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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2400473

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2400473

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2400473
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAVOXA NANTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 11 décembre 2023, enregistrée le 11 janvier 2024, la juge-commissaire du tribunal judiciaire de A (Mayenne) a sursis à statuer et invité les parties à saisir le tribunal de la question de la légalité de la créance du département de la Mayenne sur l'association Habitat Jeunes A.

Par une requête et un mémoire, enregistrés en exécution de cette ordonnance le

11 janvier 2024, et le 29 mars 2024, le département de la Mayenne, représenté par Me Bernot, demande au tribunal :

1°) de déclarer que sa créance de 128 000 euros sur l'association Habitat Jeunes A n'est pas entachée d'illégalité ;

2°) de mettre à la charge de l'association Habitat Jeunes A la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le département de la Mayenne soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour statuer sur l'existence et le montant de sa créance ;

- sa déclaration de créance est recevable ;

- sa créance est fondée dès lors que l'association Habitat Jeunes A n'a pas respecté les conventions de partenariat qu'ils ont signées et qui conditionnent le montant des subventions qu'il a versées à l'association.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, l'association Habitat Jeunes A et D C, agissant en qualité de mandataire judiciaire de cette dernière, représentés par Me Boisseau Chartain et Me Barth, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de déclarer que la créance dont se prévaut le département devant le tribunal judiciaire est illégale ;

2°) de mettre à la charge du département de la Mayenne la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la déclaration de créance du département de la Mayenne est irrecevable, en application de l'article L. 3342-1 du code général des collectivités territoriales et de l'article 18 du décret du n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- la créance du département de la Mayenne n'est pas fondée dès lors que l'objet effectif du partenariat consiste à financer des actions socio-éducatives qui sont décorrélées du nombre de lits agréés déclarés et que le département avait l'obligation d'assurer un contrôle préalable au paiement annuel de la subvention ;

- le département de la Mayenne n'a pas émis d'observations ou de réclamation à la suite de la transmission des rapports annuels d'activité sur la période de 2019 à 2022 ;

- son agrément de 365 lits ne constitue pas une obligation d'exploiter un nombre de lits équivalents mais d'une capacité qu'elle n'a pas le droit de dépasser ;

- la pièce produite par le département de la Mayenne pour fonder sa créance est irrecevable et ne permet pas de justifier le quantum de la créance de ce dernier ;

- le département de la Mayenne ne justifie pas de son préjudice ;

- elle a respecté ses obligations telles que stipulées par les articles 1ers des conventions ;

- aucun des moyens soulevés par département de la Mayenne n'est fondé.

Par une ordonnance du 15 avril 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mai 2024 :

- le rapport de M. Jégard,

- les conclusions de M. Simon, rapporteur public,

- les observations de Me Bernot, représentant le département de la Mayenne,

- et les observations de Me Barth, représentant l'association Habitat Jeunes A.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Habitat Jeunes A gère et anime un établissement à but non lucratif qui offre des hébergements à des jeunes en difficulté éducative, matérielle ou psychologique. Par des conventions trisannuelles, signé le 19 novembre 2019 puis le 28 avril 2022, le département de la Mayenne a encadré le versement des subventions qui lui sont versées annuellement. Par un courrier du 26 mai 2023, le président du département de la Mayenne a demandé à Me C, mandataire judiciaire de l'association, le reversement 228 000 euros, correspondant à 25 600 euros annuels. Cette créance a été contestée par le mandataire de l'association le 21 juillet 2023 et la déclaration de créance litigieuse a été transmise au tribunal judiciaire de A. Par une ordonnance du 11 décembre 2023, la juge-commissaire de cette juridiction a sursis à statuer et jusqu'à ce que la juridiction administrative se soit prononcée sur la légalité de la créance du département de la Mayenne.

Sur la légalité de la créance du département de la Mayenne :

2. Il ressort des motifs de la juge-commissaire du tribunal judiciaire de A que pour statuer sur l'existence et le montant de la créance, elle doit apprécier sa légalité au regard de l'objet social de l'association, du mode de calcul de la subvention publique qui lui a été accordée et de la prise en compte de ses différentes missions dans le calcul de cette somme.

3. D'une part, les articles 4 des conventions citées au point 1 stipulent : " Le financement de l'action décrite aux articles 1 et 2 est assuré par le Conseil départemental au titre des actions insertion sociale et professionnelle. La subvention allouée à l'association Habitat-Jeunes A s'élève à 146 000 € par an pour un total de 365 lits, soit 400 € par lit agréé pour les années [2019, 2020, 2021,] 2022, 2023 et 2024 ". Les articles 1 de ces conventions stipulent quant à eux : " La présente convention définit les modalités du partenariat entre le Conseil départemental de la Mayenne et l'association Habitat Jeunes A " et il résulte de leurs articles 2 que l'association Habitat Jeunes A remplit une mission socio-éducative.

