparant les chefs de préjudice distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, il est également fondé, le cas échéant, à engager une action de droit commun, fondée sur la faute de l'établissement public qui serait à l'origine de l'accident de service lui permettant d'obtenir la réparation intégrale des préjudices subis. En l'état de l'instruction, il n'est pas établi que la responsabilité de l'établissement public serait insusceptible d'être engagée devant le juge administratif. Il appartiendra au seul juge du fond d'apprécier l'existence d'une telle faute. Par suite, contrairement à ce que soutient en défense le rectorat de l'académie de Nantes, la mission d'expertise est également utile à ce titre.
6. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise de M. C et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande de pré-rapport :
7. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir, à charge pour les parties de le lui demander. Il suit de là que les conclusions de M. C tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport soumis aux parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
8. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions présentées par le rectorat de l'académie de Nantes tendant à ce que les frais d'expertise ne soient pas mis à la charge de l'Etat, ne peuvent être accueillies.
O R D O N N E :
Article 1er : M. le docteur B A, médecin spécialisé inscrit au tableau 2024 des experts agréés auprès de la cour d'appel de Paris à la rubrique " G-02.03 - Médecine légale du vivant - Dommage corporel et traumatologie séquellaire " et domicilié 43 rue Liancourt à Paris (75014), est désigné en qualité d'expert.
Il aura pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui à la suite de son accident de service du 14 septembre 2020 ;
2°) convoquer et entendre les parties et tous sachants ;
3°) procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. C ainsi qu'à son examen clinique, et décrire les séquelles physiques et psychologiques en lien avec l'accident de service du 14 septembre 2020 dont il serait atteint ;
4°) dire si l'état de santé de M. C est consolidé, tant sur le plan rhumatologique que psychologique et de fixer, le cas échéant, la ou les dates de consolidation ;
5°) donner son avis sur l'existence de préjudices patrimoniaux avant et après consolidation :
- éventuelles dépenses de santé ou de transport qui n'auraient pas été prises en charge ; dépenses de santé futures, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable (pourcentage) à la ou les pathologies en cause de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux éventuels antécédents médicaux de l'intéressé ;
- donner son avis sur les éventuelles pertes de gains professionnels ;
- sur la répercussion relative à l'activité professionnelle de M. C (incidence professionnelle) ;
- si des aménagements temporaires du logement et/ ou du véhicule ont été nécessaires et/ou seront nécessaires après consolidation et en préciser la nature et le coût estimatif en indiquant si ceux-ci sont directement en lien avec les séquelles résultant des faits à l'origine des dommages,
- si l'assistance constante ou occasionnelle d'une tierce personne est ou a été nécessaire ; le cas échéant, en préciser le nombre d'heure par jour et la nature (aide qualifiée ou non qualifiée), en indiquant si ces besoins sont directement en lien avec les séquelles résultant des faits à l'origine des dommages,
- les frais divers.
6°) donner son avis sur l'existence des préjudices extra-patrimoniaux suivants, avant et après consolidation, qui seraient liés à l'accident de service subi par M. C et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable (pourcentage) à l'accident de service du 14 septembre 2020 en cause de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé :
- déficit fonctionnel temporaire en précisant les périodes et le ou les taux,
- souffrances endurées,
- déficit fonctionnel permanent et son taux,
- préjudice esthétique,
- préjudice d'agrément spécifique,
- troubles dans les conditions d'existence, préjudice moral.
7°) d'une manière générale, apporter tous éléments utiles à la solution du litige par la juridiction éventuellement saisie et, notamment, ceux permettant d'évaluer l'ensemble des préjudices de M. C.
Article 2 : Après avoir prêté serment, le collège d'experts, pour l'accomplissement de sa mission, se fera communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. C et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressé. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.
Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.
Article 4 : L'expert effectuera sa mission au contradictoire :
- de M. C,
- du rectorat de l'académie de Nantes qui sera représenté par un médecin.
Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier de son rapport d'expertise ainsi qu'un exemplaire par voie dématérialisée avant le 31 mars 2025, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours pour chaque expert.
Article 7 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, au rectorat de l'académie de Nantes, au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, et à M. A, expert.
Fait à Nantes, le 13 septembre 2024.
La juge des référés,
F. E
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2319238
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026