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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2400207

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2400207

mardi 1 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2400207
TypeDécision
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantKHAMLICHI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B et de sa fille mineure, ressortissantes afghanes, demandant l’annulation du refus implicite de visas de court séjour en France. La décision attaquée, prise par le sous-directeur des visas, s’est appropriée les motifs consulaires initiaux, à savoir le défaut de fiabilité des informations fournies sur l’objet du séjour et des doutes sur leur volonté de quitter l’espace Schengen. Le tribunal a estimé que la requérante n’avait pas apporté de précisions suffisantes pour justifier les conditions de son séjour, conformément au règlement (CE) n° 810/2009. Il a également jugé que le refus ne méconnaissait pas l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, faute d’éléments établissant une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 janvier 2024 et une pièce complémentaire produite le 23 janvier 2025, Mme D B, agissant en son nom personnel et en qualité de représentante légale de l'enfant A C, représentée en dernier lieu par Me Khamlichi, doit être regardée comme demandant au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 11 novembre 2023 par laquelle le sous-directeur des visas de la direction de l'immigration du ministère de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre les décisions du 12 août 2023 de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) lui refusant à elle et sa fille mineure A C, la délivrance de visas d'entrée et de court séjour en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer leurs demandes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- la décision attaquée procède d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Moreno a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B et sa fille mineure A C, ressortissantes afghanes, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de court séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Téhéran. Par décisions du 12 août 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision implicite née le 11 novembre 2023, dont Mme B demande l'annulation, le sous-directeur des visas de la direction de l'immigration du ministère de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.

2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le sous-directeur des visas, au sein de la direction générale des étrangers en France du ministère de l'intérieur, est chargé d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de court séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (). ". Aux termes de l'article D. 312-8-1 du même code : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".

3. En application des dispositions précitées de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision, en l'espèce du sous-directeur des visas de la direction de l'immigration du ministère de l'intérieur et des outre-mer, qui se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant appropriée les motifs retenus par cette autorité, tirés en l'espèce de ce que, d'une part, les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé se sont pas fiables, et d'autre part, qu'il existe des doutes raisonnables quant à la volonté des intéressées de quitter le territoire des états membres.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 21 du règlement n° 810/2009 du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas : " () 3. Lorsqu'il contrôle si le demandeur remplit les conditions d'entrée, le consulat vérifie : () b) la justification de l'objet et des conditions du séjour envisagé fournie par le demandeur () ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : / a) si le demandeur : () ii) ne fournit pas de justification quant à l'objet et aux conditions du séjour envisagé () ".

5. Si Mme B indique dans ses écritures qu'elle a sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour afin de rendre visite à sa famille en France, elle n'apporte aucune précision sur les éléments qu'elle aurait communiqués à l'appui de sa demande, permettant d'établir la fiabilité des informations justifiant l'objet et les conditions du séjour envisagé.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé () ".

7. Si Mme B soutient qu'elle n'a aucun projet d'installation définitive en France puisque son époux et ses enfants vivent en Afghanistan, il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire de demande de visa, que la requérante s'est déclarée séparée et a indiqué avoir son domicile en Iran. Par ailleurs, ainsi que le soulève le ministre en défense, Mme B n'apporte aucun justificatif révélant une quelconque activité, ou toute autre attache matérielle dans son pays. Dans ces conditions, en rejetant le recours dont il était saisi, en raison du risque de détournement par Mme B de l'objet du visa demandé à des fins migratoires, le sous-directeur des visas n'a entaché sa décision ni d'erreur de fait, ni d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En troisième et dernier lieu, eu égard à la nature des visas demandés, et dès lors qu'il n'est pas établi que les membres de la famille de la requérante seraient dans l'impossibilité de lui rendre visite dans son pays de résidence, le moyen tiré de ce que la décision du sous-directeur des visas de la direction de l'immigration du ministère de l'intérieur et des outre-mer porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bouchardon, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Revéreau, premier conseiller,

Mme Moreno, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.

La rapporteure,

C. MORENO

Le premier conseiller

faisant fonction de président,

L. BOUCHARDON

La greffière,

S. FOURNIER

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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