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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2403892

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2403892

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2403892
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2024, le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. B D E et à Mme F C de libérer, dans un délai de quinze jours, le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 90 rue Saumuroise, Bâtiment A1, à Angers (49000) ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion par tous moyens légaux et au besoin, avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D E et de Mme C, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le maintien de la famille de M. D E et de Mme C, déboutés du droit d'asile, fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile dans le CADA, compromettant ainsi le fonctionnement du service public ;

- la mesure demandée est utile et ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que les contrats de séjour conclus par les intéressés avec le gestionnaire du lieu d'accueil limitaient la durée de l'hébergement à l'instruction de leur recours auprès de la CNDA, puis à celui de leur fils, G D E. Après le rejet de leur demande, l'OFII leur a notifié, le 12 mai 2023, la fin de leur prise en charge à compter du 31 mai 2023. S'étant maintenus dans le logement, ils ont été mis en demeure par courrier en date du 30 janvier 2024 notifié le 7 février 2024, par le préfet de Maine-et-Loire, de quitter les lieux dans un délai de 15 jours. Cette mise en demeure est toutefois restée infructueuse jusqu'à ce jour. De plus, M. D E et Mme C ont refusé de solliciter le dispositif de 30 nuitées d'hôtel qui aurait permis leur sortie du CADA en 2021 et en 2023. En outre, ils ont été convoqués en préfecture le 7 mars 2024 pour leur proposer une admission au CPAR de la Pommeraye, nouvelle solution de sortie de l'hébergement adaptée à leur situation administrative mais ils ne se sont pas présentés à la convocation. L'administration ne peut être tenue comme responsable de l'absence d'hébergement pour ce ménage.

La requête a été communiquée à M. B D E et à Mme F C, lesquels n'ont pas produit d'écritures avant l'audience.

M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 avril 2024 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- les observations de la représentante du préfet de Maine-et-Loire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibérée, présentée pour M. B D E et pour Mme F C, représentés par Me Smati, a été enregistrée le 5 avril 2024 à 11h32. Ils concluent au rejet de la requête ou, à défaut, à ce que leur soit octroyé " les délais les plus larges " pour quitter les lieux. Elle a été communiquée.

L'instruction a été rouverte pour être à nouveau close le 8 avril 2024 à 16h00.

Un mémoire en réplique, présenté par le préfet de Maine-et-Loire, a été enregistré le 5 avril 2024 à 16h22. Il a été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. B D E et de Mme F C du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 90 rue Saumuroise, Bâtiment A1, à Angers.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, M. B D E et Mme F C, ressortissants camerounais, déclarent être entrés irrégulièrement sur le territoire français le 28 novembre 2018. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 90 rue Saumuroise, Bâtiment A1, à Angers, et géré par France Terre d'Asile. Leurs demandes d'asile, ainsi que celle de leur fils Prince A, ont été définitivement rejetées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile les 1er juin 2021 et 26 avril 2023. Ils ont été informés de la fin de leur prise en charge par l'opérateur. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet de Maine-et-Loire le 9 février 2024. M. B D E et Mme F C et leurs trois enfants mineurs se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leur demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par M. B D E et par Mme F C, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, laquelle est justifiée, contrairement à ce qui est soutenu en défense, par les données chiffrées actualisées fournies par le préfet, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile, aucun élément d'ordre médical probant et récent relatif aux intéressés et à leurs enfants n'étant par ailleurs versé à l'instance pour justifier qu'un délai plus long que celui de quinze jours sollicité par le préfet ne soit accordé à M. B D E et à Mme F C.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. B D E et à Mme F C de quitter, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, le lieu d'hébergement qu'ils occupent et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de Maine-et-Loire à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.

Sur les conclusions présentées au titre des frais d'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B D E et de Mme F C présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. B D E, à Mme F C et à leurs enfants de libérer le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 90 rue Saumuroise, Bâtiment A1, à Angers (49000), dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. B D E, de Mme F C et de leurs enfants dans le délai imparti à l'article 1er, le préfet de Maine-et-Loire pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de M. B D E et de Mme F C présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D E, à Mme F C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Smati.

Copie sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Fait à Nantes, le 11 avril 2024.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La greffière,

G. PEIGNELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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