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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406007

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406007

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406007
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 avril 2024 sous le numéro 2406007, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

1°) d'enjoindre à M. B A et Mme C D épouse A de libérer sans délai le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sis 1 rue de la Vannerie à Châteaubriant ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'HUDA ASBL afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont satisfaites en l'espèce du fait du refus de libérer les lieux indûment occupés depuis plusieurs mois et de l'obstruction des intéressés, déboutés du droit d'asile, à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile dans le logement mis à leur disposition.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, M. B A et Mme C D épouse A, représentés par Me Poulard, concluent au rejet de la requête, demandent qu'un délai de trois mois leur soit subsidiairement accordé pour quitter les lieux et que soit enjoint au préfet de leur désigner un lieu d'hébergement d'urgence.

Ils font valoir que :

- l'urgence n'est pas caractérisée compte tenu du délai écoulé depuis la mise en demeure de quitter les lieux ;

- ils ne disposent d'aucune autre solution d'hébergement alors qu'ils sont dans une situation de précarité et vulnérabilité malgré leur bonne intégration en France, caractérisée notamment par la scolarisation des enfants, la cadette étant née le 25 décembre 2023.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. B A par décision du 15 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, a désigné Mlle Wunderlich, vice-présidente, pour statuer en matière de référés.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mai 2024, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :

- le rapport de Mlle Wunderlich, vice-présidente,

- et les observations de Me Poulard, représentant M. B A et Mme C D épouse A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile (). ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". L'article L. 552-15 dispose par ailleurs que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. Il résulte de l'instruction que la demande d'asile présentée par M. B A et Mme C D épouse A, de nationalité algérienne, nés les 15 janvier 1983 et 29 septembre 1983, hébergés avec leurs enfants dans un logement pour demandeurs d'asile sis 1 rue de la Vannerie à Châteaubriant, géré par l'association Saint-Benoît Labre, a été rejetée par décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 mars 2021. Les recours dirigés contre ces décisions ont été rejetés comme irrecevables par ordonnances de la Cour nationale du droit d'asile le 29 avril 2022. Après que M. B A et Mme C D épouse A ont été informés par l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la fin de leur droit au maintien dans le lieu d'hébergement mis à leur disposition à compter du 6 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique les a mis en demeure de quitter les lieux dans le délai d'un mois par lettre recommandée en date du 23 mai 2023, dont il a été accusé réception le 3 juin 2023. Il est constant que cette mise en demeure est restée infructueuse. Les intéressés ont, par ailleurs, fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours par arrêtés du 10 juillet 2023 dont ils ont vainement demandé l'annulation au magistrat désigné par le président du tribunal par des requêtes n°s 2311033 et 2311034 rejetées par jugement du 9 novembre 2023. Le président de la cour administrative d'appel de Nantes a rejeté les requêtes d'appel formées contre ce jugement par ordonnances n°s 24NT00023 et 24NT00024 du 17 avril 2024.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B A et Mme C D épouse A se maintiennent avec leurs enfants dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que leur demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure d'expulsion ne se heurte donc, à cet égard, à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par les intéressés présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile en Loire-Atlantique, un caractère d'urgence et d'utilité que les circonstances que le couple est désireux de s'insérer sur le territoire français, où il ne peut obtenir aucune aide familiale et ne dispose d'aucune autre solution d'hébergement alors que quatre des enfants sont scolarisés, la cadette étant né en décembre 2023, ne remettent pas en cause.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la libération sans délai par M. B A et Mme C D épouse A du logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent à Châteaubriant, au besoin avec le concours de la force publique.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. B A et Mme C D épouse A et à tous les occupants de leur chef, s'ils ne l'ont déjà fait, de libérer sans délai le logement pour demandeurs d'asile sis 1 rue de la Vannerie à Châteaubriant de ses occupants et des biens s'y trouvant.

Article 2 : A défaut pour les intéressés de libérer les lieux et d'évacuer les biens leur appartenant, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de M. B A et Mme C D épouse A, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. B A et Mme C D épouse A et à Me Poulard.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique et à l'association Saint-Benoît Labre.

Fait à Nantes, le 2 décembre 2024.

La vice-présidente, juge des référés,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

G. PEIGNÉ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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