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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406746

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406746

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406746
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantGUERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mai 2024 suivie de pièces complémentaires enregistrées le 28 mai suivant, le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. F A et à Mme C E de libérer dans un délai de quinze jours le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé 184 rue Jehan Alain à Saumur (49400) et géré par l'opérateur France terre d'asile ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A et de Mme E, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de M. A et de Mme E, déboutés de l'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 19 avril 2024, 215 demandeurs d'asile et leur famille sont en attente d'hébergement dans le département de Maine-et-Loire ;

- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour de M. A et de Mme E limitait la durée de l'hébergement à celle de l'instruction de leurs demandes d'asile, qui ont été rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 19 septembre 2022, notifiée le 4 octobre suivant ; leur a été notifiée la fin de leur prise en charge à compter du 25 avril 2023 par l'association France terre d'asile lors d'un entretien le 11 mai 2023, puis par un courrier de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du même jour, et, par un courrier du 30 janvier 2024, notifié le 15 février suivant, il les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, M. A et Mme E, représentés par Me Guérin, concluent :

1°) à ce que leur soit attribué le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, au rejet de la requête ;

3°) à défaut, à ce que leur soit accordé un délai de six mois pour libérer le logement et qu'il soit enjoint au préfet de Maine-et-Loire de leur trouver un hébergement d'urgence ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros HT à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils font valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le préfet ne justifie pas de la saturation du dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'il allègue par des chiffres probants ; la situation de vulnérabilité particulière dans laquelle ils sont placés fait obstacle à leur expulsion, dès lors qu'ils sont parents de quatre enfants mineurs dont un nourrisson, que deux de leurs enfants a déjà souffert de problèmes de santé, qu'ils ne disposent d'aucune solution de relogement et que leurs enfants ne pourraient plus être scolarisés si la famille était mise à la rue ; le recours à la force publique porterait atteinte à la dignité humaine en présence d'enfants en bas âge et serait une violation des stipulations des articles 3-1 et 27 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la demande fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que la décision est entachée d'un vice de procédure : le gestionnaire de l'établissement hébergeant des demandeurs d'asile n'est pas habilité à mettre fin de sa propre initiative à l'hébergement, et doit simplement mettre en œuvre la décision de l'OFII prise en ce sens, or en l'espèce la décision de sortie prise par l'OFII n'est aucunement produite, pas plus que la preuve de sa notification.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

28 mai 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 28 mai 2024 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,

- les observations de la représentante du préfet de Maine-et-Loire,

- et les observations de Me Guérin, représentant de M. F A et de Mme C E en leur présence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, enregistrée le 30 mai 2024, présentée par M. F A et Mme C E n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. F A et de Mme C E du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 184 rue Jehan Alain à Saumur (49400) et géré par l'opérateur France terre d'asile ;

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. En premier lieu, M. F A et Mme C E, ressortissants guinéens nés respectivement le 26 août 1993 et le 25 novembre 1995, déclarent être rentrés irrégulièrement sur le territoire français le 1er juin 2018. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 184 rue Jehan Alain à Saumur (49400), géré par l'opérateur France terre d'asile. Leur demande d'asile a été définitivement rejetée à l'issue d'une procédure de réexamen par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 6 décembre 2021, notifiée le 20 décembre suivant. l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté la demande de réexamen de la demande d'asile de leurs fils, D A, par décision du 18 février 2021 notifiée le

13 avril 2021 et Ousmane A par une décision du 19 septembre 2022 notifiée le 4 octobre suivant. Ils ont été avisés de la fin de leur prise en charge à compter du 25 avril 2023 lors de deux entretiens avec l'association France terre d'asile les 11 et 23 mai 2023 ainsi que par courrier de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 11 juillet 2023, qui leur a été remis en main propre le jour même et qu'ils ont refusé de signer. Une mise en demeure de quitter ce lieu dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet de Maine-et-Loire le

30 janvier 2024, par courrier notifié le 15 février suivant. M. A et Mme E se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leur demande d'asile a été définitivement rejetée. Dès lors, rien ne s'oppose à leur expulsion, nonobstant la circonstance que les intéressés ont déposé, postérieurement à la clôture de l'instruction, une demande d'asile en procédure accélérée pour leurs deux enfants. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

7. En second lieu, la libération des lieux par M. A et Mme E, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, qui n'est pas sérieusement remis en cause par les allégations des défendeurs, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. Si les intéressés font valoir que leurs enfants sont scolarisés, que le jeune B A a été hospitalisé pour une bronchiolite sévère et que le jeune D A souffre d'asthme, il ne résulte pas de l'instruction du dossier que cela suffise à caractériser une situation de vulnérabilité telle que la famille soit maintenue dans un hébergement pour demandeur d'asile.

8. Toutefois, eu égard à la situation des intéressés, parents de quatre enfants mineurs de

6 ans, 4 ans, 1 an et 2 mois et demi, il y a lieu d'assortir la mesure d'expulsion sollicitée d'un délai de trois mois pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, afin de leur permettre de gérer la sortie dudit logement dédié aux demandeurs d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. A et Mme E de quitter le lieu d'hébergement qu'ils occupent dans un délai de trois mois suivant la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés dans ce délai, d'autoriser le préfet de Maine-et-Loire à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.

Sur les frais liés à l'instance :

10. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de M. A et de Mme E, tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au profit de leur conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peut qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire de M. A et de Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. A et à Mme E de libérer, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 184 rue Jehan Alain à Saumur (49400) et géré par l'opérateur France terre d'asile.

Article 3 : En l'absence de départ volontaire M. A et de Mme E dans le délai imparti, le préfet de Maine-et-Loire pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4: Les conclusions de la M. A et de Mme E présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. F A, à Mme C E et à Me Guérin.

Copie sera en outre adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Fait à Nantes, le 7 juin 2024.

Le juge des référés,

B. Echasserieau

La greffière,

M-C. MinardLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2406746

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