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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2405257

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2405257

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2405257
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'expulsion sans délai de M. D B, de Mme A C et de tous occupants de leur chef du logement qu'ils occupent au 3, rue Emile Cassard à Basse-Goulaine (44115), géré par le centre d'accueil des demandeurs d'asile FTDA ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes les instructions utiles au gestionnaire de l'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B et de Mme C, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le logement est occupé indûment, sans que les intéressés puissent justifier de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à l'exécution de la mesure sollicitée ; le maintien indu de M. B et de Mme C dans cet hébergement compromet le bon fonctionnement du service public de l'asile, alors que de nombreux demandeurs d'asile et leurs familles sont dans l'attente d'une solution de logement dans le département et dans la région ;

- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que les demandes d'asile des intéressés ont été définitivement rejetées ; M. B et Mme C ont été informés de la fin de leur prise en charge par un courrier de l'OFII du 3 mars 2023 ; s'étant maintenus dans le logement, une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois leur a été adressée le 20 avril 2023, à laquelle ils n'ont pas déféré ;

- les démarches parallèles entreprises, le cas échéant, par les intéressés ne leur donne aucun droit au maintien dans leur hébergement ;

- il n'existe pas d'obligation de relogement, pesant sur l'Etat, dans un hébergement d'urgence de droit commun.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2024, M. D B et Mme A C, représentés par Me Neraudau, concluent :

1°) au rejet de la requête du préfet de la Loire-Atlantique ou, à défaut, à ce qu'il soit sursis à l'exécution de la mesure d'expulsion pendant un délai de six mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros sur le fondement des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le préfet n'établit pas la saturation du dispositif local d'hébergement des demandeurs d'asile dont il se prévaut ; il n'établit pas davantage de perturbations graves au fonctionnement normal du service public ; la famille justifie de circonstances exceptionnelles faisant obstacle à la reconnaissance d'une urgence à libérer les lieux eu égard à sa grande vulnérabilité, aggravée par l'état de santé des parents, le jeune âge des deux enfants et l'impossibilité d'obtenir un autre hébergement ;

- l'expulsion demandée fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'ils justifient d'une situation de grande vulnérabilité tenant à leur état de santé, à la présence de deux enfants mineurs, et à l'impossibilité de trouver une autre solution de logement ni de retourner dans leur pays d'origine ; elle méconnaît l'intérêt supérieur de leurs deux enfants mineurs en violation de l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant et fait obstacle au maintien de la vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- leur situation de grande vulnérabilité justifie qu'un délai de six mois soit octroyé, à titre subsidiaire, avant qu'il soit procédé à leur expulsion.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delohen, conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 mai 2024 à 09h30 :

- le rapport de M. Delohen,

- et les observations de Me Floch, substituant Me Neraudau, représentant M. B et Mme C, en présence des intéressés.

La clôture de l'instruction a été différée au 2 mai 2024 à 15h00.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. B, de Mme C ainsi que de tous occupants de leur chef du logement qu'ils occupent au 3, rue Emile Cassard à Basse-Goulaine, géré par le centre d'accueil des demandeurs d'asile FTDA.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 du même code dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, les demandes d'asile présentées par M. B et Mme C, ressortissants arméniens, ont été définitivement rejetées par des décisions de la CNDA des 24 février 2023, notifiées le 3 mars 2023. M. B et Mme C ont été informés de la fin de leur prise en charge par un courrier de l'OFII du 3 mars 2023, remis en main propre le même jour. Une mise en demeure de quitter leur lieu d'hébergement dans un délai d'un mois leur a été adressée le 20 avril 2023, à laquelle ils n'ont pas déféré. Les intéressés se maintiennent ainsi indûment dans un lieu d'hébergement réservé aux demandeurs d'asile. L'expulsion demandée ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse, les requérants ne pouvant utilement soutenir que cette mesure méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant. La circonstance qu'ils ont fait appel du jugement du 8 février 2024 de rejet de leur demande d'annulation des mesures d'éloignement prises à leur encontre par le préfet de la Loire-Atlantique le 1er juin 2023 ne constitue pas davantage un obstacle à l'expulsion sollicitée par le préfet.

6. En second lieu, la libération des lieux par M. B et Mme C, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service, que ni l'état de santé des intéressés, ni la scolarisation des deux enfants mineurs du couple ne remet en cause. La mesure sollicitée par le préfet de la Loire-Atlantique apparaît ainsi utile et urgente.

7. Toutefois, il est constant que la famille de M. B et Mme C est composée de de deux enfants mineurs qui sont scolarisés. Eu égard à l'âge de ces enfants et à l'absence de solution de relogement pour cette famille, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à M. D B, à Mme A C ainsi qu'à tous occupants de leur chef de libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques, les biens meubles qui s'y trouveraient.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocate de M. B et de Mme C la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. D B, à Mme A C ainsi qu'à tous occupants de leur chef de libérer dans un délai d'un mois, à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent, situé au 3, rue Emile Cassard à Basse-Goulaine, géré par le centre d'accueil des demandeurs d'asile FTDA.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. B, de Mme C et de tous occupants de leur chef au terme du délai qui leur est imparti, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de M. B et de Mme C présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. D B et à Mme A C.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 7 mai 2024.

Le juge des référés,

D. DELOHEN La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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