mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2403984 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mars 2023 sous le numéro 2403984, le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme C B et MM. Elcin A et Abisamad A et leurs enfants du logement pour demandeurs d'asile sis 5 rue Thibaud Chabot, appartement 54, résidence Grange Parenteau à Fontenay-le-Comte, géré par l'association AREAMS, qu'ils occupent ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais des intéressés à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont satisfaites en l'espèce du fait du refus de libérer les lieux indûment occupés et de l'obstruction des intéressés, déboutés du droit d'asile, à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile dans le logement mis à leur disposition.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, complété par des productions de pièces les 5 avril 2024 et 8 avril 2024, Mme C B et MM. Elcin A et Abisamad A, représentés par Me Néraudau, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à l'exécution de la mesure d'expulsion pendant un délai de six mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et à ce que soit mise à la charge l'Etat la somme de 1 700 euros HT au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors qu'ils justifient de circonstances exceptionnelles tenant à l'état de santé et de la vulnérabilité de chacun des membres de la famille, et ne peuvent ni trouver une autre solution de logement ni retourner dans leur pays d'origine ;
- l'expulsion demandée méconnaît l'intérêt supérieur de leur fille mineure en violation de l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant et fait obstacle au maintien de la vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il n'a pas été tenu compte de la situation de détresse psychologique et sociale de la famille, dont le relogement par le 115 n'est pas garanti.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 avril 2024, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :
- le rapport de Mlle Wunderlich, présidente,
- les observations de Me Néraudau, représentant du Mme C B et MM. Elcin A et Abisamad A, en présence des époux A et de leur fille, qui a pris brièvement la parole, accompagnés d'une bénévole associative.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile (). ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". L'article L. 552-15 dispose par ailleurs que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. Il résulte de l'instruction que les demandes d'asile présentées par Mme C B pour son compte et celui de sa fille mineure et MM. Elcin A et Abisamad A, de nationalité azerbaïdjanaise, nés les 13 avril 1981, 17 juin 1976 et 24 juillet 2001, hébergés avec leur fille et sœur Zahra B dans le logement pour demandeurs d'asile sis 5 rue Thibaud Chabot, appartement 54, résidence Grange Parenteau à Fontenay-le-Comte, géré par l'association AREAMS, ont été rejetées par décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 17 mai 2023. Les recours dirigés contre ces décisions ont été rejetés par la Cour nationale du droit d'asile le 8 novembre 2023. Des arrêtés obligeant Mme B et MM. A à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ont en conséquence été pris par le préfet de la Vendée les 7 décembre 2023 et 31 janvier 2024, dont les intéressés ont demandé à ce tribunal de prononcer l'annulation par trois requêtes n°s 2319108, 2319110 et 2402750 inscrites au rôle d'une audience publique le 28 mai 2024. Après que Mme B et MM. A ont été informés le 4 décembre 2023 par le gestionnaire du CADA de la fin de leur prise, le préfet de la Vendée les a mis en demeure de quitter les lieux dans le délai de quinze jours par lettres recommandées en date du 18 janvier 2024 dont il a été accusé réception le 24 janvier 2024. Il est constant que cette mise en demeure est restée infructueuse.
5. En premier lieu, qu'il résulte de l'instruction que Mme B et MM. A et leur fille et sœur Zahra B se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que la demande d'asile des intéressés a été définitivement rejetée. La mesure d'expulsion ne se heurte donc, à cet égard, à aucune contestation sérieuse, les requérants ne pouvant utilement soutenir que l'expulsion demandée méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant. La circonstance que les recours suspensifs formés par Mme B et MM. A contre les mesures d'éloignement dont ils font l'objet sont toujours pendant ne constitue pas davantage un obstacle à l'expulsion sollicitée par le préfet.
6. En second lieu, la libération des lieux par les intéressés présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile en Vendée, un caractère d'urgence et d'utilité que ni l'état de santé des intéressés ni la scolarisation des deux enfants du couple A ne remet en cause.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la libération par Mme B et MM. A et Zahra B du logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent à Fontenay-le-Comte, au besoin avec le concours de la force publique. Toutefois, dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser aux intéressés un délai d'une semaine à compter de la notification des jugements n°s 2319108, 2319110 et 2402750 à intervenir pour quitter les lieux indûment occupés.
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocate de Mme C A et MM. Elcin A et Abisamad A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme C B et MM. Elcin A et Abisamad A et à tous les occupants de leur chef, s'ils ne l'ont déjà fait, de libérer le logement pour demandeurs d'asile sis 5 rue Thibaud Chabot, appartement 54, résidence Grange Parenteau à Fontenay-le-Comte de leurs occupants et des biens s'y trouvant dans un délai d'une semaine à compter de la notification des jugements n°s 2319108, 2319110 et 2402750 à intervenir.
Article 2 : A défaut pour les intéressés de libérer les lieux et d'évacuer les biens leur appartenant dans le délai imparti à l'article 1er, le préfet de la Vendée pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de Mme C B et MM. Elcin A et Abisamad A présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme C B et MM. Elcin A et Abisamad A.
Copie en adressée au préfet de la Vendée et à l'association AREAMS.
La présidente, juge des référés,
A.-C. WUNDERLICHLa greffière,
M.-C. MINARD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026