mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2406749 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | THULLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 et le 27 mai 2024 et des pièces complémentaires, enregistrées le 7 mai 2024, le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme D A B de libérer, dans un délai de quinze jours, le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe situé au 5 passage du bon secours, appartement 8, à Chemillé-en-Anjou (49120) et géré par l'association France Horizon ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D A B, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de Mme D A B compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 19 avril 2024, 215 demandeurs d'asile et leur famille sont en attente d'hébergement dans le département de Maine-et-Loire ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse : le contrat de séjour de Mme D A B limitait la durée de l'hébergement à la date de son transfert effectif vers la Belgique, Etat responsable de sa demande d'asile ; elle a été placée en fuite pour ne s'être pas présentée à l'embarquement, ce qui constitue, dans le règlement du contrat de séjour qu'elle a conclu, un motif de perte de son droit au logement ; elle s'est vue notifiée par l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) le 14 septembre 2023 de la perte du bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil et a été mise en demeure, par courrier notifié le 16 février 2024, de quitter le lieu d'hébergement pour demandeur d'asile qu'elle occupe dans le délai de quinze jours ; l'intéressée s'est à nouveau soustraite à l'exécution de la décision de transfert dont elle fait l'objet en ne se présentant pas, avec ses quatre enfants, aux autorités lors du deuxième embarquement prévu le 17 avril 2024 ; l'erreur dans le contrat d'hébergement ne constitue qu'une erreur matérielle sans incidence sur sa légalité et son opposabilité, alors que son refus d'effectuer son transfert suffit à justifier la fin de son droit à hébergement, peu important à cet égard qu'elle ait respecté ses obligations de pointage dans le cadre de ses assignations à résidence ; les éléments médicaux produits sont anciens alors que l'intéressée n'a pas sollicité de titre de séjour sur ce fondement ; la vulnérabilité de la famille a déjà été prise en compte en la maintenant plusieurs mois dans le logement malgré son refus d'exécuter les décisions de transfert ainsi il n'y a pas lieu de lui accorder un délai complémentaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, Mme D A B représentée par Me Thuillier conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit sursis à la décision demandée pour une durée de six mois et à ce que soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros HT à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le préfet ne justifie pas de la saturation alléguée du dispositif au niveau local comme national et de la perturbation grave du fonctionnement du service public par son maintien dans les lieux et eu égard à la situation de vulnérabilité de l'intéressée, mère de quatre enfants mineurs alors qu'elle cherche en vain depuis plusieurs mois une autre solution de relogement, alors qu'elle souffre de problèmes psychologiques incompatibles avec sa mise à la rue avec ses enfants ;
- la demande fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que le contrat d'hébergement est entaché de nullité, qu'il n'est pas établi que la défenderesse a manqué à son obligation de coopération avec les autorités en charge de l'asile, en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à la situation de l'intéressée et méconnaît son droit au respect d'une vie privée et familiale normale, ses enfants, dont certains souffrent de problèmes de santé, étant placés dans une situation de grand dénuement sur le plan financier, social et médical ; en outre pour l'instant la famille ne s'est pas vu proposé une solution de relogement eu égard à sa vulnérabilité et malgré ses démarches actives.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 27 mai 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut aux mêmes fins que dans sa requête.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites d'une part au regard de la saturation du dispositif d'hébergement pour demandeur d'asile et d'autre part en ce que l'intéressée ne bénéficie plus des conditions matérielles d'accueil et se maintient indument dans le logement qu'elle occupe depuis le 13 septembre 2023 soit plus de 8 mois ;
- le contrat de séjour n'est pas entaché de nullité ;
- la fuite de Mme A B est établie ;
- la situation de vulnérabilité de l'intéressée a été prise en compte dans le processus de décision de l'OFII ; elle n'établit pas la réalité de son état de santé au moyen de documents médicaux récents et actuels ; si elle fait valoir l'état de santé de son fils, elle n'a pas effectué de demande de titre de séjour en qualité de parent accompagnant d'un enfant étranger malade ;
