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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2401812

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2401812

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2401812
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantBOISSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 6 et 21 février 2024, la société ALD, représentée par Me Oillic, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'une part, la suspension de l'exécution de la décision du 16 janvier 2024 par laquelle le président du département de Loire-Atlantique a résilié pour faute le marché correspondant au lot n° 7 " couvertures " dont il est titulaire au sein du marché public de travaux conclu en vue de la modernisation du site du Grand T à Nantes, et, d'autre part, la reprise provisoire des relations contractuelles ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 8 février 2024 par laquelle le département de Loire-Atlantique a procédé au retrait de la décision du 16 janvier 2024 prononçant la résiliation pour faute du marché ;

3°) de mettre à la charge du département de Loire-Atlantique la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée est susceptible de porter une atteinte grave et immédiate à ses intérêts, notamment à sa situation financière et à l'exercice même de son activité : la part restante du marché résilié s'élève à 546 002,81 euros, ce qui constitue une perte d'exploitation importante, alors que l'entreprise n'a été créée qu'en 2017,que son actif immobilisé en 2022 n'était que de 50 653 euros et son résultat net après impôt de 34 832 euros ; la société ne pourra pas davantage supporter " les excédent de dépenses qui résultent du nouveau marché " en application des stipulations de l'article 48.6 du CCAG-Travaux 2009 de sorte qu'ils risquent d'être, in fine, mis à la charge du département, ce qui préjudicierait à l'intérêt général que celui-ci poursuit ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

* elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que la société a été mise en demeure conformément aux stipulations de l'article 48-1 du CCAG travaux après constat contradictoire et avis du maître d'œuvre ni que le principe du contradictoire a été respecté;

* elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le département a pris acte des recommandations du coordonnateur SPS sans vérifier la réalité des faits reprochés consistant dans la présence sur le chantier de deux salariés ne bénéficiant pas d'équipements de protection individuelle, alors qu'elle les a contestés dès le 15 janvier 2024 ;

* elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 46.3 du CCAG-Travaux 2009, lesquelles doivent être regardées comme fondant la décision en application des stipulations de l'article 48.2 mentionné, dès lors que le département ne fait état d'aucune obligation contractuelle non-exécutée dans les délais contractuels, ni de la méconnaissance d'une disposition réglementaire ;

* la mesure sollicitée est disproportionnée dès lors, à supposer les faits reprochés établis, d'une part, qu'ils sont justifiés par la présence d'eau stagnante sur une terrasse le matin qui a conduit un de ses salariés à ne pas porter ses chaussures de sécurité, et, d'autre part, qu'ils ne constituent pas une faute d'une gravité telle qu'elle justifierait la résiliation du marché ;

* la décision attaquée méconnaît l'intérêt général que doit poursuivre le département dès lors que le marché litigieux lui a été attribué faute d'une concurrence suffisante de sorte que s'il est réattribué, il risque de l'être à un prix nettement supérieur à celui du marché en cause, alors qu'elle n'aura pas la capacité financière de prendre en charge de tels excédents de dépenses, qui seront alors mis à la charge, in fine, du département ;

* la décision du 8 février 2024 par laquelle le département de la Loire-Atlantique a résilié la décision litigieuse est illégale.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 et 22 février 2024, le département de Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société ALD la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la requête est irrecevable en ce que le courrier du 16 janvier 2024 ne vaut pas mesure de résiliation du contrat en litige et, à tout le moins, qu'il n'y a plus de statuer eu égard aux termes de la lettre du 8 février 2024 qui a explicitement précisé à la société que les relations contractuelles n'étaient pas rompues et il n'est pas dans les pouvoirs du juge d'annuler une décision de retrait laquelle demeure une faculté offerte à la collectivité territoriale, prise sur demande de la société requérante, en outre la situation d'urgence n'est pas établie au regard de l'incidence de la décision initiale sur le chiffre d'affaire de la société et aucun des moyens soulevé n'est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de ladite décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 février 2023 sous le numéro 2401792 par laquelle la société Ald demande l'annulation de la décision attaquée et la reprise des relations contractuelles.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience puis ont été informées, le 21 février 2024, de la radiation de l'affaire du rôle du 22 février 2024.

La clôture de l'instruction a été différée au jeudi 22 février 2024, 15 heures.

Un mémoire, présenté par la société ALD a été enregistré le 22 février 2024 à 17h59 et n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. La société ALD, immatriculée le 27 janvier 2017, s'est vu attribué par le département de la Loire-Atlantique, le 5 avril 2022, le lot n°7 " Couverture " du marché public de travaux de modernisation du site du grand T et rapprochement avec Musique et Danse en Loire Atlantique, dont l'exécution est à Nantes. Par un courrier du 16 janvier 2024, le département de la Loire-Atlantique lui a notifié la résiliation de ce marché aux torts exclusifs du cocontractant et a ordonné la poursuite des travaux par des tiers à ses frais et risques. Par la présente requête, la société ALD demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'une part, de suspendre l'exécution de la décision du 16 janvier 2024, et, d'autre part, d'ordonner la reprise des relations contractuelles.

2. Lorsque le juge des référés a estimé, au vu de la requête dont il est saisi, qu'il y avait lieu, non de la rejeter en l'état pour l'un des motifs mentionnés à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, mais d'engager la procédure prévue à l'article L. 522-1 de ce code, il lui incombe de poursuivre cette procédure et, notamment, de tenir une audience publique. Il en va cependant différemment lorsque, après que cette procédure a été engagée, intervient un désistement ou un évènement rendant sans objet la requête. Dans ce cas, le juge des référés peut, dans le cadre de son office, donner acte du désistement ou constater un non-lieu sans tenir d'audience.

3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. En revanche, le juge doit statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

4. Postérieurement à l'introduction de la requête, le département de Loire-Atlantique a, par un courrier du 8 février 2024, explicitement précisé à la société ALD que les relations contractuelles n'étaient pas rompues. Par suite, la décision du 16 janvier 2024 par laquelle le département de la Loire-Atlantique a résilié pour faute le marché correspondant au lot n° 7 " couvertures " dont la société est titulaire au sein du marché public de travaux conclu en vue de la modernisation du site du Grand T à Nantes, a implicitement mais nécessairement été retirée. Si la société ALD entend contester dans son dernier mémoire la légalité du courrier du 8 février 2024, il ressort des termes dudit courrier qu'il s'agit d'un acte préparatoire engageant un débat contradictoire avant une éventuelle résiliation du marché en litige. Par suite, les conclusions présentées par la société ALD tendant à la suspension de la décision du 16 janvier 2024 et à la reprise des relations contractuelles sont devenues sans objet et il sera loisible à la société ALD, si elle s'y croit fondée, d'engager à l'encontre de la décision qui sera prise par le département de Loire-Atlantique à l'issue de la procédure contradictoire engagée par le courrier du 8 février 2024 une nouvelle requête devant le juge du contrat assortie éventuellement d'une demande tendant à en suspendre les effets. Il résulte de ce qui précède qu'en l'état de l'instruction, il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur le présent recours fondé sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Loire-Atlantique, une somme de 500 (cinq cents) euros au titre des frais exposés par la société ALD et non compris dans les dépens.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du département de Loire-Atlantique présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par la société ALD tendant à la suspension de la décision du 16 janvier 2024 et à la reprise des relations contractuelles.

Article 2 : Le département de Loire-Atlantique versera à la société ALD la somme de 500 (cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société ALD ainsi qu'au président du département de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 23 février 2024.

Le juge des référés,

B. ECHASSERIEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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