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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2403042

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2403042

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2403042
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCHAUVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 février et 20 mars 2024, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de la famille de Mme H ainsi que de tous les occupants de son chef du logement dédié aux demandeurs d'asile situé 137 rue du docteur G, résidence Sophora, lot 48, appartement 8, aux Sables d'Olonne (85) et géré par l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile (HUDA) de l'association VISTA ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes les instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme H, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le logement est occupé indûment, sans que la famille de Mme H ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle telle que définie par la jurisprudence, qui leur permettrait de prétendre au maintien dans le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ; le maintien indu de la famille de Mme H dans un logement pour demandeurs d'asile compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 janvier 2024, 95 demandeurs d'asile et leurs familles étaient en attente d'un hébergement dans le département, et 2276 demandeurs d'asiles et leurs familles étaient en attente d'un hébergement dans la région ;

- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour conclu initialement par Mme H avec le gestionnaire du lieu d'accueil limitait la durée de l'hébergement à l'instruction de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et le cas échéant du recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ; la demande d'asile présentée par Mme H, en son nom et celui de ses enfants, a été rejetée par l'OFPRA, le 3 avril 2023 ; la CNDA a rejeté le recours de l'intéressée par une décision du 26 octobre 2023, notifiée le 31 octobre suivant ; Mme H a été informée de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'OFII du 13 novembre 2023 qui leur a été remis le 20 novembre 2023 ; s'étant maintenue dans le logement, une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de 15 jours lui a été notifiée le 8 janvier 2024 ; le 26 janvier 2024, l'HUDA VISTA a constaté le maintien de cette famille au-delà de ce délai et cette situation se prolonge jusqu'à ce jour ; le SIAO de la Vendée a informé Mme H, le 19 février 2024, qu'elle pourra bénéficier d'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de 15 jours ; de plus, cette mesure ne porte pas atteinte à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en ce qu'elle ne prive pas les enfants de Mme H de scolarisation ; de même, la mesure sollicitée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du jeune A D, fils de Mme H, qu'elle prend en charge ; comme l'a estimé le collège de médecins de l'OFII, cet enfant peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, ce qui n'est pas remis en cause en défense, au regard des données générales avancées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, Mme H et M. C, agissant en leur nom et celui de leurs enfants mineurs, les jeunes E, A D et B C, représentés par Me Chauvière, concluent :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit accordé un délai pour quitter le logement en cause ;

3°) en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils font valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le préfet de la Vendée a manqué de diligence dans ses démarches, en observant un délai de deux mois, après la notification de la mise en demeure de libérer le logement, pour introduire la présente requête ; aucune visibilité sur l'évolution prévisible des besoins d'accueil en vue du bon fonctionnement du service de l'hébergement des demandeurs d'asile dans le département de la Vendée n'est fournie par le préfet alors que le niveau d'occupation de l'HUDA concerné n'est pas précisé ;

- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que A, le fils de Mme H, est diagnostiqué TSA (trouble du spectre autistique) sévère et non verbal ; son état est marqué par des crises d'hétéro-agressivité ou d'auto-agressivité, en cas de contrainte ; un plan global d'accompagnement de cet enfant a été mis en place par la MDPH de la Vendée ; au vu de ses troubles et de la nécessité de réévaluer le traitement, il a été hospitalisé à deux reprises en juillet et septembre 2022 ; l'intérêt supérieur de A, dont l'état de santé et l'absence de prise en charge adaptée à celui-ci en Géorgie, ont motivé le départ de sa famille vers la France, commande qu'il demeure avec sa famille sur le territoire et qu'il y soit logé dignement ; M. C, qui participe activement à l'accompagnement du jeune A, n'a pas été maintenu en centre de rétention administrative au regard, notamment, de l'atteinte portée par cette mesure à l'intérêt supérieur de cet enfant ; Mme H ne conteste pas qu'elle n'a plus le droit de se maintenir en CADA et cherche activement une solution d'hébergement ; elle ne peut, néanmoins, sans solution de relogement, prendre le risque que le jeune A soit contraint de vivre dans la rue ; au regard de ces circonstances, il convient de rejeter la requête ou, à tout le moins, de leur accorder un délai conséquent pour libérer le logement.

