vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2403746 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | RIOUAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mars 2024, suivie de la production d'une pièce complémentaire le 13 mars suivant, M. D F et Mme A G, représentés par Me Rioual, demandent au juge des référés :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de leur indiquer un lieu susceptible de les héberger, ainsi que leurs enfants mineurs, dans un délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au profit de leur conseil, qui renoncera dans cette hypothèse à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite au regard de la présence d'enfants de 6 et 13 ans et de la situation médicale de Mme A G ; ils sont sans abri depuis le 5 mars 2024. La question de la poursuite de la scolarité des enfants se pose. Mme A G a quant à elle été hospitalisée en urgence au CHU le 24 février dernier en raison de douleurs pelviennes intenses, lui provoquant des vomissements. Tant qu'elle ne bénéficiera pas d'une solution d'hébergement, elle ne pourra malheureusement pas bénéficier du repos nécessaire pour suivre les préconisations médicales. Elle est aujourd'hui extrêmement fatiguée et rencontre de réelles difficultés à se tenir debout.
- il est porté une atteinte de manière grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale constituée par le droit à un hébergement d'urgence protégé par l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles. Alors qu'ils ont multiplié les appels au 115 pour demander un hébergement d'urgence, la carence de l'Etat est manifeste.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2024 à 10h56, le préfet de la Loire-Atlantique doit être regardé comme concluant au rejet de la requête.
Il soutient que la famille a été hébergée du 29 février au 5 mars 2024, puis depuis le 11 mars 2024, au sein de l'Abri de nuit Familles à Nantes. La famille était donc hébergée lors du dépôt de la requête. Par ailleurs, le couple et leurs enfants, dont l'état de santé ne présente pas de vulnérabilités, ne peuvent être regardés comme prioritaires dans l'accès à l'hébergement d'urgence, qui est déjà limité. Madame a par ailleurs bénéficié des soins nécessaires ; elle ne peut donc pas être considérée comme se trouvant dans une situation de détresse médicale. Au vu de ces éléments, la famille ne peut être prise en charge par le 115 qu'en rotation.
M. D F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mars 2024 à 11h00 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- et les observations de Me Rioual, avocate des requérants, qui pointe le fait que Madame ne peut vivre sereinement sa convalescence sans être abritée et que les enfants ne peuvent suivre dans de bonnes conditions leur scolarité en étant à la rue.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D F et Mme A G, ressortissants géorgiens, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de leur indiquer un lieu d'hébergement susceptible de les accueillir, ainsi que leurs deux enfants mineurs, E et C, nés respectivement les 13 janvier 2011 et 6 avril 2017.
Sur les conclusions présentées au titre de l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. D F ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
4. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 précise que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
5. En vertu de ces dispositions, il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale ; une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée ; il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
6. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
7. En l'espèce, les requérants n'établissent nullement, par les pièces qu'ils versent à l'instance, avoir régulièrement et récemment contacté le " 115 " afin de bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence prévu par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Dans ces conditions, ils ne sauraient être regardés comme démontrant une carence caractérisée des autorités préfectorales qui porterait une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. En outre, alors qu'il résulte de l'instruction que les intéressés ont été hébergés par des compatriotes durant plusieurs mois, jusqu'au 23 février 2024, ils ont, à compter de cette date, fait l'objet d'une prise en charge par le dispositif 115 durant 8 nuits sur la période du 29 février au 14 mars 2024. Alors au surplus que Mme A G bénéficie d'une prise en charge médicale adaptée et que les enfants sont régulièrement scolarisés, les requérants n'établissent ainsi ni se trouver dans une situation d'extrême urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise par le juge des référés dans les quarante-huit heures, ni que le préfet aurait, dans les circonstances de l'espèce, porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence.
8. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. D F et de Mme A G doit être rejeté.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D F, à Mme A G, au ministre du travail, de la santé et des solidarités et à Me Rioual.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 15 mars 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDONLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026