4. D'autre part, les articles 7 de ces mêmes conventions stipulent : " En aucun cas une subvention attribuée par le département ne peut être reversée à un autre bénéficiaire. / Les sommes perçues mais non utilisées pour réaliser l'objet décrit à l'article 1er devront être reversées au département ". Les articles 9 de ces conventions stipulent : " Si pour une raison quelconque, l'association Habitat Jeunes A se trouvait empêchée d'exécuter la mission qui lui est confiée, cette convention serait résiliée de plein droit, à compter de la date fixée par la décision notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception. / Dans cette hypothèse, les sommes non utilisées à la mise en œuvre des actions prévues aux présentes seront remboursées au Conseil départemental. / Par ailleurs, le Président du Conseil départemental se réserve le droit de résilier la présente convention s'il estime que l'association Habitat Jeunes A ne remplit pas ses engagements avec toute la compétence et la diligence requises, ou si les obligations précisées par la présente convention ne sont pas respectées. La résiliation interviendrait, après mise en demeure assortie d'un délai d'exécution, préalablement notifiée et restée infructueuse. Cette mise en demeure mentionne la sanction envisagée et invite l'association à présenter ses observations ".

5. Il ressort du courrier du 26 mai 2023 du président du conseil départemental de la Mayenne cité au point 1, que ce dernier estime sa créance fondée au motif qu'il existe une différence de 64 lits entre le nombre déclaré et le nombre réel. Eu égard aux stipulations des articles 4, citées au point 3, cette différence donne un montant annuel de 25 600 euros, soit 128 000 euros pour cinq ans.

6. Pour contester ce mode de calcul, l'association Habitat Jeunes A soutient que le champ de son action n'est pas limité aux seuls hébergements des jeunes en difficulté mais qu'elle remplit des missions d'accompagnement, ainsi que stipulé par les articles 2 des conventions.

7. En premier lieu, le moyen soulevé par l'association Habitat Jeunes A et tiré de l'irrecevabilité de la déclaration de créance du département de la Mayenne n'est pas au nombre de ceux retenus par la juge-commissaire dans son ordonnance comme posant une difficulté sérieuse pour la résolution du litige. Il est donc inopérant.

8. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes des articles 4 des conventions que le calcul permettant de déterminer le montant de la subvention annuelle versée par le département de la Mayenne se fonde sur le nombre de lits agréés, indépendamment des différents types d'activités mises en œuvre par l'association. Ce mode de calcul de la subvention est corroboré par une note interne à la cellule d'appui de l'Union régionale pour l'habitat des jeunes E (B 44), réseau dont fait partie département de la Mayenne, datée du 25 octobre 2022, qui mentionne : " 84 lits supplémentaires [ont été] déclarés aux financeurs alors même que l'anomalie a été signalée à la précédente direction ". Toutefois, si les articles 4 des conventions fixent le mode de calcul de la subvention en référence à un nombre de lits agréés, ils prévoient aussi, dans leur première ligne, que la subvention est allouée pour financer les actions socio-éducatives décrites aux articles 1 et 2, lesquelles ne comprennent pas seulement l'hébergement des jeunes. De plus, d'une part, il ne ressort d'aucune pièce au dossier et n'est d'ailleurs pas soutenu par le département que les subventions attribuées auraient été utilisées à des fins autres que celles stipulées aux articles 1er, et d'autre part, il ne ressort pas plus des pièces du dossier que la seconde convention ait été résiliée dans les conditions stipulées par les articles 9. Par suite, les sommes versées utilisées pour les actions de l'association décrites aux articles 1er et 2 ne pouvaient être récupérées ni en vertu des articles 7 ni en vertu des articles 9 des conventions, tous les deux cités au point 4.

9. Il résulte de ce qui précède que le département de la Mayenne ne peut légalement se prévaloir de la créance litigieuse sur l'association Habitat Jeunes A.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge des défendeurs la somme que le département de la Mayenne demande de titre des frais d'instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, mettre à la charge de ce dernier la somme demandée par les défendeurs sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Il est déclaré que le département de la Mayenne ne peut légalement se prévaloir de la créance litigieuse sur l'association Habitat Jeunes A.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au département de la Mayenne, à l'association Habitat Jeunes A, à D C et au greffier en chef du tribunal judiciaire de A.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats St Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les

parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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