Mme H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 mars 2024 à 9 heures 30 :

- le rapport de Mme Robert Nutte, juge des référés,

- et les observations de Me Chauvière, représentant de Mme H et M. C, en leur présence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la requête :

1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme H, ressortissante géorgienne née le 19 juin 1982, et de sa famille, composée de ses trois enfants mineurs, et de son concubin, M. C, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé 137 rue du docteur G, résidence Sophora, lot 48, appartement 8, aux Sables d'Olonne (85) et géré par l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile (HUDA) de l'association VISTA.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, la demande d'asile présentée par Mme H, a été rejetée par l'OFPRA, par une décision du 3 avril 2023 confirmée par la CNDA, par une décision du 26 octobre 2023, qui concerne également ses enfants mineurs et lui a été notifiée le 31 octobre 2023. Mme H a été informée de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'OFII en date du 13 novembre 2023, remis en main propre le 20 novembre suivant. Une mise en demeure de quitter son lieu d'hébergement, dans un délai de quinze jours, a été adressée à l'intéressée par le préfet de la Vendée le 21 décembre 2023, et remise à sa destinataire le 8 janvier 2024. Par suite, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, Mme H admettant dans ses écritures qu'elle ne dispose plus du droit de se maintenir dans un logement réservé aux demandeurs d'asile.

6. En second lieu, la libération des lieux par Mme H et sa famille, définitivement déboutées de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. A cet égard, le délai observé par le préfet de la Vendée pour introduire la présente requête à la suite de la mise en demeure de libérer le logement notifiée à Mme H ne saurait dénuer la mesure sollicitée de caractère urgent, compte tenu de la saturation du dispositif précédemment évoquée, laquelle, contrairement à ce que fait valoir l'intéressée, paraît suffisamment établie au regard des éléments dont se prévaut l'administration requérante. Par ailleurs, si Mme H fait valoir que l'état de santé de son fils, le jeune A, constitue une circonstance exceptionnelle justifiant le rejet de la requête, il résulte, toutefois, de l'instruction, d'une part, que l'enfant A bénéficie d'une prise en charge soutenue et adaptée à son état de santé en Vendée, d'autre part, que Mme H a pu être insérée professionnellement, celle-ci ayant occupé un emploi à temps plein comme cela ressort du PAG du 8 septembre 2023, et enfin, qu'elle est accompagnée dans ses démarches en vue de trouver un logement. Au regard de ces circonstances, le fait pour Mme H d'identifier une solution d'hébergement, conforme à l'intérêt supérieur du jeune A, à bref ou moyen terme, paraît une perspective raisonnable. Ainsi, l'état de santé du jeune A ne saurait caractériser une circonstance exceptionnelle, de nature à dénuer la mesure sollicitée de caractère urgent.

7. Toutefois, comme évoqué au point précédent, le jeune A, âgé de 14 ans, est atteint d'un trouble du spectre autistique sévère et non verbal, marqué par des crises d'hétéro-agressivité ou d'auto-agressivité, en cas de contrainte et ayant nécessité son hospitalisation en juillet et septembre 2022, qui implique, de plus, une prise en charge pluridisciplinaire soutenue, ainsi qu'un accompagnement et une surveillance quotidiens constants. Par suite, dès lors qu'il n'est pas contesté que les démarches en vue du relogement de la famille de Mme H n'ont pu aboutir à l'identification d'un hébergement conforme à l'intérêt supérieur de cet enfant, il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, d'accorder à Mme H, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe indûment avec sa famille, et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme H, les biens meubles qui s'y trouveraient.

Sur les conclusions présentées par Mme H et M. C au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, la somme demandée par Mme H et M. C au titre des frais d'instance. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme H, sa famille et tous occupants de son chef de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent situé 137 rue du docteur G, résidence Sophora, lot 48, appartement 8, aux Sables d'Olonne (85) et géré par l'HUDA VISTA.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme H et sa famille dans le délai imparti, le préfet de la Vendée pourra faire procéder, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de Mme H, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions présentées par Mme H et M. C au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme F H et M. B C.

Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.

Fait à Nantes, le 11 avril 2024.

La juge des référés,

O. Robert-Nutte

La greffière,

M-C. MinardLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°240304

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