mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2405775 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | PHILIPPON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 avril 2024, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. I E et Mme H D et de tous occupants de leur chef de libérer sans délai le logement géré par le CADA France Horizon qu'ils occupent au 23 rue Guy de Maupassant à Saint-Nazaire (44600) ;
2°) à défaut pour les intéressés de libérer les lieux, d'autoriser leur expulsion par tous moyens légaux, au besoin, avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes les instructions utiles au gestionnaire du CADA France Horizon afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. E et Mme D, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien indu dans un logement pour demandeurs d'asile de M. E et Mme D ainsi que de leurs deux enfants mineurs compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 janvier 2024, 1 388 demandeurs d'asile et leurs familles étaient en attente d'un hébergement dans le département ; Le logement en cause est occupé indûment, sans que la famille G ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle telle que définie par la jurisprudence, qui leur permettrait de prétendre au maintien dans le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ; Ils se prévalent de l'état de santé fragile de leur fille, C F, mais, rien ne permet de conclure que l'enfant, qui est atteinte de troubles de nature autistique, souffre d'une maladie qui ne permettrait pas leur expulsion ; en outre, le collège de médecins de l'OFII a considéré que l'absence de prise en charge médicale de l'enfant ne devrait pas entraîner pour elle de conséquences d'une exceptionnelle gravité ;le couple n'a produit aucun élément d'ordre médical en ce sens suite à la mise en demeure prise à leur encontre ;
- la mesure demandée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. E et Mme D ont déposé des demandes d'asile qui ont été définitivement rejetées par décisions de la CNDA du 25 novembre 2022 notifiées le 30 novembre 2022; ils ont été informés par courrier du 27 décembre 2022 notifié le jour même de la fin de leur prise en charge par l'OFII à partir du 30 décembre 2022 ; s'étant maintenus dans les lieux, ils ont été mis en demeure de les quitter dans un délai d'un mois par une décision du 17 janvier 2023 notifié le 24 janvier 2023, restée infructueuse ; par ailleurs, M. E fait l'objet d'une décision du 18 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français et Mme D fait l'objet d'une décision du 15 mai 2023 portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français ; ils n'ont donc plus vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence de droit commun réservé aux demandeur d'asile ;la mesure sollicitée doit être prescrite sans délai car il y a urgence à faire libérer les hébergements pour demandeurs d'asile indument occupés ; en ce sens, tout délai qui serait accordé à cette famille aurait pour seule conséquence de rallonger d'autant la détresse des demandeurs d'asile en attente d'un hébergement au sein d'une structure dédiée à leur accompagnement, la famille se maintenant dans les lieux indument depuis quasiment un an ; ils n'établissent pas avoir entamé des démarches en vue de leur relogement et, en tout état de cause, cette seule circonstance ne saurait conduire à leur octroyer un délai pour quitter le logement qu'ils occupent indûment dans l'attente d'une solution de relogement effective.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mai 2024 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,
- les observations de Me Philippon, représentant M. E et Mme D en leur présence ;
La clôture de l'instruction a été différée au 17 mai 2024 à 15h00.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024 à 13h35, M. I E et Mme H D, représentés par Me Philippon concluent au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à leur conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils font valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la famille compte désormais trois enfants, la dernière étant née le 28 juin 2023 ce que le préfet ne pouvait ignorer, ainsi que le fait qu'un autre enfant soit atteint d'une forme d'autisme sévère, qui est incompatible avec la mise à la rue de la famille ;
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de la famille, d'une erreur manifeste d'appréciation de la vulnérabilité de la famille, d'une erreur de fait ainsi qu'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle est également entachée d'un vice de procédure en ce que les articles L. 552-14, L. 552-15 et R. 552-15 ont été méconnus dès lors que la mise en demeure de quitter le logement n'a pas été notifiée à leur domiciliation qui a changé après le rejet de leur demande d'asile pour être transférée au centre communal d'action sociale de Saint Nazaire.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. I E et Mme H D et de tous occupants de leur chef de libérer sans délai le logement géré par le CADA France Horizon qu'ils occupent au 23 rue Guy de Maupassant à Saint-Nazaire (44600).
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
3. Aux termes de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. I E et Mme H D ont présentées des demandes d'asile qui ont définitivement été rejetées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 25 novembre 2022 notifiées le 30 novembre 2022. Ils ont été informés par courrier du 27 décembre 2022 notifié le jour même de la fin de leur prise en charge par l'OFII à partir du 30 décembre 2022. S'étant maintenus dans les lieux, ils ont été mis en demeure de les quitter dans un délai d'un mois par une décision du 17 janvier 2023 notifié le 24 janvier 2023, restée infructueuse. La circonstance que cette mise en demeure a été envoyée à l'adresse de l'hébergement des intéressés, et non au CADA France Horizon auprès duquel ils étaient domiciliés depuis le 1er janvier 2023, est restée sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors que les intéressés ont effectivement reçu notification de ces courriers.
6. En deuxième lieu, la libération des lieux par M. I E et Mme H D ainsi qu'à leur famille, définitivement déboutées de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. Si les intéressés font valoir que l'état de santé de leur fille, la jeune C, atteinte de troubles autistiques sévères, nécessite leur maintien dans les lieux, et que, par ailleurs la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de leur situation et ainsi d'erreur manifeste d'appréciation quant à la vulnérabilité de leur famille, au regard de la présence dans leur foyer de la jeune A, née le 28 juin 2023, dont le préfet ne fait aucune mention, ces circonstances, compte tenu de ce qui précède, ne sauraient suffire à établir une situation de particulière vulnérabilité justifiant leur maintien dans un hébergement pour demandeurs d'asile.
7. Toutefois, eu égard à la situation des intéressés telle que décrite ci-dessus il y a lieu d'assortir la mesure d'expulsion sollicitée d'un délai de quatre mois pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, afin de leur permettre de gérer la sortie dudit logement dédié aux demandeurs d'asile.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. I E et Mme H D ainsi qu'à tout occupant de leur chef de quitter dans un délai de quatre mois suivant la notification de la présente ordonnance, le lieu d'hébergement qu'ils occupent et, en l'absence de départ volontaire des intéressés dans ce délai, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocat de M. I E et Mme H D la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à M. I E et Mme H D ainsi qu'à tout occupant de leur chef de libérer dans un délai de quatre mois suivant la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au 23 rue Guy de Maupassant à Saint-Nazaire (44600) ;
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. I E et Mme H D et de tout occupant de son chef, le préfet de Loire-Atlantique pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. I E et Mme H D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. I E, à Mme H D,, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Philippon.
Fait à Nantes, le 28 mai 2024.
Le juge des référés,
B. ECHASSERIEAU
La greffière,
M. BLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026