- il ne convient pas d'accorder à l'intéressée un délai complémentaire pour son départ volontaire, dès lors qu'elle a déjà bénéficié de huit mois supplémentaires en se maintenant dans le logement qu'elle occupe ;
Mme D A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 28 mai 2024 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,
- les observations de la représentante du Préfet de Maine-et-Loire ;
- et les observations de Me Thullier représentant de Mme A B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme D A B du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé 5 passage du bon secours, appartement 8, à Chemillé-en-Anjou (49120) et géré par l'association France Horizon.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, Mme D A B, ressortissante tchadienne née le 12 mars 1978, déclare être rentrée irrégulièrement sur le territoire français le 30 novembre 2022. Elle est hébergée dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 5 passage du bon secours, appartement 8, à Chemillé-en-Anjou (49120) et géré par l'association France Horizon. Par un arrêté du 9 janvier 2023 contre lequel elle a formé un recours, rejeté par un jugement du tribunal de céans n°2301482 du 21 février 2023, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de la transmettre aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile. L'intéressée ne s'étant pas présentée à la première convocation des autorités en vue d'exécuter cet arrêté, elle a été déclarée en fuite par le ministre de l'intérieur. Elle a été informée, par un courrier en date du 13 septembre 2023, notifié le lendemain, de la fin de sa prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration au titre des conditions matérielles d'accueil le jour même. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai quinze jours, a été adressée à l'intéressée par le préfet de Maine-et-Loire le 5 février 2024 et notifiée le 16 février suivant. Elle ne s'est pas présentée à la deuxième convocation des autorités aux fins de son transfert vers la Belgique le 17 avril 2024. Dès lors, si l'intéressée soutient qu'elle s'est toujours présentée à ses obligations de pointage, il ressort des pièces du dossier qu'elle s'est opposée sans motif valable à deux reprises aux convocations des autorités belges. Mme D A B se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile ne relève pas de la compétence de l'Etat français. Si le contrat d'hébergement fixe la date d'entrée dans le logement au 22 avril 2022, l'ensemble des pièces permet de conclure à une simple erreur matérielle sans incidence sur le caractère régulier et opposable dudit contrat. D'autre part, la requérante n'établit pas suffisamment par les pièces qu'elle produit, que son état de santé, pour lequel elle n'a pas déposé de demande de séjour, ou celui de ses enfants, constituerait un facteur particulier que le préfet aurait négligé de prendre en compte dans son appréciation de la vulnérabilité de la famille, laquelle a au demeurant bénéficié d'un délai de plusieurs mois pour se préparer à son départ du logement en litige. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le droit à un hébergement d'urgence de l'intéressée ait été méconnu, dès lors qu'il n'est pas suffisamment établi qu'elle a pris l'initiative d'effectuer des démarches réitérées pour obtenir un hébergement après avoir été informée de la fin de ses droits au maintien dans un hébergement dédié aux demandeurs d'asile. Ainsi, et contrairement à ce que fait valoir Mme D A B, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par Mme D A B, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme D A B est mère isolée en charge de quatre enfants âgés de 18, 16, 11 et 9 ans, qu'il est établi que deux d'entre eux rencontrent des difficultés, et que l'expulsion sans délai aurait pour conséquence la mise à la rue de la famille entière. Au regard de ces circonstances, il convient que lui soit accordé, pour libérer le logement pour demandeur d'asile qu'elle occupe indument et effectuer les démarches pour trouver un hébergement d'urgence, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire de Mme D A B à l'issue de ce délai de deux mois, il y a lieu d'autoriser le préfet de la Maine-et-Loire à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de l'intéressée les biens meubles qui s'y trouveraient.
8. Il n'y a pas lieu, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente espèce une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme D A B de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 5 passage du bon secours, appartement 8, à Chemillé-en-Anjou (49120) et géré par l'association France Horizon.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme D A B, le préfet de Maine-et-Loire, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de Mme D A B au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme D A B.
Copie sera en outre adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Fait à Nantes, le 5 juin 2024.
Le juge des référés,
B. Echasserieau
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026