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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2405777

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2405777

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2405777
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2024 et un mémoire en réplique enregistré le 17 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. B D de libérer sans délai le logement géré par l'association Les eaux vives qu'il occupe au 3 rue Claude Monnet à Trignac (44570) ;

2°) à défaut pour l'intéressé de libérer les lieux, d'autoriser son expulsion par tous moyens légaux, au besoin, avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes les instructions utiles au gestionnaire de l'HUDA Les eaux vives afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien indu dans un logement pour demandeurs d'asile de M. D compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 janvier 2024, 1 388 demandeurs d'asile et leurs familles étaient en attente d'un hébergement dans le département ;Le logement en cause est occupé indûment, sans qu'il ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle telle que définie par la jurisprudence, qui lui permettrait de prétendre au maintien dans le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ; M. D, à qui il revient de démontrer que son état de santé fait obstacle à sa sortie des lieux, n'a communiqué aucun élément d'ordre médical suite à la mise en demeure prise à son encontre et n'a pas, à ce jour, sollicité de titre de séjour pour soins ;

- la mesure demandée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. D a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 26 juillet 2022 notifiée le 18 juillet 2023; Il a été informé par courrier du 30 juin 2023 notifié le 23 août 2023 de la fin de sa prise en charge par l'office français de l'immigration de l'intégration à partir du 31 octobre 2022 ; S'étant maintenu dans les lieux, il a été mis en demeure de les quitter dans un délai d'un mois par une décision du 11 septembre 2023 notifiée le 14 septembre suivant, restée infructueuse ; En ce sens, la mesure sollicitée doit être prescrite sans délai en ce qu'il y a urgence à faire libérer les hébergements pour demandeurs d'asile indument occupés ; Tout délai qui lui serait accordé aurait pour seule conséquence de rallonger d'autant la détresse des demandeurs d'asile en attente d'un hébergement au sein d'une structure dédiée à leur accompagnement, M. D se maintenant dans les lieux indument depuis plusieurs mois ; Il n'établit pas avoir entamé des démarches en vue de son relogement et, en tout état de cause, cette seule circonstance ne saurait conduire à lui octroyer un délai pour quitter le logement qu'il occupe indûment, dans l'attente d'une solution de relogement effective.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, M. B D représenté par Me Philippon conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à son expulsion dans l'attente d'une autre solution d'hébergement lui permettant de poursuivre son traitement médical dans de bonnes conditions et à ce que soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le préfet n'établit pas la saturation du dispositif d'accueil pour demandeurs d'asile, en ce que la vulnérabilité de M. D n'a pas été prise en compte notamment son état de santé et au regard de la carence de l'Etat dans la gestion du dispositif de l'hébergement d'urgence malgré deux alertes concernant la situation de M. D ;

- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'elle méconnaît les dispositions des articles L. 552-14, L. 552-15 et R. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles des articles L. 551-11, L. 542-1 et L. 542-2 de ce même code et qu'elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mai 2024 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,

- les observations de Me Philippon, avocat de M. D, qui maintient ses demandes ;

La clôture de l'instruction a été différée au 21 mai 2024 à 11 heures.

Un mémoire, présenté par le préfet de la Loire-Atlantique a été enregistré le 17 mai 2024 et a été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. B D de libérer sans délai le logement géré par l'association Les eaux vives qu'il occupe au 3 rue Claude Monnet à Trignac.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

3. Aux termes de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, M. D a déposé une demande d'asile, que la Cour nationale du droit d'asile a définitivement rejetée par une décision du 26 juillet 2022, qui lui a été notifiée le 18 juillet 2023. Par décision du 30 juin 2023, remise en main propre le 23 aout 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la fin de sa prise en charge à partir du 31 octobre 2022 au titre de l'hébergement, soit postérieurement à la notification du rejet de sa demande d'asile, conformément aux dispositions de l'article L. 551-11 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'étant maintenu dans les lieux malgré cette notification tardive, il a été mis en demeure de les quitter, dans un délai d'un mois, par une décision du 11 septembre 2023 notifiée le 14 septembre suivant, restée infructueuse. Si ce courrier a été réceptionné par l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, qui a également été informé par email de l'envoi du pli, établissement a procédé à sa remise à M. D dans le cadre de leur mission d'accompagnement des personnes hébergées en vue de leur sortie du logement. La circonstance que cette mise en demeure a été envoyée à l'HUDA " Les eaux vives " qui ne constituait plus sa domiciliation depuis le 14 septembre 2022, est restée sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors que l'intéressé a effectivement reçu notification de ce courrier le 14 septembre 2023. Dans ces conditions, la mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. D se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que la saturation du dispositif n'est pas sérieusement remise en cause par les allégations du défendeur, bien que sa demande d'asile ait été définitivement rejetée. Eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, la libération des lieux par M. D présente un caractère d'urgence et d'utilité, et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. En troisième lieu, si M. D, qui est majeur, célibataire et sans enfant, fait valoir qu'il se trouve dans une situation de vulnérabilité du fait qu'il souffre d'une psychose et d'un état dépressif majeur justifiant l'observance d'un traitement médicamenteux qui lui est administré quotidiennement par une infirmière libérale à domicile. il ressort toutefois des pièces du dossier que M. D fait l'objet d'un suivi par une équipe mobile psychiatrie précarité dont la mission est de réaliser des soins à domicile ne l'empêchant pas de poursuivre ses traitements, au sein d'une autre structure plus adaptée à sa situation, au regard du danger qu'il représente pour ses colocataires et les multiples manquements au règlement intérieur de l'HUDA, lesquels justifient à eux seuls sa sortie des lieux et ne permettent pas d'avantage de le diriger vers un hébergement ordinaire dans le cadre du service d'urgence. Ainsi la situation du requérant justifie simplement qu'il lui soit accordé un délai d'un mois pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'il occupe indûment.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. D de quitter le lieu d'hébergement qu'il occupe dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressé dans ce délai, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à ses frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocat de M. C la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1 : Il est enjoint à M. D de libérer dans un délai d'un mois, dès la notification de la présente ordonnance, le logement qu'il occupe au 3 rue Claude Monnet à Trignac (44570).

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. D, le préfet de Loire-Atlantique pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Philippon

Fait à Nantes, le 28 mai 2024.

Le juge des référés,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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