mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2405283 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 26 avril 2024, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'expulsion sans délai de Mme A B du lieu d'hébergement qu'elle occupe au centre d'accueil des demandeurs d'asile sis 31, rue du Champ Fleuri aux Sorinières (44840), géré par l'association Saint-Benoît-Labre ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes les instructions utiles au gestionnaire de l'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme B, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le logement est occupé indûment, sans que Mme B puisse justifier de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à l'exécution de la mesure sollicitée ; le maintien indu de Mme B dans son logement compromet le bon fonctionnement du service public de l'asile, alors que de nombreux demandeurs d'asile et leurs familles sont dans l'attente d'une solution d'hébergement dans le département et dans la région ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que la demande d'asile de Mme B a été rejetée le 30 novembre 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 17 mars 2022, qui lui a été notifiée le 8 avril 2022 ; Mme B a été informée de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 25 avril 2022 ; s'étant maintenue dans le logement, une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois lui a été notifiée le 4 juillet 2022, à laquelle elle n'a pas déféré ;
- les démarches parallèles entreprises, le cas échéant, par Mme B ne lui donne aucun droit au maintien dans son hébergement ;
- il n'existe pas d'obligation de relogement, pesant sur l'Etat, dans un hébergement d'urgence de droit commun.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Neraudau, conclut :
1°) au rejet de la requête du préfet de la Loire-Atlantique ou, à défaut, à ce qu'il soit sursis à l'exécution de la mesure d'expulsion pendant un délai de six mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros sur le fondement des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le préfet n'établit pas la saturation du dispositif local d'hébergement des demandeurs d'asile dont il se prévaut ; il n'établit pas davantage de perturbations graves au fonctionnement normal du service public ; elle justifie de circonstances exceptionnelles faisant obstacle à la reconnaissance d'une urgence à libérer les lieux eu égard à sa grande vulnérabilité, aggravée par son état de santé, son isolement et l'absence de solution alternative d'hébergement ;
- l'expulsion demandée fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'elle justifie d'un état de santé très dégradé, que son isolement la rend particulièrement vulnérable et qu'elle se trouve sans solution de logement ; l'expulsion aurait pour conséquence de porter une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la mesure d'éloignement dont elle fait actuellement l'objet fait l'objet d'un recours pendant devant le tribunal ;
- sa situation de grande vulnérabilité justifie qu'un délai de six mois soit octroyé, à titre subsidiaire, avant qu'il soit procédé à son expulsion.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delohen, conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 mai 2024 à 09h30 :
- le rapport de M. Delohen,
- les observations de Me Fabre substituant Me Neraudeau, représentant Mme B, en présence de celle-ci.
La clôture de l'instruction a été différée au 2 mai 2024 à 15h00.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme B de l'hébergement qu'elle occupe au centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) sis 31, rue du Champ Fleuri aux Sorinières (44840), géré par l'association Saint-Benoît-Labre.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 du même code dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, la demande d'asile présentée par Mme B, ressortissante algérienne née le 6 novembre 1968, hébergée au CADA géré par l'association Saint-Benoît-Labre au 31, rue du Champ Fleuri aux Sorinières, a été définitivement rejetée par une décision de la CNDA du 17 mars 2022, qui lui a été notifiée le 8 avril 2022. Mme B a été informée de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'OFII du 25 avril 2022 qui lui a été remis le 19 octobre 2023. Une mise en demeure de quitter son lieu d'hébergement dans un délai d'un mois lui a été notifiée le 4 juillet 2022, à laquelle elle n'a pas déféré. L'intéressée se maintient ainsi indûment dans un lieu d'hébergement réservé aux demandeurs d'asile. L'expulsion demandée ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse, Mme B ne pouvant utilement soutenir que cette mesure méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés. La circonstance que le recours contre la mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet de la Loire-Atlantique est pendant devant le tribunal ne constitue pas davantage un obstacle à l'expulsion sollicitée par le préfet. Par suite, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par Mme B, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service. La mesure sollicitée par le préfet de la Loire-Atlantique apparaît ainsi utile et urgente.
7. Toutefois, il est constant que Mme B souffre de diverses pathologies et d'un état de santé particulièrement dégradé. Aussi, il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, d'enjoindre à Mme B de libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe indûment dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressée, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à ses frais et risques, les biens meubles qui s'y trouveraient.
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocate de Mme B la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme B de libérer dans un délai d'un mois l'hébergement qu'elle occupe, situé au 31, rue du Champ Fleuri aux Sorinières (44840) et géré par l'association Saint-Benoît-Labre.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme B au terme du délai qui lui est imparti, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de Mme B présentées sur le fondement des articles
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme A B et à Me Neraudeau.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 7 mai 2024
Le juge des référés,
D. DELOHEN La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026