jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2406428 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat : MME FRELAUT - R 222-13 |
| Avocat requérant | COJOCARU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 avril et le 10 octobre 2024, Mme D B, représentée par Me Cojocaru, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Loire-Atlantique a rejeté son recours contre la décision de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique du 31 octobre 2023 lui notifiant des indus d'allocation de soutien familial, de revenu de solidarité active et de prime d'activité d'un montant total de 5 200,98 euros ;
2°) d'annuler la décision du 11 mars 2024 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire-Atlantique lui a accordé une remise gracieuse partielle d'un montant de 1 120,07 euros de son indu de revenu de solidarité active et a laissé à sa charge une somme de 1 120,06 euros ;
3°) de lui accorder la remise gracieuse totale de cette somme ;
4°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la replacer dans sa situation antérieure au 31 octobre 2023 et de lui restituer les sommes indument retenues ;
5°) de mettre à la charge du département de la Loire-Atlantique la somme de 3 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision du 11 mars 2024 est insuffisamment motivée ;
- en considérant qu'elle vivait maritalement avec M. C, le département de Loire-Atlantique a méconnu l'article 515-8 du code civil et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- en lui accordant une remise partielle de sa dette, le département de Loire-Atlantique a retenu son absence d'intention frauduleuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le président du conseil départemental de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions sur cette affaire, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Frelaut, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Kimboo, substituant Me Cojocaru, avocate de Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A vu notifier par la caisse d'allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique, le 31 octobre 2023, des indus d'allocation de soutien familial, de revenu de solidarité active (RSA) et de prime d'activité d'un montant total de 5 200,98 euros, dont 3 856,50 euros de RSA. Par un recours du 26 décembre 2023, Mme B a formé contre cette décision des recours auprès de la CAF et du conseil départemental de la Loire-Atlantique s'agissant de la dette de RSA. Par une décision du 11 mars 2024, le président du conseil départemental a retenu l'absence d'intention frauduleuse et a en conséquence réduit la dette de RSA de la requérante de 50%, laissant ainsi à sa charge la somme de 1 120,06 euros. Par sa requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal de la décharger du paiement de cette somme. Si Mme B demande en outre l'annulation de la décision implicite du président du conseil départemental rejetant son recours du 26 décembre 2023, ces conclusions doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du président du conseil départemental du 11 mars 2024 lui accordant une remise partielle de sa dette, dont elle demande également l'annulation et qui s'y est substituée.
Sur la régularité de la décision de récupération d'indu :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. La décision attaquée vise notamment les articles L. 262-2 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, et indique avoir retenu que Mme B vivait maritalement avec M. C à l'instar du contrôleur de la CAF dans son rapport du 24 octobre 2023, eu égard aux éléments contenus dans ce rapport d'ailleurs développés dans la décision. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte qu'elle est suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit en conséquence être écarté.
Sur le bien-fondé de l'indu :
4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : / 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; () / A considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".
5. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, notamment, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. La vie de couple stable et continue peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la mise en commun, par les intéressés, de leurs ressources et leurs charges.
6. Il résulte de l'instruction que pour considérer que Mme B vivait maritalement avec M. C et procéder en conséquence à un nouveau calcul des droits de cette dernière, le département de la Loire-Atlantique A notamment fondé sur le rapport du contrôle effectué par un contrôleur assermenté de la CAF le 24 octobre 2023, relevant que M. C était connu à l'adresse de la requérante dans l'annuaire, sur son bail, à la banque et à la caisse primaire d'assurance maladie, que des virements ont été transmis à l'intéressée par M. C à compter du mois de novembre 2022, que la gestionnaire de l'agence immobilière a indiqué qu'à la signature du bail Mme B a présenté M. C comme son frère et que depuis lors elle n'a eu affaire qu'à lui, qu'ils ont déclaré la même adresse de résidence de mai 2016 à décembre 2021 et que A M. C qui aurait accueilli le père de l'enfant de la requérante lorsqu'en octobre 2023 il est venu déposer leur fils à son domicile. Mme B fait valoir que les virements effectués à son profit par M. C, qui ne représentent qu'une somme totale de 1 480 euros sur une période de onze mois, correspondent à des prêts d'argent que ce dernier lui aurait consentis et ne sauraient être regardés comme un partage des charges et des ressources. Elle soutient également que M. C A domicilié chez elle que pour la réception de ses courriers, que la personne qui héberge ce dernier a confirmé auprès du contrôleur de la CAF qu'il vivait à son domicile, qu'elle n'entretient pas de lien affectif ni de vie stable et continue avec lui et que d'ailleurs, en 2020, la CAF n'avait pas retenu de vie maritale, ce qu'elle établit par la production d'un courrier qui lui avait été adressé par la caisse le 29 mai 2020. Mme B allègue enfin que le père de son fils ne A jamais rendu à son domicile pour l'y déposer, et produit à l'appui de ses dires le jugement du 9 avril 2021 du juge aux affaires familiales, dont il résulte que la requérante a la charge d'aller chercher et de ramener l'enfant à son lieu de résidence chez son père. Toutefois, ces éléments ne peuvent suffire à contredire les constatations effectuées par le contrôleur assermenté dans le rapport précité. Dans ces conditions, la vie de couple stable et continue entre Mme B et M. C doit être regardée comme établie, de sorte que l'indu litigieux est fondé dans son principe comme dans son montant.
Sur la demande de remise gracieuse de l'indu :
7. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. En contrepartie des frais de gestion qu'il engage lorsque le versement indu est le résultat d'une fraude du bénéficiaire, l'organisme payeur recouvre auprès de ce dernier une indemnité équivalant à 10 % des sommes réclamées au titre des prestations versées à tort. Cette indemnité est recouvrée dans les mêmes conditions que les indus recouvrés au titre du présent article. () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
9. Il résulte de l'instruction que par le courrier précité du 29 mai 2020, la CAF a informé Mme B qu'elle ne " rempliss[ait] pas tous les éléments pour retenir une vie maritale " mais que si la situation devait évoluer, elle devait informer la CAF de son changement de situation. Mme B ayant ainsi été informée de ses obligations déclaratives par la caisse, qui lui a également rappelé qu'elle devait déclarer tous les montants perçus sur son compte bancaire et qu'en 2015 ses droits avaient déjà été recalculés à l'issue d'un contrôle, elle ne saurait être regardée comme étant de bonne foi, quand bien même l'intention frauduleuse n'aurait pas été retenue à son encontre par l'administration. En conséquence, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant à la remise gracieuse de l'indu de RSA laissé à sa charge.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Cojocaru et au département de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La magistrate désignée,
L. FRELAUT
La greffière,
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026